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2022, année de la normalisation ou année de la grande divergence monétaire ?

samedi 11 décembre 2021 à 12h00

(BFM Bourse) - Les chocs inflationnistes issus des pénuries provoquées par la pandémie commencent à dégénérer en inflation durable, avec laquelle les banquiers centraux devront composer en 2022. Mais si la Fed (ainsi que la Bank of England notamment) devraient enclencher dès l'an prochain un cycle de resserrement, la BCE en est encore loin. Quant à la PBOC, elle pourrait prendre un chemin inverse...

L'ampleur et la durée du choc d'inflation a pris au dépourvu la plupart des économistes et des banquiers centraux, et nous rapproche significativement d'un point de normalisation des politiques monétaires mondiales, observe Fitch Ratings dans son dernier rapport sur les perspectives de l'économie mondiale (Global Economic Outlook), publié cette semaine.

L'agence de notation de crédit souligne que la forte reprise, en termes nominaux, de la demande mondiale au cours de l'année écoulée ne s'est pas accompagnée d'un redressement de la production globale de même ampleur. Les goulets d'étranglement ont conduit à une progression moindre qu'espéré du PIB mondial au troisième trimestre, et d'une augmentation des prix plus forte que prévu.

Dans ce contexte, Fitch a revu en baisse ses projections de croissance en 2021 pour les Etats-Unis (à +5,7%, depuis +6,2%), le Japon (de 2,5% à 1,9%) et l'Allemagne (de 3,6% à 2,8% désormais), pour tenir compte de l'effet des récentes perturbations de la chaîne d'approvisionnement sur la production industrielle. En France au contraire, du fait d'un rebond plus marqué qu'attendu de la consommation, Fitch table désormais sur une progression de 6,8%, au lieu de 6,1% précédemment (l'un dans l'autre la prévision pour l'Eurozone est relativement peu changée à +5%, contre +5,2%).

À l'échelon mondial, l'agence anticipe désormais une progression de 5,7% du PIB (au lieu de +6%), un rythme qui resterait toutefois "loin de la stagflation", en l'occurrence il s'agirait du plus élevé depuis 1973.

Se tournant vers 2022, Fitch a aussi revu en baisse sa prévision d'une croissance de 4,2% du PIB mondial à +4,2% désormais, essentiellement en vue d'un ralentissement plus intense de la Chine où l'agence n'attend plus que 4,8% l'an prochain, contre 5,2% précédemment envisagé (et après 8% cette année, contre 8,1% jusqu'ici). La réponse des autorités monétaires -la People's Bank of China, PBOC- a été moins vigoureuse avec seulement deux allègements du ratio de réserves de capitaux propres demandé aux banques (l'outil privilégié par la PBOC, plutôt que d'agir sur le taux auquel l'institution prête aux banques commerciales).

En termes de prix, le chef économiste de Fitch Brian Coulton relève à l'heure actuel différents signaux montrant que les chocs initialement liés aux pénuries provoquées par la pandémie commencent à dégénérer en une forme d'inflation durable. "Alors que les curseurs des politiques monétaires sont encore super-accommodants, cela a de quoi inquiéter les banques centrales".

La forte hausse des prix des biens de consommation depuis mars 2021 dans le monde reflète principalement la forte augmentation de la demande, alimentée par les mesures de relance, notamment aux États-Unis. Ces prix des biens devraient se stabiliser en 2022 alors que les dépenses devrait se reporter vers les services, que les importants investissements réalisés au niveau de la production devraient regarnir le volet offre de biens et que les mesures de relance budgétaire commencent à diminuer.

Néanmoins, l'agence a largement relevé à la hausse ses prévisions d'inflation tandis que la perspective de plus en plus évidente d'un élargissement des pressions inflationnistes rend les banques centrales nerveuses. L'inflation –désormais amplifiée par les chocs des prix de l'énergie– est devenue une préoccupation qui touche le public et les anticipations d'inflation ont augmenté. La croissance des salaires aux États-Unis dépasse désormais les taux d'avant la pandémie, car la reprise de l'offre de main-d'œuvre tarde. Les mesures de stimulus amènent le PIB américain au-delà du niveau d'avant la pandémie et l'écart de production américain deviendra positif en 2022. L'inflation sous-jacente de l'indice CPI, une mesure de l'inflation outre-Atlantique, devrait s'établir à environ 3 % à la fin de 2022 et en 2023, ce qui est nettement plus élevé que les taux d'avant la pandémie.

Dès lors, Fitch prévoit maintenant que la Fed relèvera les taux d'intérêt en septembre 2022 et la Banque d'Angleterre (BOE) dans sa foulée, tous deux bien plus tôt que prévu. En outre, le variant Omicron Covid-19 représente un risque à la baisse sur la croissance, mais pourrait aussi affecter négativement l'offre, entraînant de nouvelles augmentations de prix - impliquant des risques accrus si les banques centrales retardent la normalisation.

À l'échelle mondiale, les réponses de politique monétaire devraient apparaître de plus en plus divergentes, les taux d'intérêt de la BCE restant quant à eux probablement inchangés jusqu'en 2023 - tandis que la banque centrale chinoise devrait même réduire ses taux en 2022. Un nouveau renforcement du dollar américain semble donc dans les tuyaux.

Guillaume Bayre - ©2022 BFM Bourse
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