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2.000 faux lingots retrouvés dans les coffres de JPMorgan, l'arbre qui cache la forêt?

dimanche 1 septembre 2019 à 12h00
Des lingots de contrebande retrouvés dans les coffres de JP Morgan

(BFM Bourse) - L'une des plus grandes banques américaines JPMorgan a retrouvé 2.000 lingots de contrebande présentant le même numéro de série dans ses coffres, selon des sources de Reuters. Est-ce la partie immergée d'un scandale beaucoup plus vaste? Peu probable selon Laurent Schwartz, le directeur du Comptoir national de l'or, selon qui les obligations de traçabilité des lingots rendent la contrebande très compliquée.

Le marché de l'or nourrit de nombreux fantasmes. Selon une légende urbaine largement répandue, du métal jaune de contrebande serait écoulé en grandes quantités et depuis des décennies sur le circuit mondial des lingots. Et la dernière révélation de Reuters va apporter de l'eau aux moulins des observateurs suspicieux -voire carrément complotistes- vis-à-vis du marché aurifère. L'agence de presse a en effet révélé que des lingots d'or frauduleusement frappés du logo des principales raffineries mondiales ont été insérés sur le marché mondial officiel pour blanchir des capitaux. Au cours des deux dernières années, JP Morgan Chase & Co -l'une des cinq banques habilitées à finaliser les transactions sur le London Bullion Market Association (LBMA), le marché de l'or londonien- aurait découvert plus de 2.000 lingots d'un kilo chacun gravés du même numéro d'identification. La valeur de ces quelque 2.000 "kilobarres" dépasse les 87 millions d'euros, à plus de 43.700 euros l'unité. Les quatre principaux raffineurs de Suisse affirment n'avoir pas fabriqué ces barres d'or alors que leur nom figure dessus.

Dans la foulée de ces révélations, la banque américaine s'est fendue d'un communiqué au sein duquel elle indique avoir "alerter immédiatement les autorités compétentes et les raffineries" lorsqu'elle découvre des lingots "mal marqués". JP Morgan Chase & Co assure n'avoir "pas encore observé d'incident entraînant une perte", que ce soit pour le cabinet ou pour un client. Les sources concordantes interrogées par Reuters ont ajouté que les faux en question sont "si parfaitement réalisés qu'ils sont quasiment impossibles à détecter, contrairement aux faux en métal banal enrobés d'une couche d'or".

Des faux lingots probablement réalisés en tungstène fritté

Le directeur du Comptoir national de l'or Laurent Schwartz, juge ces révélations "très étonnantes" car il est particulièrement compliqué de créer des faux lingots. De fait, "aucun métal n'a la même densité que celle de l'or", ceux utilisés pour les contrefaçons ont donc forcément un couple volume-poids différent de celui du précieux métal jaune, et ne pourrait donc pas tromper les contrôles d'authenticité. "Celui qui s'en rapproche le plus, c'est le tungstène fritté (les carbures de tungstène que l'on trouve dans les plaquettes destinées à la coupe des métaux sont frittés avec un liant métallique qui augmente la solidité et diminue les porosités, ndlr)" indique néanmoins l'expert. Et selon lui, il s'agit de la seule option pour tromper les autorités de contrôle car "si c'est juste plaqué or, c'est insuffisant".

Ce qu'il ne s'explique pas, en revanche, c'est comment JP Morgan Chase a pu acquérir des lingots au tungstène fritté auprès d'acteurs du secteur, "dans ce milieu où tout le monde se connaît et est très professionnel". "Il existe une "obligation de traçabilité sur ce marché, ces lingots, les banques doivent savoir qui leur a fourni et ceux-ci doivent être agréés sur le LBMA et sur le marché interbancaire" précise-t-il. Or, "seuls les fondeurs agréés savent produire des lingots d'un kilogramme contenant au moins 999,9 millièmes d'or fin" pour respecter la règle dite des "quatre neuf". En sus, "il est strictement interdit de vendre du minerai d’or à une fonderie sans que l’on sache d’où il vient et d’où il a été extrait", ce qui limite les risques de voir circuler "l'or des conflits", du nom de l'or prélevé illégalement en Afrique, notamment en RDC et au Soudan, en Inde, en Corée, au Venezuela ou au Brésil, voire en Guyane française (sujet abordé dans la série Guyane produite par Canal +).

Quant à la provenance de ces lingots de contrebande, plusieurs dirigeants et banquiers ont désigné la Chine à Reuters, ainsi que des négociants de Hongkong, du Japon, et de Thaïlande, une hypothèse jugée "plausible" par Laurent Scwhartz. "Le tungstène, on le trouve majoritairement en Asie et les Chinois sont, depuis longtemps, passés maîtres dans l'art de la contrefaçon". La Chine étant par ailleurs le premier producteur et le premier importateur d'or au monde, un lingot frauduleux qui entre sur le circuit chinois est alors lancé sur le marché mondial, en toute impunité ou presque, ce qui renforce l'hypothèse selon laquelle de "faux-fondeurs" chinois seraient derrière ces lingots de contrebande. Une autre piste, à ne pas négliger, mène à Dubaï, "une plateforme beaucoup plus laxiste à tout point de vue" que les plateformes occidentales, révèle Laurent Schwartz.

Ce dernier se veut néanmoins rassurant et considère que l'ampleur du phénomène reste relativement limité. "Il ne faut pas avoir peur, 80% des flux mondiaux transitent par la Suisse, où la lutte anti-blanchiment est particulièrement stricte et où des agents du gouvernement, des tiers de confiance, contrôlent la qualité du process". "En France, je n'ai jamais vu de lingot de contrebande" affirme d'ailleurs le directeur du Comptoir national de l'or.

Quentin Soubranne - ©2022 BFM Bourse
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