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Marché : La BCE maintient ses taux directeurs après un débat sur une hausse

Aujourd'hui à 15:00
Marché : La BCE maintient ses taux directeurs

par Balazs Koranyi et Francesco Canepa

FRANCFORT, 30 avril (Reuters) - La Banque centrale européenne (BCE) a, comme prévu, laissé jeudi ses taux directeurs à leur niveau actuel mais a fait part de ses inquiétudes croissantes face à la résurgence de l'inflation, renforçant ainsi les paris selon lesquels elle relèverait ses coûts d'emprunt à plusieurs reprises cette année, avec une première hausse attendue en juin.

S'exprimant en conférence de presse à l'issue de la décision de la BCE, sa présidente Christine Lagarde, a expliqué que le choix de maintenir les taux inchangés avait été pris à l'unanimité, tout en notant qu'une éventuelle hausse des taux avait été longuement discutée par les responsables de son comité de politique monétaire.

"Nous avons pris une décision éclairée sur la base d'informations encore insuffisantes", a-t-elle dit, ajoutant que la prochaine réunion de l'institution, prévue en juin, serait le "moment opportun" pour une nouvelle évaluation de la ⁠situation.

"L'incertitude est telle que nous devons l'analyser et la réexaminer lors de notre prochaine réunion de politique monétaire", a-t-elle déclaré. "Nous nous éloignons assurément de notre scénario de référence", a-t-elle ajouté, en évoquant une hypothèse fondée ‌sur une fin rapide de la guerre et un choc énergétique limité.

Avant l'intervention de Christine Lagarde, la BCE avait indiqué dans un communiqué que les risques à la hausse sur l'inflation et les risques à la baisse sur la croissance s'étaient tous deux intensifiés.

"Plus la guerre se prolongera et plus les prix de l'énergie resteront longtemps à des niveaux élevés, plus l'incidence probable sur l'inflation globale et l'économie sera forte", a écrit l'institution de Francfort.

La décision de ce jeudi en faveur du statu quo marque la septième fois d'affilée où la BCE ne touche pas à ses taux après les réunions de juillet, septembre, octobre, décembre, février ​et mars, en dépit d'un conflit au Moyen-Orient entré dans son troisième mois et d'un baril de pétrole désormais proche de 125 dollars, soit un sommet de quatre ans.

Le taux de dépôt reste ainsi à 2,0% et celui du refinancement à 2,15%, malgré une accélération ​de l'inflation en zone euro en avril à 3,0% sur un an, selon les données préliminaires publiées jeudi par Eurostat, contre +2,9% prévu par les ​analystes interrogés par Reuters et +2,6% en mars.

La BCE se fixe objectif une inflation à moyen terme d'un peu moins de 2%.

UN RESSERREMENT MODÉRÉ ANTICIPÉ

Les marchés financiers anticipent désormais des hausses de taux en juin et juillet, suivies d'au moins une autre augmentation à l'automne. Ils partent du principe que la BCE sera soucieuse d'étouffer rapidement toute spirale inflationniste, notamment parce qu'elle a été critiquée pour avoir tardé à réagir en 2022 à la suite de l'invasion de ​l'Ukraine par la Russie, qui avait déclenché une vague inflationniste.

"Les anticipations d'inflation à long terme demeurent solidement ancrées, même si les anticipations à des horizons plus courts ont ​nettement augmenté", souligne également la BCE dans son communiqué.

"Le conseil des gouverneurs ne s'engage pas à l'avance sur une trajectoire de taux particulière", ajoute la BCE, disant surveiller de près la situation et vouloir suivre une approche s'appuyant sur les données pour définir, réunion par réunion, l'orientation appropriée ⁠de la politique monétaire.

Si la BCE ⁠venait à resserrer sa politique monétaire, ce cycle de hausse des taux devrait être bien plus modéré qu'en 2022, lorsque la ⁠BCE avait dû relever ses coûts d'emprunt de 450 points de base au total en l'espace d'un an pour enrayer une inflation qui avait culminé à deux chiffres.

Les pressions sur les prix sont bien plus faibles aujourd'hui, les effets dits de second tour de l'inflation ne sont pas encore pleinement visibles, le marché du travail est plus atone et la croissance économique est proche ⁠du point mort.

L'économie de la zone euro a à peine progressé au premier trimestre, avant même que la guerre ne commence à avoir un impact significatif.

Parallèlement, l'inflation sous-jacente, un indicateur clé utilisé pour évaluer la durabilité de la hausse des prix, a en réalité ralenti, passant de 2,3% à 2,2% en avril, ce qui suggère que les effets de second tour ne se concrétisent pas de manière significative, offrant ainsi à la BCE du temps pour agir avec prudence.

Les experts estiment que la BCE relèvera probablement ses taux pour signaler aux responsables en matière de prix et de salaires qu'elle n'entend pas tolérer la poursuite d'une inflation au-dessus de 2%, mais elle devra agir avec prudence pour éviter de plonger la zone euro en récession.

Les marchés monétaires anticipent des hausses de taux d'environ 75 points de base au total de la part de la BCE pour cette année.

"Si l'on observe la situation actuelle des marchés de l'énergie, on constate que le marché se rapproche désormais du scénario le plus défavorable envisagé par la BCE (…) il est donc plus probable que la BCE doive prendre des mesures à court et moyen terme", prédit Elwin de Groot, responsable de la stratégie macroéconomique chez Rabobank.

Les rendements des obligations d'État de la zone euro ont reculé après la décision de la BCE, celui du Bund allemand à deux ans, le plus sensible aux anticipations sur les taux d'intérêt, affichant un repli de six points de base, à 2,653%, tandis que le dix ans ressortait à 3,04%, en baisse d'environ cinq points. Le deux ans allemand avait grimpé en séance à 2,76% face aux craintes d'une aggravation du conflit en Iran, parallèlement au pic de quatre ans touché par les cours du Brent.

L'euro, quant à lui, a très légèrement reculé immédiatement après la décision de la BCE, avant de repartir à la hausse, de 0,2%, à 1,17 dollar.

L'indice boursier paneuropéen Stoxx 600, de son côté, a accru modérément ses gains, prenant 0,9%, après quatre séances d'affilée dans le rouge.

LE CHOC ÉNERGÉTIQUE VA PÉNALISER LA CROISSANCE

Certains économistes estiment que le choc énergétique en cours pourrait à lui seul réduire la croissance économique de près de 0,5 point de pourcentage, soit environ la moitié du taux d'expansion prévu en zone euro pour 2027.

Le deuxième trimestre s'annonce déjà morose en raison de la guerre, et l'Allemagne, première économie du bloc monétaire, pourrait même voir son produit intérieur brut (PIB) se ​contracter.

Christine Lagarde a cependant affirmé que la notion de "stagflation" ne s'appliquait pas à la situation actuelle.

"C'est ‌un terme qu'il vaut mieux reléguer aux années 1970", a-t-elle déclaré en réponse à une question sur le sujet.

Les enquêtes publiés cette semaine ont montré que le moral des entreprises s'effondre à un rythme plus rapide que prévu, que le secteur des services se détériore, que les bénéfices des entreprises sont en baisse, que les exportations continuent de souffrir des droits de douane, et que les banques prévoient ‌de restreindre l'accès des entreprises au crédit.

Les principaux banquiers centraux dans le monde ont cependant fait valoir cette semaine que six semaines ne changeaient pas grand-chose en matière de hausse des taux, et qu'il valait donc mieux attendre un peu plus longtemps pour avoir davantage de certitude sur l'évolution ⁠des prix.

La Banque du Japon (BoJ), la Réserve fédérale américaine (Fed), la Banque du Canada (BoC) et la Banque d'Angleterre (BoE) ont toutes laissé leurs taux respectifs à leur niveau actuel, tout en exprimant leurs inquiétudes quant à la hausse des prix.

Mais l'"effet mémoire" lié au fait d'avoir connu une inflation rapide il y a seulement quelques années pourrait jouer en défaveur des banques centrales.

La crise actuelle ​marque le premier choc inflationniste majeur depuis des décennies, de sorte que ​les consommateurs pourraient réagir plus rapidement cette fois-ci, ‌d'autant plus que les salariés ont subi une forte baisse de leurs salaires en termes réels lors de l'épisode de 2021/2022.

"L'expérience de l'inflation est si récente que les entreprises augmenteront leurs prix plus tôt qu'en 2022, et même les salariés tenteront d'obtenir des salaires plus élevés plus tôt, ce qui risque d'accélérer l'évolution de l'inflation", prévient Lorenzo Codogno, responsable chez LC Macro Advisors.

La dernière baisse des taux de l'institution de Francfort remonte à la réunion du 5 juin 2025 où les coûts d'emprunt avaient été réduits de 25 points de base.

Une enquête Reuters, publiée le 23 avril, montre que sur les 85 économistes sondés, tous à l'exception d'un seul, prévoyaient que la BCE maintiendrait son taux de dépôt à 2% ce jeudi. Un peu plus de la moitié (44 sur 85) anticipaient pour leur ​part une hausse en juin, avec un taux de dépôt à 2,25%.

(Reportage ‌Balazs Koranyi, version ​française Claude Chendjou, édité par Benoit Van Overstraeten)

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