par Francesco Canepa et Balazs Koranyi
FRANCFORT, 19 mars (Reuters) - La Banque centrale européenne (BCE) a maintenu jeudi ses trois directeurs à leur niveau actuel et a averti que la guerre en Iran assombrissait les perspectives en terme de croissance et d'inflation dans la zone euro.
Les prix du pétrole et du gaz ont bondi depuis le début des frappes américano-israéliennes contre l'Iran, le 28 février, ce qui accroît le risque que la hausse des coûts de l'énergie n'entraîne une augmentation des prix à la consommation et ne freine l'activité économique dans l'ensemble du bloc monétaire, fortement dépendant des importations de carburant.
"La guerre au Moyen-Orient a considérablement accentué l’incertitude entourant les perspectives, créant des risques à la hausse pour l’inflation et des risques à la baisse pour la croissance économique", écrit la BCE dans son communiqué de politique monétaire.
"Elle aura une incidence significative sur l’inflation à court terme via le renchérissement de l’énergie. Ses implications à moyen terme dépendront de l’intensité et de la durée du conflit ainsi que de la manière dont les prix de l’énergie affectent les prix à la consommation et l’économie", poursuit l'institution.
La BCE a cependant fait savoir qu'elle maintenait ses options ouvertes, disant surveiller l'évolution de la guerre et son impact sur l'inflation, en incluant et en excluant les prix de l'énergie, ainsi que sur la croissance.
"Le Conseil des gouverneurs est en bonne position pour faire face à cette incertitude", peut-on également lire dans le communiqué de la BCE.
"L'inflation se situe autour de l'objectif de 2%, les anticipations d’inflation à plus long terme sont bien ancrées, et l’économie a fait preuve de résilience ces derniers trimestres", ajoute la banque centrale des 21 pays partageant l'euro.
Les banques centrales des Etats-Unis, du Canada, du pays Japon, du Royaume-Uni, de la Suède et de la Suisse ont publié mercredi et jeudi des messages globalement similaires.
Les marchés financiers anticipent désormais une inflation proche de 4% dans la zone euro au cours de l'année prochaine, tandis qu'un retour à l'objectif à moyen terme de 2% fixé par la BCE devrait prendre des années.
Ils prévoient parallèlement deux ou trois hausses de taux directeurs de la BCE d'ici décembre.
Mais la plupart des économistes ne prévoient toujours aucun changement dans la politique monétaire, pariant sur le fait que la BCE n'acceptera pas une nouvelle flambée inflationniste alimentée par la guerre en zone euro. Le bloc avait été durement touché par la hausse des prix après l'invasion de l'Ukraine par la Russie il y a quatre ans.
Avec la décision prise ce jeudi, le taux de dépôt reste ainsi à 2,0% et celui du refinancement à 2,15%, alors que l'inflation en zone euro a été confirmée en février à 1,9% sur un an, contre une cible à moyen terme de 2% fixée par la banque centrale.
Une enquête Reuters, publiée le 13 mars, montre que plus de 90% des économistes sondés, soit 67 sur 72, s'attendent à ce que la BCE maintienne son taux de dépôt à 2% cette année, une perspective inchangée depuis octobre 2025. Seuls trois d'entre eux anticipent une hausse cette année, tandis que deux prévoient au moins une baisse.
NOUVELLES PRÉVISIONS DE CROISSANCE ET D'INFLATION
Les projections trimestrielles actualisées de la BCE prévoient désormais une inflation à 2,6% en 2026, à 2,0% en 2027 et à 2,1% en 2028. La croissance économique, quant à elle, devrait s'établir à 0,9%, 1,3% et 1,4%.
La BCE a indiqué qu'elle devait également publier dans le courant de la journée un scénario défavorable, fondé sur une hausse des coûts de l'énergie.
"Les implications pour l’inflation à moyen terme dépendent de manière cruciale de l’ampleur des effets indirects et de second tour d’un choc énergétique plus important et plus persistant", écrit la BCE.
Selon les économistes de Barclays, la BCE relèvera ses taux si le cours du pétrole Brent se stabilise autour de 100 dollars le baril, contre 111,3 dollars jeudi, et celui du gaz naturel à 70 euros le mégawattheure, soit légèrement au-dessus des prix actuels.
(Version française Claude Chendjou, édité par Blandine Hénault)
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