(BFM Bourse) - Le rendement de l'obligation assimilable du Trésor français à 30 ans a dépassé les 4,7% ce jeudi, au plus haut depuis mi-octobre 2008. La faute aux craintes des marchés sur la situation des finances publiques tricolores.
Le taux d'emprunt à 30 ans de l'État français s'établit jeudi 16 juillet à son plus haut niveau depuis octobre 2008, dans un contexte d'inquiétude quant à la situation des finances publiques de la deuxième économie de la zone euro et à l'approche du débat sur le budget 2027 à l'automne.
Le rendement de l'OAT à 30 ans progresse de plus de 5 points de base à 4,735% vers 15h30, un niveau jamais vu depuis la mi-octobre 2008, lors de la crise financière mondiale qui a suivi la faillite de Lehman Brothers.
Les finances publiques françaises font l'objet d'une attention particulière de la part des marchés, qui craignent que la dette publique déjà élevée - elle représentait 117,5% du PIB au premier trimestre 2026 - ne s'envole encore davantage, l'élection présidentielle de 2027 compliquant les réformes budgétaires.
Le gouvernement français prévoit de freiner fortement la croissance de la plupart des dépenses publiques l'année prochaine, alors que l'augmentation des dépenses de défense et des coûts d'emprunt absorbe une part croissante du budget, montrent les "plafonds de dépenses" publiés par Bercy jeudi.
Un débat houleux à l'automne
Ces plans, qui laissent présager un débat budgétaire houleux à partir d'octobre, interviennent à un moment ou les mises en garde concernant la dérive de la dette publique se multiplient.
"Un effort de consolidation budgétaire majeur devra être entrepris dans les toutes prochaines années, pour éviter une dérive incontrôlée de la dette aux horizons 2035 et 2050", a souligné Clément Beaune, Haut-commissaire à la Stratégie et au Plan, dans un rapport consacré aux finances publiques, publié également jeudi.
Le rapport préconise notamment un redressement des finances publiques de 4,4 points de PIB d'ici 2031 pour éviter une dérive de la dette publique.
Un autre rapport, commandé par le ministre des Finances, Roland Lescure, a averti mercredi que la France risquait de voir ses finances publiques se détériorer considérablement d'ici la fin de la décennie si les responsables politiques n'agissaient pas rapidement pour maîtriser les dépenses.
Les taux d'emprunt se sont également tendus en Europe récemment, sous l'effet de la guerre au Moyen-Orient et de la flambée des prix du pétrole.
Cependant, Alexandre Baradez, responsable de l'analyse marché chez IG France, juge que ceux de la France sont "particulièrement mal positionnés" dans ce mouvement général de rebond.
Aux craintes budgétaires s'ajoute l'incertitude politique, qui "s'est renforcée après la décision de justice autorisant Marine Le Pen à se présenter à l'élection présidentielle", note l'analyste, soulignant que les marchés sont vigilants aux programmes potentiels et à leur impact sur les finances publiques.
Il signale également l'écart entre les rendements des obligations françaises et allemandes à 10 ans, qui s'est amplifié ces dernières semaines et atteint 83 points de base plus tôt ce mois-ci.
"Cette zone entre 80 et 90 points de base pour le spread (écart de taux) est celle qui avait été atteinte dans les mois suivant la dissolution de l’Assemblée nationale en 2024", souligne Alexandre Baradez.
(Avec Reuters)
