(BFM Bourse) - La Bourse indonésienne a violemment chuté ce vendredi 16 octobre après une nouvelle mise en garde de MSCI, qui menace de retirer au pays son statut de marché émergent.
La Bourse de Jakarta connaît une fin de semaine particulièrement mouvementée. En cause, la menace d’un déclassement formulée par MSCI, l’un des principaux fournisseurs mondiaux d’indices boursiers.
Cet avertissement est loin d’être anodin. MSCI compile des données financières et conçoit plusieurs indices de référence, dont le MSCI World et le MSCI Emerging Markets. Sans investir directement sur les marchés, l’entreprise exerce une influence considérable sur les flux de capitaux mondiaux, ses indices étant suivis par de nombreux fonds passifs et gestionnaires d’actifs.
Le plus fort recul de l'indice depuis la crise asiatique
Son indice consacré aux marchés émergents rassemble environ 1.200 entreprises, pour une capitalisation cumulée de 10.230 milliards de dollars. Une éventuelle rétrogradation de l’Indonésie pourrait donc entraîner d’importantes sorties de capitaux.
À l’ouverture ce vendredi 16 octobre, l’indice principal de la place de Jakarta, le Jakarta Composite, a chuté de 8%, provoquant une brève suspension des échanges. À la reprise, il a chuté de 11,3%. Selon le Financial Times, l'indice ayant enregistré sa plus forte baisse en une séance depuis janvier 1998, lorsque les actions indonésiennes avaient été secouées par la crise financière asiatique.
L’Autorité indonésienne des services financiers a déclaré qu’elle examinait "avec attention l’évaluation publiée par MSCI". La Bourse indonésienne a, de son côté, indiqué qu’elle demanderait au fournisseur d’indices "des éclaircissements supplémentaires sur les considérations et les évaluations qui sous-tendent cette annonce".
Des progrès insuffisants
La place de Jakarta avait déjà plongé de 7,4% en une seule séance au début de l’année, après une première alerte de MSCI concernant plusieurs dysfonctionnements du marché.
Depuis, le fournisseur d’indices estime que les améliorations promises n’ont pas été mises en œuvre de façon suffisamment systématique.
"Malgré les réformes annoncées, d’importantes préoccupations subsistent", souligne MSCI dans son communiqué. L’entreprise évoque notamment un manque de transparence ainsi que des "soupçons de comportements de trading coordonnés".
Dans ces conditions, MSCI estime que le maintien de l’Indonésie dans la catégorie des marchés émergents pourrait ne plus être justifié. Le groupe a donc ouvert une consultation sur une éventuelle reclassification du pays en "marché autonome", une catégorie moins favorable, susceptible de réduire fortement son poids dans les portefeuilles internationaux.
À l’échelle mondiale, MSCI classe notamment l’Ukraine, l’Argentine et le Zimbabwe dans la catégorie des marchés autonomes, précise le Financial Times.
Les investisseurs étrangers avaient déjà retiré près de 5 milliards de dollars du marché boursier indonésien depuis le début de l’année, selon le Financial Times. L’annonce de MSCI n’a fait qu’accélérer le mouvement, entraînant une chute généralisée des actifs du pays.
La Bourse indonésienne affiche désormais l’une des plus mauvaises performances mondiales de 2026 lâchant 40%, avec la baisse du jour. Cette défiance ne s’explique toutefois pas uniquement par les dysfonctionnements pointés par MSCI. Les investisseurs s’inquiètent des politiques interventionnistes et populistes du président Prabowo Subianto.
La politique de Prabowo Subianto inquiète les marchés
Élu pour la période 2024-2029, Prabowo Subianto avait largement misé sur la continuité avec son prédécesseur, Joko Widodo.
L’Indonésie a longtemps mené une politique protectionniste dans plusieurs secteurs stratégiques, notamment ceux liés aux ressources naturelles. Sous les deux mandats de Joko Widodo, le pays s’était néanmoins montré plus ouvert aux investissements étrangers, en particulier dans les activités de transformation des matières premières.
"Au cours de ses deux mandats, Joko Widodo a fait évoluer le consensus vers une plus grande acceptation d’un niveau élevé d’investissements étrangers, notamment dans les secteurs situés en aval de l’extraction", expliquait Allianz Trade.
Prabowo Subianto devait initialement poursuivre cette stratégie. Mais certaines de ses décisions ont fait naître des doutes. « Les récentes mesures visant à élargir le rôle de l’armée ont nui à son image publique, tandis que sa politique populiste suscite des inquiétudes quant aux perspectives économiques de long terme de l’Indonésie », relève Allianz Trade.
Discipline budgétaire et indépendance de la banque centrale
Les interventions du président dans l’économie préoccupent également les marchés. En avril, Prabowo Subianto a notamment ordonné d’empêcher une hausse des prix des carburants commercialisés par l’entreprise pétrolière nationale.
Cette décision a ravivé les craintes concernant les finances publiques, alors que l’État continue de subventionner les prix des carburants à la pompe, observait la banque Nomura.
"Les investisseurs s’inquiètent de la discipline budgétaire et de l’indépendance de la banque centrale sous la présidence de Prabowo Subianto", soulignait le gérant James Syme.
Le président a notamment nommé son neveu au conseil des gouverneurs de Bank Indonesia. Il a également remplacé la ministre des Finances Sri Mulyani Indrawati, très respectée par les marchés, par une équipe politique moins connue et davantage tournée vers la croissance.
Le départ de Sri Mulyani a particulièrement pesé sur la confiance. Considérée comme la garante de la stabilité budgétaire du pays, elle constituait un important facteur de réassurance pour les investisseurs internationaux. Un déclassement par MSCI pourrait donc encore aggraver la situation en provoquant de nouvelles sorties de capitaux.
