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Pourquoi Schroders parie sur l'impression 3D et la fabrication intelligente

samedi 17 octobre 2020 à 07h00
Interior of an automotive manufacturing building Microsoft Industry Experience Center

(BFM Bourse) - Avec un fonds dédié au "smart manufacturing", la société de gestion britannique mise sur les acteurs des nouvelles technologies industrielles (comme l’impression 3D, la robotisation ou les nouveaux matériaux) susceptibles d'aboutir à une nouvelle révolution industrielle.

Après l'avènement de la machine à vapeur, qui a permis d'engager la révolution industrielle à partir de la fin du XVIIIe siècle, l'électrification et la production de masse au début du XXe siècle, le développement de l'informatique à la fin du siècle dernier a dévolu à l'électronique, aux automatismes et au numérique une place aujourd'hui essentielle dans l'industrie.

Désormais se profile une nouvelle vague d'innovations propres à entraîner une "renaissance industrielle", estime Daniel McFetrich, responsable de la recherche actions internationales auprès de la société de gestion Schroders. "Les innovations dans les domaines du matériel, des logiciels et des matériaux se conjuguent avec la numérisation pour aider les entreprises à devenir plus productives et plus efficaces, tout en réduisant l’empreinte carbone de leurs chaînes d’approvisionnement et de leurs produits". Un virage vers ce qu'on appelle la "fabrication intelligente", "smart manufacturing" dans la langue de Shakespeare, et qui constitue une thématique appelée à s'imposer pendant de nombreuses années - et que la crise du Covid-19 ne fait qu'accélérer.

La fabrication intelligente désigne un ensemble de technologies innovantes, comme l’impression 3D (également appelée fabrication additive, parce qu'on forme des pièces par incréments de matériau et non en retirant par exemple par fraisage ou découpe) ou la robotisation. Il peut s’agir aussi de logiciels (destinés à analyser l’énorme quantité de données générées par ces machines industrielles pour améliorer l'efficacité des opérations ou encore prédire, avant de tomber en panne, les moments où il faut réaliser une maintenance). Ou bien de progrès sur le plan des matériaux soit totalement nouveaux -comme le fameux graphène doté de propriétés inouïe et qu'on ne sait synthétiser que depuis 2004- soit de nouvelles applications pour des matériaux existants tels que les fibres de carbone.

40 milliards d’appareils connectés à internet en 2025

À quoi ces innovations pourraient-elles concrètement aboutir ? Daniel McFetrich estime que mises bout-à-bout, elles permettront un processus de fabrication collaboratif et intégré répondant en temps réel aux conditions et exigences en constante évolution de l’usine, de la chaîne d’approvisionnement et surtout des besoins des clients. Ces innovations prennent place au niveau des usines, des entrepôts et des chaînes d’approvisionnement, ou dans d’autres actifs industriels sur le terrain (tels que les tracteurs ou les porte-conteneurs).

Pour le gérant d'actifs britannique, les arguments en faveur de l'essor de la fabrication intelligente en tant que thème d'investissement ne manquent pas. La technologie numérique est évidemment le moteur de la révolution de la fabrication intelligente. Les appareils et les équipements sont de plus en plus dotés de logiciels installés ou intégrés qui les connectent à Internet. Il devrait y avoir plus de 40 milliards d’appareils connectés à internet d'ici 2025, selon des prévisions du cabinet IDC datant de 2019. Chacun d’eux génère une énorme quantité de données, dont l'essentiel ne sont pas encore vraiment exploitées. Cela est toutefois en train de changer grâce aux progrès en matière de stockage et d’analyse des données de masse. Les industriels qui sauront analyser ce que les données peuvent leur apprendre en termes d’amélioration de la productivité pourront notamment éviter des coûteux arrêts, et ainsi améliorer considérablement améliorer la productivité et donc la rentabilité.

L’amélioration des réseaux et des standards de communication est un autre élément essentiel à cet égard. Les réseaux industriels sont de plus en plus standardisés de sorte qu’un élément d’un industriel peut communiquer avec n’importe quel autre.

Des coûts qui baissent

Côté matériel, les robots sont utilisés depuis longtemps dans des industries telles que la fabrication automobile. Mais jusqu’à récemment il s'agissait surtout de machines plutôt basiques destinées à un éventail restreint d’applications, et tenues à l’écart du personnel pour des raisons de sécurité. Progressivement toutefois apparaissent des robots collaboratifs (ou "cobots") plus agiles, dotés de capacités plus variées... et capables d'intervenir aux côtés des humains. Cela permet à la robotique d’entrer sur de nouveaux marchés finaux comme l’électronique et l’industrie alimentaire.

Le plus important est peut-être que, parallèlement à cette évolution, les coûts commencent à baisser du fait des économies d’échelle, accélérant encore le rythme d'adoption, générant des économies supplémentaires etc. L'attrait est encore renforcé par le fait que les salaires dans l’industrie manufacturière augmentent dans de nombreuses régions du monde -en particulier la Chine- alors que la productivité n’a pas progressé.

L'augmentation des coûts salariaux est évidement une raison importante pour les entreprises de passer à l’automatisation. Mais elle est aussi symptomatique du fait que le travail en usine attire moins de personnes. Une main-d’oeuvre mieux formée exige des postes plus flexibles et plus variés. Il est logique d’utiliser des machines pour exécuter des tâches qui seraient potentiellement pénibles, voire dangereuses, pour un être humain.

La crainte que "les nouvelles technologies volent nos emplois" est aussi ancienne que la première révolution industrielle. Les préoccupations concernant le remplacement des travailleurs existants par des robots sont compréhensibles, mais injustifiées dans les faits (les pays employant la plus grande proportion de robots connaissent aussi un taux de chômage inférieur à la moyenne). En réalité, la tendance est plutôt à la création d'emplois entièrement nouveaux, la nouvelle technologie favorisant l’innovation et des opportunités jusqu’alors insoupçonnées (85% des métiers de 2030 n'existaient pas encore, estimait en 2017 une étude publiée par Dell et l’Institut pour le futur).

Vieillissement de la population

Du reste, souligne Daniel McFetrich, de nombreux pays, dont de grands pays industriels comme les États-Unis et l’Allemagne, sont confrontés au problème du vieillissement de la population. Une baisse de la population active pourrait entraîner une diminution importante de la productivité et de la croissance économique, et donc du niveau de vie. Reflet de cette situation, aux États-Unis les offres d’emploi dans le secteur manufacturier restaient (début 2020, avant la crise) à un niveau proche de leur plus haut niveau depuis vingt ans, malgré une forte croissance des salaires. Le recours accru à l’automatisation contribue aussi à combler le manque de main-d’oeuvre.

Un autre élément clé de la "fabrication intelligente" est l’impact environnemental. Dans l'univers des matériaux, les industries chimiques et manufacturières innovent avec des composites moins chers, plus solides et plus légers, qui peuvent être utilisés pour des composant dans les véhicules routiers ou aériens. Selon le Département américain de l’énergie, l'utilisation de composants légers et des moteurs à haut rendement pour un quart du parc de voitures aux Etats-Unis permettrait d'économiser chaque année 19 milliards de litres de carburant d’ici 2030. Les avions sont également devenus plus économes en carburant, car la part des matériaux composites dans le poids d’un aéronef est actuellement de 50 %, contre 10 % dans les années 1970. Ce pourcentage continue d'ailleurs d’augmenter.

La crise actuelle commence à accélérer l’adoption de ces tendances. Selon Schroder Investment Management, trois domaines spécifiques sont particulièrement concernés, l’industrie manufacturière cherchant à accroître sa résilience à des événements similaires dans le futur.

Communications sans fil, automatisation et relocalisation

Premièrement, le désir et la nécessité de numériser l’industrie rendent primordiale l’amélioration des communications sans fil. La crise a montré que les technologies numériques ont largement facilité le télétravail, et les acteurs de l’industrie manufacturière manifestent un grand intérêt pour un pilotage à distance accru de leurs actifs et de leurs chaînes d’approvisionnement.

Deuxièmement, les mesures de confinement empêchant la présence physique de la main-d’oeuvre dans les usines, le recours à l’automatisation dans l’industrie semble voué à augmenter. Et même lorsque les gens retournent sur leur lieu de travail, la nécessité de continuer d’appliquer les mesures de distanciation sociale exige une plus grande automatisation.

Troisièmement, la crise a révélé la fragilité de certaines chaînes d’approvisionnement mondiales, qui commençaient déjà à changer en raison des tensions commerciales entre les États-Unis et la Chine l’an dernier. Reconfigurer (rapatrier) la production nécessitera d'être plus efficace pour contenir ou si possible réduire les coûts. Rendant toujours plus nécessaire la transition vers la fabrication intelligente.

Tous ces facteurs "illustrent pourquoi nous assistons maintenant à une réévaluation de la manière dont les entreprises conçoivent, construisent, vendent et entretiennent leurs produits. Nous pensons que cela se traduira par une baisse des coûts, une diminution des temps d’arrêt et du gaspillage, et un raccourcissement des cycles d’innovation de produits, au profit des clients", estime Daniel McFetrich.

Lancement d'un fonds dédié

Les entreprises des secteurs industriels, des matériaux et des technologies de l’information devraient être les leaders de cette tendance, car elles sont les pionnières qui peuvent monétiser le potentiel. La fabrication intelligente sera un thème de long terme pour ces secteurs, mais la majorité des analystes financiers se concentrent sur les deux ou trois prochaines années au maximum. Cela offre une opportunité aux investisseurs prêts à réfléchir sur les décennies à venir, juge-t-il, dans la mesure où la révolution du smart manufacturing ne fait que débuter.

La société de gestion a lancé récemment un fonds dédié, le Schroder International Selection Fund Smart Manufacturing. Microsoft constitue sa principale position, le géant américain offrant aux industriels un ensemble de solutions (internet des objets, cloud computing, formation des opérateurs...) pour réduire le gaspillage et développer la durabilité tout au long de la chaîne de valeur et du cycle de vie des produits et services. Toujours parmi les valeurs américaines, le fonds mise aussi sur Cadence Design Systems, un spécialiste de la conception assistée par ordinateur, sur Accenture, Texas Instruments, ANSYS (logiciels de simulation numérique), PTC (internet des objets) et Fortive (conglomérat présent dans l'informatique, les télécommunications, l'automatisation et les instruments de mesure, ainsi que dans le stockage pétrolier).

En dehors des USA, le fonds compte une position sur le français Schneider Electric, et sur les allemands Schindler Holding et Knorr-Bremse.

Guillaume Bayre - ©2020 BFM Bourse
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