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Arnaud Guérin : Celyad et Cellectis "au même stade" dans les cellules CAR-T

vendredi 2 décembre 2016 à 16h54
Arnaud Guérin

(BFM Bourse) - Cellectis et Celyad sont en pointe dans l’immunothérapie cellulaire en cancérologie. Dans le sillage de biotechs américaines comme Juno ou Kyte Pharmaceuticals, Cellectis et Celyad ont développé des thérapies CAR-T consistant à prélever les cellules immunitaires d’une personne et à les reprogrammer génétiquement afin qu’elles ciblent les tumeurs. Arnaud Guérin, responsable de la recherche de Portzamparc, livre son analyse sur ces deux biotechs à fort potentiel.

Tradingsat.com : Les approches de Cellectis et de Celyad dans les CAR-T sont-elles semblables ?

Arnaud Guérin : Celyad travaille essentiellement sur une approche dite « autologue » : on modifie des lymphocytes T propres à chaque patient pour les lui réinjecter. Dans ce cas, tout risque de rejet est écarté puisque les cellules sont reconnues comme étant celles du patient. La méthode est éprouvée, mais elle est longue et coûteuse car elle ne peut pas être standardisée. A l’inverse, Cellectis s’est positionnée d’emblée sur une approche hétérologue : les cellules immunitaires sont prélevées chez un donneur sain, puis génétiquement modifiés au bénéfice de multiples patients. Cette « industrialisation » abaisse le coût de production et confère au produit des caractéristiques identiques d’une dose à l’autre. Celyad explore également la piste hétérologue, mais son développement dans ce domaine est encore très précoce et dépend d’un brevet qui est actuellement contesté.

Tradingsat.com : Avec ses importants partenariats, Cellectis a-t-elle de l’avance sur Celyad ?

Arnaud Guérin : Oui, ils ont des partenariats, avec Pfizer et Servier, mais non, ils ne sont pas plus avancés. L’accord avec Pfizer est très lucratif pour Cellectis, avec potentiellement des paiements d'étapes pouvant aller jusqu’à 185 millions de dollars pour toute thérapie CAR-T développée par Pfizer avec la technologie de Cellectis qui serait commercialisée. Des éléments précliniques vont être bientôt publiés au congrès de l’ASH (American Society of Hematology). Et le fait que Pfizer communique est en soi un bon signal ; on ne communique généralement pas sur ce qui ne marche pas. L’accord avec Servier est d’une envergure un peu moindre dans la mesure où il ne concerne que l’Europe. Mais Cellectis et Celyad sont au même niveau de développement clinique, c’est-à-dire en phase 1. Celyad vient d’achever une petite phase 1 d’une douzaine de patients et a prévu d’en débuter une autre en 2017 regroupant plus de patients.

Tradingsat.com : Préférez-vous Cellectis ou Celyad ? Vous recommandez l'achat des deux valeur.

Arnaud Guérin : La société qui offre la meilleure visibilité est Celyad. Les éléments qu’ils ont montrés en phase 1 sont intéressants et permettent d’être optimiste. En comparaison, les programmes de Cellectis sont beaucoup plus opaques du fait qu’ils dépendent de partenaires qui n’ont aucun intérêt à communiquer. Cela devrait cependant commencer à évoluer l’an prochain avec le lancement d’un programme clinique propriétaire sur le produit UCART123. Ils sont dans la phase de dépôt du dossier réglementaire sur ce produit qui cible l’antigène CD123 identifié dans un certain nombre de cancers du sang.

Tradingsat.com : Sur le plan financier, laquelle est la plus solide ?

Arnaud Guérin : La visibilité est sensiblement identique même si le niveau de trésorerie n’est pas du tout le même. Celyad disposait de 87 millions d’euros à fin septembre, contre 264 millions d’euros pour Cellectis. Mais la consommation de trésorerie de Celyad est plus faible : de l’ordre de 30 millions d’euros alors que l’on se situera autour de 60 à 70 millions d’euros pour Cellectis qui développe davantage de projets de front.

Tradingsat.com : Plus généralement, vous croyez au potentiel de la technologie CAR-T.

Arnaud Guérin : Oui, les données publiées par les biotech américaines Juno Therapeutics et Kite Pharma sur cette technologie des cellules CAR-T appliquée à des cancers du sang ont montré des résultats cliniques spectaculaires avec des taux de rémission de 80 à 90%. C’est d’autant plus impressionnant qu’il s’agissait de patients "désespérés" et a priori plus difficiles à soigner après l’échec de plusieurs traitements, des greffes de moelle osseuse, des chimiothérapies… Bien sûr il faut rester prudent, puisque les études n’ont été menées jusqu’à présent que sur un petit nombre de patients, et l’on ne peut conclure à ce stade sur une efficacité statistiquement significative. Par ailleurs, Juno fait face actuellement à des décès inexpliqués dans un essai clinique. Pour autant, nul ne peut nier le potentiel de la technologie des CAR-T qui fait rêver beaucoup de cliniciens.

Propos recueillis par François Berthon - ©2019 BFM Bourse
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