(BFM Bourse) - Le groupe de spiritueux souffre à la Bourse de Milan ce jeudi 7 mai après avoir dégagé une progression de ses revenus près de deux fois inférieure aux attentes. Ce qui vient ternir un parcours boursier relativement enviable dans son compartiment.
Davide Campari connaissait jusqu'à présent une année 2026 relativement remarquable sur le plan boursier. Le propriétaire du célèbre apéritif Aperol ainsi que des marques Grand Marnier, Courvoisier et Espolon Tequila prenait environ 18% depuis le 1er janvier à la clôture de mercredi.
Une hausse appréciable au vu des difficultés qu'éprouvent les grands noms du secteur des spiritueux, qui sont (une nouvelle fois) à la peine en Bourse. Pernod Ricard perd 12% sur l'ensemble de 2026 et le britannique Diageo (Guinness, Johnnie Walker) 4,3%.
La société a été portée par ses perspectives et sa capacité à nettement surperformer son secteur et donc à gagner des parts de marché grâce à la puissance de ses marques. "Des fondamentaux supérieurs dans un secteur en pleine faiblesse", résumait UBS en mars dernier.
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Une mauvaise copie
"Campari parvient à surmonter les difficultés du secteur et affiche des résultats supérieurs à ceux de ses concurrents sur les grands indicateurs clés", poursuivait la banque suisse, qualifiant Campari de "meilleur de la classe en termes de croissance".
Mais même les meilleurs élèves connaissent des accidents et des revers parfois cinglants.
Ce jeudi 7 mai, le titre s'effondre à la Bourse de Milan, chutant de 13,7% en milieu d'après-midi après avoir dégagé une croissance près de deux fois inférieure aux attentes.
Sur les trois premiers mois de l'année, l'alcoolier a généré des revenus de 643 millions d'euros, traduisant une croissance en données comparables de 2,9%. Certes c'est mieux que ses grands rivaux puisque sur la même période Pernod Ricard affiche une progression de 0,1% en données comparables quand celle de Diageo a atteint 0,3%.
Toutefois les analystes espéraient beaucoup plus, Citi évoquant un consensus, c'est-à-dire une prévision moyenne, logé à 5,1%. La banque estime même que les "buyside", c'est-à-dire les investisseurs, tablaient sur un taux supérieur à 6%.
"Malgré l'effet favorable lié aux vacances de Pâques avancées (en termes de calendrier, NDLR) et aux Jeux olympiques d'hiver, la croissance organique sous-jacente dans la zone 'Europe Moyen-Orient Afrique' a atteint 1,9% et s'est révélée bien inférieure aux estimations, tandis que les États-Unis ont également déçu, la solide croissance sous-jacente ayant été contrebalancée par un déstockage", décortique Citi.
Perspectives confirmées
UBS relativise en expliquant que la contre-performance de la société aux États-Unis s'explique par "une optimisation ciblée" des stocks de la part de Campari sur des marques jugées non prioritaires qui a obéré la croissance globale du groupe à hauteur de 1,5 point de pourcentage, pour un montant de 10 millions d'euros.
"Le rationnel d’une telle mesure est judicieux dès lors que le groupe souhaite avoir une base saine en amont de la haute saison qui pourrait, en outre, être portée par la Coupe du monde de football" écrit pour sa part Oddo BHF.
La croissance dans la zone "Amérique du Nord" est, in fine, ressortie à 2,2% en données comparables.
En "Europe-Moyen-Orient Afrique", l'activité a été lestée par des négociations avec des distributeurs (notamment en Allemagne) ce qui a entraîné "la perte temporaire de créneaux promotionnels clés au cours de cette période", explique UBS. Bien que ce sujet soit désormais résolu, ce vent défavorable devrait encore peser au deuxième trimestre, souligne la banque suisse.
Le groupe a surtout été pénalisé par le "GTR" ("Global Travel Retail") c'est-à-dire les ventes détaxées réalisées dans les aéroports, qui ont chuté de 13,5% en données comparables, en raison de l'impact du conflit au Moyen-Orient, remarque Oddo BHF.
Malgré ce début d'année décevant, la société a réitéré ses objectifs annuels, à savoir une croissance 2026 autour de 3% en données comparables et une marge opérationnelle ajustée en hausse en données comparables.
Vers une amélioration des marges?
Oddo BHF remarque que Campari est la seule société de sa couverture dans les biens de consommations grand public (L’Oréal, Galderma, Puig, Nestlé, Danone, Unilever, Pernod Ricard, Rémy Cointreau, Diageo) à ne pas avoir dépassé les attentes.
"L’impact de 10 millions lié à un ajustement volontaire des stocks en amont de la haute saison pourrait relativiser cette déception dès lors que la croissance organique (en données comparables, NDLR) du premier trimestre serait de 4.4% sans cet effet. Le maintien de la guidance (l'objectif, NDLR) de 3% de croissance organique est crédible et cela peut être un autre amortisseur", développe Oddo BHF.
Mais au vu de la hausse de l'action sur 2026, la publication a de quoi être sanctionnée, considère le courtier. "Le début d'année décevant et la prime de valorisation de plus de 50% du ratio cours/bénéfice par rapport à Diageo risquent d'entraîner une forte réaction baissière sur le cours de l'action", a écrit de son côté Citi dans une note publiée mercredi soir.
"Campari affiche de bons résultats dans un secteur des spiritueux en difficulté, comme en témoignent la croissance positive du 'sell out' (les ventes distributeurs aux clients finaux par opposition au "sell in", celles du producteur au grossiste) et les gains de parts de marché enregistrés sur ses principaux marchés, tandis que son programme d'innovation s'accélère au deuxième trimestre", apprécie UBS.
"De plus, contrairement à ses concurrents du secteur des spiritueux, l'entreprise est bien placée pour réaliser une progression de ses marges, même si celle-ci devrait se concentrer sur le second semestre", ajoute l'établissement suisse.
