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«Les méga-fusions dans la pharmacie sont rares, et peu d'entre elles ont été considérées comme réussies»... Pourquoi l'idée d'un mariage à 400 milliards entre Astrazeneca et Bristol-Myers Squibb inquiète la Bourse

Aujourd'hui à 11:30
Astrazeneca chute en Bourse

(BFM Bourse) - Selon le Financial Times, les deux sociétés auraient pris langue en vue de fusionner. Si une telle opération avait lieu, elle permettrait de renforcer Astrazeneca dans l'oncologie aux États-Unis. Mais les analystes sont sceptiques sur les vertus de cette fusion…

Après avoir éconduit l'américain Pfizer et son offre à 117 milliards de dollars il y a douze ans, Astrazeneca va-t-il s'unir à un autre américain, Bristol-Myers Squibb (BMS) ?

Dimanche, le Financial Times a rapporté que les deux groupes avaient, ces derniers mois, pris langue en vue d'une potentielle fusion, qui créerait un groupe d'environ 400 milliards de dollars de capitalisation boursière (la valeur de la totalité des actions).

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À l'heure actuelle, Astrazeneca pèse pour environ 196 milliards de livres (soit 263 milliards de dollars) en Bourse et BMS 133 milliards de dollars.

Les discussions pourraient aboutir à un accord dans un avenir proche, mais elles pourraient être retardées ou échouer, ont déclaré les sources du Financial Times.

Interrogée par BFM Bourse, une porte-parole d'Astrazeneca n'a pas fait de commentaire tandis que BMS n'était pas disponible dans l'immédiat pour apporter un commentaire.

À la Bourse de Londres, l'action Astrazeneca perd 6,4% vers 11h30 tandis que BMS gagne 6,7% en préouverture à Wall Street.

Le cas Stellantis

Le marché peut redouter que les termes de la fusion soient défavorables à Astrazeneca, de loin le groupe le plus important en taille parmi les deux géants phamarceutiques.

Parfois, de telles opérations de fusion conduisent le marché à désigner un perdant et un gagnant.

En 2019, lorsque Fiat Chrysler et Peugeot SA avaient décidé de se marier pour créer le groupe qui deviendra Stellantis, l'action de la société américano-italienne avait bondi quand celle du groupe sochalien avait chuté. Les détails financiers de la fusion envisagée contenaient alors des termes bien plus favorables aux actionnaires de Fiat Chrysler que pour ceux de la société tricolore.

Citée par Bloomberg, Jefferies écrivait que ces conditions montraient que PSA payait en réalité une prime de 32% pour prendre le contrôle de la société américano-italienne, illustrant le fait que derrière le terme de fusion se cachait bien une opération de rachat.

Par ailleurs, le rationnel stratégique de l'opération peut prêter à débat. Né en 1999 de la fusion entre le suédois Astra et le britannique Zeneca, Astrazeneca s'est bâti un solide bilan dans l'oncologie (le traitement des personnes touchées par des cancers), qui représente environ 40% de ses revenus. Le groupe est également très présent dans les maladies rares, qui constituent 16% de son chiffre d'affaires, l'immunologie, les traitements cardio-vasculaires, rénaux et métaboliques.

"Les médicaments destinés au traitement du cancer et des maladies rares, qui génèrent des marges élevées, ont joué un rôle déterminant dans la reprise du chiffre d'affaires au fil des ans, leur dynamique de croissance devrait rester solide dans les années à venir", explique le bureau d'études indépendant Alphavalue.

Des méga-fusions qui pèsent sur la R&D

Sur le papier, BMS apporterait à Astrazeneca une plus importante exposition aux États-Unis, qui représente environ un tiers des revenus de la société suédo-britannique.

"La logique industrielle tient principalement au renforcement massif d’Astrazeneca aux États-Unis, à l’élargissement de son exposition en oncologie et à la diversification immédiate de son portefeuille commercial", explique Allinvest Securities.

"BMS apporterait notamment Eliquis (anticoagulant), Opdivo (anticancéreux), Reblozyl (contre l'anémie), Camzyos (lutte contre la cardiomyopathie), Breyanzi (cancer du sang) et Cobenfy (schizophrénie), ainsi qu’un portefeuille de nouveaux produits désormais significatif : en 2025, le Growth Portfolio (relais de croissance) de BMS a généré 26,4 milliards de dollars de revenus contre 21,8 milliards de dollars pour le Legacy Portfolio (produits matures) sur un chiffre d'affaires total de 48,2 milliards de dollars", développe le bureau d'études.

Le nouvel ensemble afficherait des revenus de 107 milliards de dollars.

Mais les analystes froncent quelque peu des sourcils.

Si cette opération renforcerait la taille d'Astrazeneca, elle diminuerait "potentiellement la lisibilité de son profil de croissance organique, jusqu’ici valorisé pour sa qualité d’exécution, sa dynamique en oncologie et son pipeline late-stage (les candidats-médicaments proches en fin d'essais cliniques)", note Allinvest Securities.

UBS, de son côté, remarque que les deux sociétés sont surtout présentes toutes les deux sur trois créneaux à savoir les tumeurs solides, les cancers sanguins et les traitements cardiovasculaires, ce qui devrait permettre de dégager des synergies sur les frais administratifs.

Toutefois, la banque suisse rappelle qu'historiquement, les grandes opérations de fusions-acquisitions dans la pharmacie se sont traduites par une stagnation de la productivité de la R&D.

Ce alors que plusieurs brevets d'envergure d'Astrazeneca tomberont sur la période 2031-2033.

"Dans ce contexte, le marché devrait s'interroger sur la capacité d'une éventuelle fusion, dont les synergies devraient se concrétiser vers 2030, à pallier ce problème", écrit UBS.

Citi de son côté voit, certes, des complémentarités entre les deux groupes mais se dit "surprise" par ces informations de presse, dans la mesure où Astrazeneca affiche le meilleur "pipeline" '(les médicaments en cours de développement) du secteur.

"Compte tenu de la vigueur de la croissance et du profil d’innovation d’Astra, cette nouvelle nous laisse quelque peu perplexes", abonde auprès de Bloomberg Michael Leuchten, analyste chez Jefferies.

Bank of America estime que l'information du Financial Times a de quoi mettre l'action Astrazeneca sous pression.

"Les méga-fusions dans ce secteur sont rares, et peu d'entre elles ont été considérées comme réussies, compte tenu des perturbations souvent évoquées au niveau de la R&D, elles ont généralement été menées à partir d'une position de faiblesse", développe la banque américaine.

L'établissement américain s'attend à ce que les investisseurs questionnent la confiance d'Astrazeneca dans son "pipeline" de médicaments en cours de développement.

D'autre part et comme dans toute opération de cette taille, des risques anticoncurrentiels existent.

"L’obstacle réglementaire serait également majeur. Les chevauchements en immuno-oncologie, notamment entre les médicaments Imfinzi / Imjudo et Opdivo / Yervoy / Opdualag, exposeraient probablement l’opération à un examen antitrust approfondi et à des cessions d’actifs significatives", explique Allinvest Securities.

"Si la complémentarité stratégique existe, la taille de l’opération, le risque d’intégration, le patent cliff de BMS, les obstacles antitrust et la sensibilité politique au Royaume-Uni rendent la création de valeur très incertaine", conclut le bureau d'études.

Julien Marion - ©2026 BFM Bourse
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