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Le label musical Believe veut lever 500 millions grâce à son entrée en Bourse

lundi 10 mai 2021 à 16h29
Jul sur la façade du siège de Believe Digital, porte de Saint Ouen

(BFM Bourse) - Le groupe français d'édition et de distribution musicale Believe a annoncé lundi l'approbation de son document d'enregistrement par l'AMF en vue de son projet d'introduction en Bourse. Le groupe espère lever environ 500 millions d'euros pour financer son développement.

La licorne tricolore Believe, qui se rêve en "Publicis de la musique" selon les termes de son PDG et fondateur interrogé par Les Echos en 2019, prépare activement son introduction en Bourse. Selon un communiqué publié ce jour, le "label numérique" a obtenu l'approbation de son document financier par l'AMF en vue de son arrivée sur le marché qui "reste soumise à l'approbation du prospectus relatif à l'offre", ainsi qu'à des "conditions de marché favorables", a-t-elle ajouté.

Créé en 2005 par Denis Ladegaillerie, ancien avocat d'affaires qui a fait ses classes en tant que directeur stratégique et financier des activités de musique en ligne aux Etats-Unis dans le Vivendi de l'ère Messier, le groupe surfe sur l'avènement du streaming pour se tailler une place de choix dans l'écosystème musical, à l'ombre des trois majors du secteur que sont Universal, Sony et Warner. Believe fait ainsi partie d'une myriade de "majors numériques" (Ditto au Royaume-Uni, Dowtown aux Etats-Unis) qui cherchent à défier l'ordre établi en proposant des accords plus souples et des contrats axés sur les services.

Car si l'industrie musicale a profité de l'essor pour renouer avec la croissance après deux décennies de déclin, cette nouvelle ère modifie également la dynamique du pouvoir entre artistes et labels. Ce nouveau mode de consommation a non seulement fait grimper la valeur des anciens catalogues -comme en témoigne la cession de celui des Red Hot Chili Peppers à un fonds d'investissement (Hipgnosis Songs Fund Limited, qui a également acquis celui de Shakira en janvier) pour 140 millions de dollars la semaine dernière, alors que Bob Dylan a vendu le sien à Univeral pour 300 millions en décembre- mais aussi mis la pression sur les grandes maisons de disque pour reverser une plus grand part des revenus aux artistes, créant des opportunités pour les nouveaux acteurs du marché. "Les artistes veulent garder leur propre propriété intellectuelle et avoir un partenaire avec une expertise numérique, qui leur offre des conditions économiques plus favorables [que les labels traditionnels]", a déclaré Denis Ladegaillerie lundi.

Plus de 80% des revenus réalisés à l'international

Believe se dit "rentable" et en "forte croissance", avec un chiffre d'affaires quasiment doublé en deux ans, passant de 238 millions d'euros en 2018 à 441,4 millions d'euros selon les chiffres fournis par l'entreprise, en hausse de 12% sur un an après +65% entre 2018 et 2019. Le volume d'affaires global, ou "digital music sales", a pour sa part atteint 728 millions d'euros cette année contre 472 millions d'euros en 2018 et 647 millions en 2019. Le groupe réalise 81,6% de ses revenus à l'international (dont 22,2% en Allemagne, son premier marché devant la France) et revendique une part de marché comprise entre 10 et 15% en France, en Allemagne et en Inde, et supérieures à 15% en Russie et en Turquie.

Après être parvenu à dégager un bénéfice net de 4,6 millions en 2019, les comptes de Believe ont basculé dans le rouge avec une perte nette de 26,3 millions d'euros l'année dernière en raison de lourds investissements, notamment dans la technologie et le personnel. La marge de bénéfice ajusté avant intérêts, impôts, dépréciation et amortissement de Believe a ainsi chuté à 2% seulement lors de l'exercice écoulé, contre 10% lors des deux exercices précédents. Believe vise une croissance organique de ses revenus d'environ 20% en 2021, avec une marge d'Ebitda ajustée stable. À horizon 2025, elle se fixe le cap d'une croissance annuelle comprise entre 22 et 25%, assortie d'une marge d'Ebitda de 5 à 7%.

"Au cours des dix dernières années, le streaming a changé la façon dont nous découvrons la musique", constate Denis Ladegaillerie, cité dans le communiqué. Dans ce contexte, Believe apporte "les solutions digitales les plus adaptées aux besoins de chaque artiste et label indépendant, quel que soit leur niveau de développement, dans toutes les géographies et à travers une large de genres musicaux", explique-t-il. Concrètement, Believe se concentre "sur le développement et l'accompagnement des artistes en proposant une multitude de services : la distribution, le marketing, la mise en contact pour la réalisation d'un clip, etc. Comme le fait une agence de conseil pour une marque" expliquait Denis Ladegaillerie aux Echos, d'où le parallèle avec Publicis.

De MC Solaar à BB Brunes, en passant par Jul

Et depuis son premier "gros coup" réalisé en 2008 avec la signature de MC Solaar, le groupe a considérablement étoffé son portefeuille. En rachetant la société de production Musicast via son label Believe Digital en 2015, il avait notamment mis la main sur Jul et PNL, artistes parmi les plus "streamés" en France. Très international, Believe mise aussi sur plusieurs marchés émergents, où les majors sont moins bien établis, comme l'Inde ou la Russie. Le groupe, qui travaille avec toutes les principales plateformes (Spotify, Deezer, Apple Music, Youtube et Amazon Music notamment), a par ailleurs accéléré sa stratégie de croissance externe. Après avoir racheté son alter ego américain TuneCore grâce aux 60 millions d'euros levés auprès de fonds d'investissements (le californien Technology Crossover Ventures (TCV), premier actionnaire avec 49% du tour de table, le français Ventech et le britannque Bullhound) en 2015, Believe a acquis plusieurs labels musicaux emblématiques comme Naïve (Jeanne Added, M83, etc.) en 2016 ou le spécialiste allemand de métal Nuclear Blast en 2018. La même année, le groupe a également acquis 49% des parts du label indépendant français Tôt ou tard (Nekfeu, BB Brunes, Vincent Delerm, Vianney, Shaka Ponk, etc.) auprès de Wagram Music.

Les 500 millions d'euros que souhaitent lever l'entreprise dans le cadre de son projet d'introduction visent à "financer sa stratégie de croissance" explique le communiqué. Le document déposé auprès de l'AMF précise que le groupe, qui "opère sur un marché fragmenté avec des centaines de cibles potentielles", a l'objectif d'investir 100 millions d'euros par an dans des opérations de croissance externe sur la période 2022-2025, ce qui représente une nette accélération par rapport aux 126 millions dépensés par Believe en acquisitions sur les trois dernières années.

Believe revendique actuellement 1.270 employés à travers 50 pays et "plus de 850.000 artistes (en direct ou via leur label)". La société pourrait être valorisé environ deux milliards d'euros selon des sources proches du dossier qui s'étaient confiées à Reuters en novembre dernier.

L'entreprise est par ailleurs membre du Next40, du nom du label créé en 2019 par le gouvernement pour soutenir et promouvoir 40 jeunes entreprises françaises considérées comme prometteuses et susceptibles de devenir des leaders technologique, en compagnie de BlaBlaCar, Deezer, Lydia, Frichti, Doctolib, Veepee ou encore Qonto et Back Market. Avec les déboires d'OVHCloud, qui prépare néanmoins toujours activement son introduction en Bourse, Believe pourrait devenir la première société membre du Next40 à se coter sur le marché parisien.

Quentin Soubranne - ©2021 BFM Bourse
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