(BFM Bourse) - Selon des documents boursiers cités par les médias anglo-saxons, la société d'investissement a mis plusieurs trimestres de frugalité en achetant davantage d'actions sur le marché qu'elle n'en a vendues.
Depuis plusieurs trimestres, Berkshire Hathaway, la société du célèbre investisseur et ex-homme le plus riche au monde Warren Buffet, a avancé à pas de loup sur le marché.
Malgré une trésorerie s'apparentant à un véritable trésor de guerre, avec 369 milliards de dollars disponibles à fin décembre (une manne suffisante pour racheter n'importe quelle société du CAC 40), Berkshire Hathaway a fait preuve de frugalité dans ses investissements.
L'entreprise possède certaines activités en propre, telles que de l'assurance automobile, du fret ferroviaire ou des activités énergétiques.
Mais le groupe reste avant tout connu pour constituer le grand véhicule d'investissement de Warren Buffet. L'"oracle d'Omaha" a ainsi fait croître sa fortune et celle des actionnaires minoritaires (19,7% de rendement annuel dividende inclus depuis 1965 contre 10,5% pour le S&P 500) de Berkshire en signant certains "coups" sur le marché via Berkshire.
Par exemple, l'entreprise était entrée au capital d'Apple en 2016 à un moment où le groupe à la pomme voyait ses ventes reculer dangereusement. Depuis, l'action a été multipliée par 13…
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La trésorerie diminue
Reste que Warren Buffett, sur ses dernières années de gestion, avait tendance à botter en touche, laissant la trésorerie gonfler à coup de dividendes (Apple, Coca et American Express ont versé 1,5 milliard de dollars de dividendes à Berkshire Hathaway à eux trois l'an passé) sans trop prendre de risques.
L'entreprise a, certes, continué à prendre des participations, dans Domino's Pizza, UnitedHealth et, surtout, Alphabet fin 2025. Mais, in fine, la société vendait d'avantage de titres qu'elle en achetait.
Selon une infographie compilée par le Financial Times, les ventes d'actions ont dépassé les achats (en montants) sur tous les trimestres de 2023, 2024 et 2025.
Cette frilosité tendait à montrer que Buffett jugeait les marchés actions dans leur globalité comme étant surévalués. Ce qui a conduit Berkshire à sous-performer le S&P 500 (dividendes inclus) en 2023 (15,8% de hausse contre 26,3%) et en 2025 (10,9% contre 17,9%), 2024 marquant un "match nul" (25,5% contre 25%).
Avec Greg Abel, la donne semble avoir bien changé. Rappelons que l'actuel directeur général de Berkshire Hathaway a succédé à Warren Buffett le 1er janvier dernier, le milliardaire restant toutefois président du conseil d'administration et actionnaire de référence du groupe (entre 16% et 17% du capital).
Selon les derniers documents boursiers enregistrés auprès de la SEC (le gendarme américain de la Bourse) et cités par plusieurs médias, les achats d'actions de Berkshire ont, au deuxième trimestre, dépassé les ventes à hauteur de 20 milliards de dollars, une première depuis donc plus de trois ans. D'après Bloomberg, Berkshire a également racheté pour 4,5 milliards de dollars de ses propres actions.
La trésorerie de la société a en conséquence diminué pour s'établir à 365,5 milliards de dollars à fin juin contre 397 milliards de dollars à fin mars.
Alphabet devient la troisième participation
Surtout, Berkshire Hathaway a, dans le cadre des investissements réalisés sur ce trimestre, quasiment doublé sa participation dans Alphabet.
Le conglomérat a acheté pour 57,8 millions d'actions de la maison-mère de Google portant le total à 106 millions de titres soit 36,8 milliards de dollars au cours actuel.
Alphabet constitue désormais la troisième plus importante participation du portefeuille de Berkshire Hathaway, derrière Apple (71,4 milliards) et American Express (44 milliards de dollars).
Warren Buffett avait exprimé en 2018 des regrets de ne pas avoir investi plus tôt dans Alphabet/Google. "Jai foiré", avait-il déclaré auprès de CNBC.
"J'avais vu le produit fonctionner, et je connaissais le type de marges (qu'ils avaient, NDLR). Je ne connaissais pas assez la technologie pour savoir si c'était vraiment celui qui arrêterait la course à la concurrence" avait poursuivi le financier.
Alphabet a, certes, "manqué" son rendez-vous avec le marché lors de la publication de ses résultats en juillet dernier, malgré un bénéfice net record de 112 milliards de dollars et une croissance de 82% dans le cloud. La faute à une révision à la hausse des dépenses d'investissements ("capex") dans l'IA, qui a effrayé les investisseurs.
La maison-mère de Google et Youtube affiche toutefois une hausse de 10,5% depuis le début de l'année et de 70% sur un an.
Ce rallye a été alimenté, notamment, par les percées du groupe dans l'intelligence artificielle. Au-delà de sa croissance vertigineuse dans le cloud, Alphabet est revenu dans la course à l'IA grâce aux bonnes évaluations des récentes performances de son grand modèle de langage Gemini. La société a par ailleurs commencé à développer ses propres puces d'IA, appelées "unités de traitement tensoriel" (TPU).
"Gemini et les TPU restent des avantages compétitifs, soutenant la croissance de la marge du Cloud et les gains de parts de marché continus", tranchait Bank of America, dans une note publiée en juillet.
Parmi les autres mouvements les plus notables, Berkshire Hathaway s'est également renforcé au capital de Delta Airlines et de la chaîne de grands magasins Macy's. Le conglomérat s'est au contraire délesté de sa participation dans le producteur Constellation Brands.
Rappelons que les défis auxquels font face Greg Abel restent colossaux et qu'assumer le lourd héritage de Warren Buffett demeurent difficile.
Gérant chez Monocle AM, Antoine Peulet avait expliqué en 2024 sur BFM Bourse que Warren Buffett avait écrit, dans sa lettre aux actionnaires, que le succès de Berkshire Hathaway était lié à "douze décisions d'investissement, douze en soixante ans".
"La question qui se pose c'est dans quelle mesure cela est réplicable par une nouvelle équipe de gestion, de management", ajoutait-il.
Ce d'autant plus que "Berkshire croît chaque année, vous avez 10 milliards de dollars de cash qui arrivent tous les trimestres et qu'il faut réallouer". "Cela veut dire que Greg Abel dans les dix années après Buffett aura à allouer beaucoup plus de capital que Warren Buffett durant toute sa vie", prévenait-il.
"Peut-être que les investisseurs ne sont pas encore convaincus que la société puisse rester un champion de l'investissement sans Buffett à sa tête", considérait de son côté l'an passé, Russ Mould d'AJ Bell.
