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Journée cauchemardesque en Bourse pour le géant allemand SAP, qui se recentre dans le cloud

lundi 26 octobre 2020 à 13h29
SAP s'effondre à Francfort lundi matin

(BFM Bourse) - La première capitalisation de la Bourse de Francfort dévisse de près de 20% lundi matin -sa plus forte chute journalière depuis son introduction en Bourse en 1995- dans le sillage du renoncement à ses perspectives financières à horizon 2025, sur fond de recentrage dans le cloud. Le compartiment "tech" de la cote parisienne souffre aussi.

Le champion européen du progiciel de gestion voit sa capitalisation boursière s'effondrer de près de 30 milliards d'euros lundi matin, le titre SAP lâchant 19,33% à 100,76 euros lundi vers 13h20. Valorisé quelque 154 milliards d'euros à la clôture de vendredi, ce qui plaçait le groupe basé à Walldorf dans le Bade-Wurtemberg (au Sud de l'Allemagne) parmi les toutes premières capitalisations européennes, SAP ne pèse "plus" que 120 milliards d'euros. À noter que le groupe n'avait jamais connu pareil plongeon depuis son introduction en Bourse en septembre 1995, selon des données de Reuters.

SAP a déclaré lundi avant Bourse qu'il allait "accélérer sa transition vers le cloud" et qu'il abandonnait ainsi ses objectifs de rentabilité à moyen terme, avertissant que son activité "mettrait plus de temps que prévu à se remettre de la crise sanitaire". Les investisseurs, ne goûtant que très peu à l'attente supplémentaire induite par ce revirement stratégique pour voir les promesses de marges plus importantes se concrétiser, réagissent donc en se délestant massivement de leurs titres SAP.

"Nous sommes à un point d'inflexion", a déclaré Christian Klein aux journalistes lors d'une conférence téléphonique. "Je ne suis pas prêt à échanger de la valeur pour nos clients contre une optimisation des marges à court terme" a-t-il précisé, ajoutant que "le passage au "cloud", combiné à une véritable transformation de l'entreprise, est devenu une nécessité pour les entreprises, afin de gagner en résilience et de les mettre en position de sortir plus fortes de la crise". "SAP va accélérer la croissance dans le nuage à plus de 22 milliards d'euros en 2025 et porter la part des revenus plus prévisibles (récurrents, NDLR) à environ 85%", contre 74% au troisième trimestre 2020, en hausse de 5 points sur un an.

Contrecoup pour la tech européenne

Ce changement de cap fait suite à une année de turbulences déclenchées par le départ du PDG de longue date, Bill McDermott, et à une expérience ratée de direction en tandem qui s'est soldée en avril lorsque Christian Klein a pris seul les manettes du géant allemand. Si la pandémie affectait déjà ses opérations, SAP s'en tenait alors à l'ambition à moyen terme fixée sous la surveillance de McDermott, à savoir une amélioration d'un point de pourcentage de ses marges bénéficiaires par an jusqu'en 2023. Le recentrage stratégique décidé par Christian Klein pour faire face aux vents contraires rencontrés par le groupe provoque logiquement l'abandon des ambitions financières exprimées "dans une vie antérieure à la Covid", selon l'analyste Josh Greenbaum chez EAConsult. "Je pense que c'est le bon moment pour réaliser cette transition vers le cloud, que la pandémie contribue à justifier", a-t-il poursuivi.

Ce qui n'empêche pas JP Morgan de réduire son objectif de 160 à 120 euros sur le titre SAP, dont il abaisse également la recommandation de "surpondérer" à "neutre". De son côté, les analystes de Citi estiment que les perspectives prudentes de SAP vont nuire au sentiment général à l'égard des valeurs technologiques et logicielles européennes. Cela se traduit par une lourde chute de l'indice dévisse de 5,25% à 11h30, et les valeurs tricolores du compartiment ne sont pas épargnées. Au sein de l'indice phare de la cote parisienne, Capgemini lâche ainsi 4,2% (plus grosse chute du CAC à ce stade), Worldline 4%, Schneider Electric 1,3% et Atos 1,1%.

Le revirement stratégique opéré par SAP signifie que les marges bénéficiaires vont s'étioler au cours des trois prochaines années, avant que "les vents contraires ne se transformeront en vents arrière" selon les termes du directeur financier Luka Mucic, interrogé par les journalistes. Les recettes du cloud -provenant des services par abonnement hébergés dans des centres de données- devraient maintenant tripler pour atteindre 22 milliards d'euros d'ici 2025 et peser aussi lourd que les ventes traditionnelles de licences, qui ont été pendant des décennies la vache à lait de SAP. Ces dernières représentent encore 54% des revenus du groupe au T3 2020, soit 3,56 sur 6,53 milliards d'euros.

Un objectif de revenus en baisse pour 2020

Luka Mucic rappelle néanmoins que tout n'est pas à jeter dans le troisième trimestre du groupe, qui "a continué à améliorer sa marge d'exploitation par rapport à l'année précédente, dans un environnement difficile (cette marge d'exploitation a en réalité diminué de 2,2 points de pourcentage par rapport au troisième trimestre 2019 pour atteindre 22,5% (IFRS) mais a augmenté de 1 point à 31,7% (hors IFRS), NDLR). Les bénéfices par action et le cash-flow ont augmenté encore plus rapidement (+26% pour le BPA à 1,32 euro sur le T3, +54% pour le cash-flow opérationnel sur les neuf premiers mois à 5,09 milliards d'euros et +79% pour le flux de trésorerie disponible à 4,17 milliards d'euros, également depuis le début de l'année, NDLR). Cela nous permet d'augmenter nos perspectives de cash-flow libre pour 2020 même au-delà de l'objectif communiqué en novembre dernier (à 4,5 milliards d'euros, contre 4 milliards précédemment, quand le cash-flow opérationnel est désormais attendu à 6 milliards, contre "plus de 5 milliards" précédemment, NDLR). Au 30 septembre, SAP dispose en outre de 6,89 milliards d'euros de trésorerie, en recul par rapport au 30 juin dernier (7,45 milliards).

Au cours du trimestre, le chiffre d'affaires total ajusté du groupe a chuté de 4% à 6,53 milliards d'euros, tandis que le bénéfice d'exploitation a baissé de 12% à 1,47 milliard d'euros selon les normes internationales d'information financière (mais ont augmenté de 4% hors-IFRS et à changes constants, à 2,07 milliards d'euros).

Des résultats trimestriels qui incitent donc SAP à abaisser ses perspectives financières sur l'ensemble de l'exercice 2020, pour lequel le groupe table désormais sur des revenus totaux (hors-IFRS) compris entre 27,2 et 27,8 milliards (précédemment 27,8-28,5 milliards d'euros) pour un bénéfice d'exploitation compris entre 8,1 et 8,5 milliards d'euros (contre 8,1 à 8,7 milliards d'euros auparavant).

Quentin Soubranne - ©2020 BFM Bourse
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