(BFM Bourse) - La société de biotechnologies qui se consacre au développement et à la commercialisation de traitements innovants pour les maladies rénales rares a annoncé mardi 5 mai après la clôture du marché parisien, l'ouverture d'une procédure de sauvegarde à son bénéfice.
La situation se complique très nettement pour Advicenne. La société de biotechnologies spécialisée dans les traitements innovants pour les maladies rénales rares a annoncé mardi 5 mai après la clôture du marché parisien, l'ouverture d'une procédure de sauvegarde à son bénéfice.
La société se trouve dans une situation financière très tendue. À l'occasion de la publication de ses résultats annuels fin mars, Advicenne disposait à fin 2025 d'une trésorerie nette de 1,34 million d'euros, en nette baisse sur un an par rapport aux 3,24 millions de fin 2024.
La biotech justifiait cette baisse par la préparation et le suivi du dossier d’enregistrement américain pour Sibnayal, son produit phare, qui "ont sensiblement accru la consommation de trésorerie" et réduit [son]horizon de trésorerie".
La société disposait d'assez de liquidités pour couvrir ses dépenses jusqu'au milieu du deuxième trimestre 2026. Soit jusqu'à ce mois de mai.
Une structure bilancielle "trop contrainte"
À coté, l'entreprise croule sous un important endettement. À ce jour, il s’élève à 29,2 millions d’euros, dont 16,5 millions d’euros de dettes auprès de la Banque Européenne d’Investissement (BEI), 2,4 millions d’euros de Prêts Garantis par l’Etat (PGE) et 10,3 millions d’euros auprès de l’état français.
Advicenne précise que cette dette auprès de l’État français est liée à la mise en œuvre de la réforme de l’accès précoce aux médicaments innovants en France, en juillet 2021, obligeant la société à devoir reverser jusqu’à 80% de son chiffre d’affaires réalisé en France.
"Ce dernier poste est particulièrement pénalisant", signale Allinvest Securities, qui rappelle que cette dette envers l’État ne devrait pas continuer à augmenter, dans la mesure où le prix est désormais fixé avec le Comité Economique des Produits de Santé (CEPS), impliquant déjà un remboursement partiel de la dette à l’Etat.
La société explique être engagée depuis plusieurs mois dans des négociations amiables avec ses créanciers et assure avoir réalisé "des progrès significatifs dans ses discussions".
Allinvest Securities rappelle que la première phase de négociation avec les créanciers semble avoir avancé de façon satisfaisante avec les banques porteuses des PGE et l’État, mais ajoute que ces tractations se sont révélées plus longues et complexes avec la BEI.
Pour mener ces discussions dans un cadre plus serein, Advicenne s'est résolu à se mettre sous la protection de la justice commerciale. L'entreprise a ainsi sollicité l'ouverture d'une procédure de sauvegarde, acceptée par le Tribunal des activités économiques de Paris
Pour une entreprise en difficulté, la procédure de sauvegarde est en effet susceptible d’accroître ses chances de parvenir à un plan de restructuration de sa dette avec ses créanciers.
La France a mis en place cette procédure en 2006, qui est une alternative au redressement judiciaire. Le principe est (presque) le même puisqu'il s'agit d'éviter la liquidation d'une entreprise présentant des difficultés de paiement.
Dans le cas d'Advicenne, cette procédure lui permettra de finaliser un plan de financement auprès d’actionnaires existants et futurs permettant l’extension de son horizon de trésorerie jusqu’à la fin du premier trimestre 2027.
La société espère donc avoir assez de latitude financière pour finaliser la revue du dossier Sibnayal par la Food and Drug Administration, soit l'autorité de santé aux États-Unis, dans l'optique de créer les conditions favorables à un accord de partenariat structurant.
"À court terme, la lecture est clairement négative, car même si la démarche est présentée comme volontaire et préventive, elle confirme que la dette est devenue difficilement 'gérable' et que la structure bilancielle de la société est désormais trop contrainte pour être traitée dans un cadre purement amiable", remarque Allinvest Securities.
Un produit déjà commercialisé
La société de biotechnologies commercialise déjà Sibnayal en Europe et au Moyen-Orient. La société avait obtenu en mai 2021 l'homologation de son médicament utilisé pour traiter les patients âgés d’au moins un an et atteints d’acidose tubulaire rénale distale (ATRd)
Cette maladie fait que les reins n’éliminent pas suffisamment l’acide par les urines. Il en résulte une accumulation d’acide dans le sang, qui entraîne divers symptômes, notamment des troubles de l’audition et de la croissance, des vomissements, des calculs rénaux et un manque de vigilance. Cette maladie entraîne également une chute des taux de potassium dans le sang, ce qui peut conduire à une faiblesse et une paralysie musculaires.
En 2022, il a obtenu la désignation de médicament orphelin aux États-Unis. , et depuis mai 2025, il est autorisé à la vente et remboursé en Arabie Saoudite. Le Sibnayal d'Advicenne est aussi remboursé par la Sécurité Sociale en France depuis le mois de février 2026.
Advicenne tiendra régulièrement informé le marché de l’évolution de la procédure et, plus généralement, de sa situation financière, selon la formule consacrée. En attendant, ces annonces entraînent de lourds dégagements sur le dossier. À la Bourse de Paris, Advicenne plonge de 27,4% à 0,887 euro, au lendemain de l'annonce de l'ouverture d'une procédure de sauvegarde à son bénéfice.
La société a effacé quasi l'intégralité de sa valeur par rapport à un prix d'introduction fixé à 14,03 euros en décembre 2017.
