Connexion
Mot de passe oublié Pas encore de compte ?

Comment Lyft a doublé Uber à Wall Street après des années de lutte sans merci

samedi 30 mars 2019 à 08h00
Lyft grille la politesse à Uber à Wall Street

(BFM Bourse) - La plateforme de réservation de véhicules avec chauffeur a finalement grillé la politesse à Uber pour s'introduire sur le Nasdaq vendredi avant son principal concurrent. Avec un prix d'introduction à 72 dollars, la "licorne" connue pour son logo rose bonbon est désormais valorisée 24 milliards de dollars. Retour sur ce parcours tortueux, au cours duquel Uber a tout tenté pour lui mettre des bâtons dans les roues.

Nombreux sont ceux à avoir longtemps considéré Lyft comme l’outsider du secteur, voué à disparaître face à la concurrence impitoyable livrée par Uber, dans une industrie -les plateformes de véhicules avec chauffeur- où le leader est susceptible de rafler toute la mise. Sauf que c'est bien Lyft qui a le premier réussi son entrée à Wall Street, avec une valeur estimée à environ 24 milliards de dollars.

Lors de la dernière décennie –au cours de laquelle ces applications de partages de véhicule sont parties de rien pour devenir incontournables- Lyft est resté dans l’ombre d’Uber. L’entreprise de mise en contact d'utilisateurs avec des conducteurs, basée, comme son concurrent, à San Francisco, a dû faire face à des tactiques très agressives de la part d’Uber qui a tenté de monopoliser les marchés de capitaux et de rendre très difficile, pour Lyft, la recherche d'investisseurs pour récupérer les liquidités nécessaires à sa croissance.

Uber : "Nous aurons des concurrents, et nous les tuerons"

Au sein d’Uber, l’ancien directeur général Travis Kalanick et les autres cadres dirigeants dont le directeur commercial Emil Michael, expliquaient alors que leur objectif était de lever "bien plus de capitaux" que leurs concurrents. "Nous allons avoir des concurrents. Et nous allons les tuer" déclarait ainsi le cofondateur d'Uber, Travis Kalanick, dans une interview donnée en 2011.

Mais Lyft n'est pas mort. Au contraire, l'entreprise au logo rose débarque même à Wall Street avant Uber, le groupe ayant annoncé, jeudi soir, avoir fixé son prix à 72 dollars l'action, levant ainsi 2,34 milliards de dollars (pour 32,5 millions d'actions proposées), soit plus que ce qu'elle espérait au départ, ce qui témoigne de l'engouement des investisseurs.

4e plus grosse IPO de l'histoire pour une entreprise tech aux États-Unis

Cette introduction en Bourse a d'ailleurs été largement sursouscrite, incitant Lyft à relever, mercredi, la fourchette de prix indicative de son introduction en Bourse (IPO) à 70-72 dollars l'action, contre une précédente fourchette comprise entre 62 et 68 dollars. À son prix d'introduction de 72 dollars, la "licorne" (surnom donné aux grosses start-up non cotées et valorisées au-delà d'un milliard de dollars) est désormais valorisée 24,4 milliards de dollars, sur une base entièrement diluée.

Cette valorisation fait de Lyft la quatrième plus grosse IPO d'une entreprise tech aux États-Unis, par capitalisation boursière le jour de son introduction en Bourse, derrière Alibaba en 2014 (169 milliards de dollars), Facebook en 2012 (81 milliards) et JD.com en 2014 (26 milliards), mais devant Google (valorisée 23 milliards de dollars le jour de son iPO en 2004).

Au moment où ils se décident à lancer leur IPO, Lyft et Uber ont tous deux levé plus de capital-risque que n'importe quelle autre start-up américaine s'étant ensuite introduit en Bourse, selon des données de DowJones VentureSource. Et alors que, parmi les premiers investisseurs, beaucoup imaginaient que l'un des deux deviendrait l'acteur dominant et serait alors en mesure de dégager des marges, des milliards de dollars ont été engloutis dans la guerre des parts de marché que se livrent Uber et Lyft, engendrant de massives pertes pour les deux licornes...

De fait, Lyft a perdu 911 millions de dollars en 2018, soit plus que n'importe quelle autre start-up dans les douze mois précédents son IPO, un record qui sera bientôt battu par Uber, qui devrait lancer la sienne en avril et dont les pertes atteignent 800 millions de dollars par trimestre). Au terme de son introduction en Bourse, Uber pourrait être valorisé jusqu'à 120 milliards de dollars.

Pour regarder les comptes d'Uber, les investisseurs potentiels devaient renoncer à investir dans Lyft

Le Wall Street Journal est remonté aux origines de la rivalité entre ces deux applications mobiles de mises en contact d'utilisateurs avec des conducteurs. En 2012, Logan Green et John Zimmer (les cofondateurs de Lyft) géraient une application qui mettait en relation des personnes pour effectuer de longs trajets en voiture. Puis, en 2012, ils ont commencé à "matcher" des chauffeurs ordinaires avec des individus cherchant à réaliser des trajets. Les chauffeurs apposaient de gros autocollants rose en forme de moustache (le premier logo de Lyft) sur leur pare-chocs avant et accueillaient leurs passagers avec un "check" du poing, alternative branchée à la poignée de mains traditionnelle. À cette époque, Uber traitait avec des conducteurs professionnels agréés de voitures de luxe et allait, rapidement, lancer sa propre version de mise en relation de clients avec leurs chauffeurs, baptisée UberX.

Puis Uber a accéléré le pas et les cycles de financement se sont enchaînés, à travers le monde, pour permettre au groupe de lever plusieurs milliards de dollars. Simultanément, Travis Kalanick lançait une offensive pour éloigner les capitaux des entreprises concurrentes, notamment Lyft. Ainsi, avant de regarder les comptes d'Uber, les investisseurs potentiels devaient renoncer, par écrit, à investir dans Lyft ou toute autre plateforme de véhicules avec chauffeur au cours de l'année qui suivait. Plusieurs investisseurs ont confié, au Wall Street Journal, qu'ils n'avaient jamais observé de telles pratiques ailleurs.

Quand Lyft a cherché à lever des fonds, en 2014, un modèle a émergé. Les cofondateurs présentaient leur projet à des investisseurs et, dans les heures ou jours qui suivaient, les équipes d'Uber contactaient ces investisseurs pour les inciter à renoncer, ce qui avait conduit les dirigeants de Lyft à suspecter qu'ils étaient suivis. La licorne au logo rose a également rencontré des difficultés à travailler avec les banques d'investissement de Wall Street puisque celles-ci craignaient qu'en aidant Lyft, elles perdraient la possibilité de travailler avec Uber, à l'exception notable de Credit Suisse, qui fait aujourd'hui partie des plus gros souscripteurs à l'IPO de Lyft.

Frustrés, Logan Green et John Zimmer se sont mis en quête de financements alternatifs et ont abandonné la moustache pour redorer leur image. Les deux cofondateurs ont alors rencontré Hiroshi Mikitani, le PDG de la société japonaise de e-commerce Rakuten, qui a vu de la place pour un second acteur sur le marché et décidé de mener une levée de fonds de 680 millions de dollars en mars 2015. Puis, moins d'un an plus tard, alors qu'Uber levait des fonds auprès d'investisseurs de Wall Street comme Tiger Global Management, Lyft allait trouver une autre source cruciale de capital à Detroit, en la personne de General Motors.

Le PDG du constructeur américain, Dan Ammann, cherchait alors, depuis des années, un moyen de montrer à ses actionnaires qu'il avait un plan pour devenir l'un des leaders sur le futur segment de robots-taxis. Donc, lorsqu'il a entendu le discours de John Zimmer lors d'un salon de l'automobile et de la voiture connectée, à Los Angeles, en novembre 2015, il n'a pas hésité longtemps avant de contacter Lyft et leur proposer d'investir 500 millions de dollars, dans le cadre d'un tour de table à 1 milliard de dollars. C'était alors la première fois qu'un grand constructeur s'allier à une plateforme de réservation de véhicules avec chauffeurs.

2017, l'année des scandales pour Uber

En 2017, Lyft a considérablement profité des déboires d'Uber, alors qu'une série de scandales ébranlaient le leader du secteur et conduisaient à la démission de son PDG, Travis Kalanick. L'image d'Uber s'en retrouvait ternie et Lyft en a tiré parti. Depuis lors, Uber a renouvelé une grande partie de son équipe dirigeante, qui s'évertue à redorer l'image de l'entreprise tout en se concentrant sur les préparatifs de l'IPO, plutôt que de continuer à lever des capitaux privés.

Entre-temps, la part de marché de Lyft est passée de 15% à la fin de l'année 2016, à près de 30% actuellement, selon une étude de Second Measure, un organisme qui piste les transactions par cartes de crédit. À ce niveau-là, les deux entreprises proposent désormais des temps d'attente et des prestations similaires, selon les investisseurs, ce qui sécurise la place de Lyft sur ce marché où Uber jouit de près de 70% de parts de marché.

Lyft se retrouve enfin en position de force

Résultat, quand Lyft a obtenu des engagements de la part de ses souscripteurs en vue de son IPO, en fin d'année 2018, la licorne avait le choix entre plusieurs banques pour mener l'opération. Avant de lancer effectivement son introduction en Bourse -attendue comme l'une des plus importantes des dernières années- Lyft s'est finalement retrouvé en position de mener le bal et de prendre des décisions. Et JPMorgan Chase & Co, qui voulait avoir un rôle à jouer dans les IPO de Lyft et de Uber, a finalement été contrait par les dirigeants de Lyft à signer un accord de 18 mois interdisant à JPMorgan de travailler avec Uber au cours de cette période.

Quentin Soubranne - ©2021 BFM Bourse
Votre avis
TradingSat
Portefeuille Trading
+312.70 % vs +37.17 % pour le CAC 40
Performance depuis le 28 mai 2008

Newsletter bfm bourse

Recevez gratuitement chaque matin la valeur du jour sélectionnée par Logo TradingSat