(BFM Bourse) - Cette société spécialisée dans l'informatique quantique a réussi son entrée en Bourse au cours de laquelle elle est parvenue à lever 1,68 milliard de dollars. Ce succès illustre l'engouement des investisseurs pour cette technologie encore naissante.
Si l’introduction en Bourse historique de SpaceX est sur toutes les lèvres, d'autres entreprises se jettent à l'eau.
Parmi les sociétés à se lancer en Bourse, Quantinuum a fait son entrée sur le Nasdaq, jeudi 4 juin. Cette société spécialisée dans l'informatique quantique a réussi son baptême du feu. Elle est parvenue à lever 1,68 milliard de dollars lors de son introduction en Bourse.
Les premiers pas de Quantinuum ont été tonitruants puisque l'action a ouvert à 68 dollars et a même atteint un haut en séance à 71,35 dollars par action. Quantinuum a finalement clôturé au cours auquel il avait fixé son prix d'introduction, soit 60 dollars.
Ce prix avait cependant été fixé bien au-dessus de la fourchette initiale comprise entre 53 et 55 dollars. devant l'appétit des investisseurs pour cette opération. La société a ainsi atteint une valorisation de 15,7 milliards de dollars à l'issue de cette séance inaugurale.
"Rendre l'impossible possible"
Quantinuum se présente comme une entreprise "à la pointe du développement des ordinateurs quantiques les plus puissants et des solutions logicielles quantiques les plus avancées". "Grâce à notre technologie complète et à nos scientifiques de renommée mondiale, nous développons rapidement l'informatique quantique afin de relever les plus grands défis de demain", fait valoir la société.
Cette société a été fondée en 2021 à la suite de la fusion entre la division d'informatique quantique de Honeywell et la société britannique Cambridge Quantum. Les clients de Quantinuum sont la banque Chase dans le secteur des services financiers, Amgen dans le secteur pharmaceutique, Mitsui & Co. dans le domaine de la cybersécurité et Honeywell dans le secteur de la chimie, "chacune de ces entreprises jouant à la fois le rôle de cliente et de partenaire en matière d'innovation", détaille la société dans son prospectus "S-1" à la SEC, le gendarme financier américain.
"Nous avons aujourd’hui des clients qui utilisent notre matériel et nos logiciels disponibles dans le commerce, notre offre complète, pour se lancer dans leur aventure quantique", a déclaré Rajeeb Hazra, directeur général de Quantinuum, lors d’une interview jeudi dans l’émission "Squawk on the Street" de CNBC.
Pour l'heure, le "saut quantique" ne se matérialise pas encore dans les comptes de Quantinuum. Dans son prospectus d'introduction en Bourse, la société a indiqué que son chiffre d'affaires avait reculé de 73%, passant de 19,1 millions de dollars un an plus tôt à 5,24 millions de dollars au premier trimestre. La société a enregistré une perte nette de 136,5 millions de dollars au cours du dernier trimestre, après avoir perdu 30,5 millions de dollars au cours de la même période l'année précédente.
Une technologie encore embryonnaire
Le dirigeant a aussi déclaré à CNBC que l'adoption de l'informatique quantique en était encore à ses débuts, mais que "le besoin de ce type de ressources informatiques est une évidence absolue".
Les ordinateurs quantiques sont en effet appelés à transformer radicalement l'informatique, avec des puissances de calcul gigantesques, sans commune mesure avec les machines classiques. Celui-ci repose sur la capacité pour deux particules, même très éloignées l'une de l'autre, de rester en contact, en se transmettant des informations par "téléportation" quantique.
Les applications potentielles sont immenses dans l'industrie, en intelligence artificielle (amélioration de l'apprentissage automatique), dans la finance, ou encore dans l'optimisation des réseaux d'énergie ou des transports. IBM est l'un des groupes mondiaux les plus avancés dans la course à l'ordinateur quantique.
Le gouvernement américain a bien saisi les enjeux liés à cette nouvelle révolution technologique.
Le département américain du Commerce a annoncé avoir signé des accords préliminaires visant à octroyer un financement de 2 milliards de dollars et à prendre des participations dans neuf entreprises liées à l'écosystème quantique, dont Quantinuum, qui recevra 100 millions de dollars.
Le financement de ces opérations provient de la loi "Chips and Science Act" de 2022, rappelle CNBC.
"C'est une formidable reconnaissance de la technologie quantique, et de Quantinuum, en tant qu'atout stratégique pour l'industrie quantique américaine, et nous sommes très reconnaissants d'avoir désormais la capacité d'assumer cette responsabilité, afin de faire progresser l'informatique à base d'ions piégés, a aussi déclaré Rajeeb Hazra à la chaine américaine.
La France ne compte ne pas se laisser distancer dans la course au quantique, face à l'"accélération" des États-Unis et de la Chine dans cette technologie.
Fin mai, Emmanuel Macron a annoncé une enveloppe supplémentaire d'un milliard d'euros pour le plan quantique du gouvernement, issus du programme d'investissements France 2030.
"On a une accélération mondiale des grands blocs de puissance que sont les États-Unis d'une part, et la Chine d'autre part, et donc l'effort national très conséquent qu'on est en train de faire n'a de sens que dans une stratégie" dont "la magnitude est véritablement celle de l'Europe", a estimé une conseillère présidentielle.
"Il faut être beaucoup plus volontariste au niveau européen" dans le cadre du futur budget de l'Union européenne pour 2028-2034 en cours de négociation, a-t-elle ajouté.
La première licorne française du quantique, Pasqal, a de son côté dévoilé en début d'année, son projet de rejoindre les marchés financiers, en commençant par une introduction en Bourse à New York puis à Paris.
Les fonds levés seront investis dans les infrastructures de Pasqal en France, notamment pour accélérer la recherche et le développement et renforcer les capacités industrielles de l'entreprise, basée à Palaiseau. Elle compte donc rejoindre la société canadienne D-Wave, les groupes américains Rigetti, IonQ, Infleqtion et depuis jeudi, Quantinuum.
