Andréa Brignone Associé Exact
Andréa Brignone, associé Expérience et Action et auteur du Tao de la Bourse et du Trading, est économiste, chargé d’enseignement à Paris II Panthéon Assas. Auteur de l’encyclopédie de l’économie de Larousse, il est également expert auprès de la Commission Européenne. Conférencier …
(BFM Bourse) - Les deux derniers jours de hausse ont rempli le cœur des boursiers d'allégresse. Certes, parmi les analystes, on s'attendait à une sorte d'ultime avalement baissier et une reprise, ne serait-ce que technique. La question est bien là. Est-ce un retournement du marché ou une reprise technique ?
Regardons ce qui vient de se passer : D'abord, un certain nombre de bonnes nouvelles, mêlées à de moins bonnes, mais que le marché a ignorées. La principale bonne nouvelle a été la baisse des cours du future sur le brut à la suite de stocks américains plus importants que les analystes le pensaient. Techniquement après un double top, le brut descendait au niveau de sa moyenne mobile à 40 jours. Qui, notons-le, reste ascendante. D'autres bonnes nouvelles comme la hausse des profits de la Wells Fargo, les parts de marché de Nokia, la hausse des profits d'Intel, etc. ont aidé les marchés à rebondir. Et la conviction que le gouvernement américain (donc le contribuable) ne laissera pas Fanny May et Freddie Mac sombrer. Les mauvaises nouvelles comme la hausse de l'inflation aux Etats-Unis, la baisse de eBay, la baisse des profits de Morgan Stanley sont passées à la trappe. Ceci montre que le marché a des envies de monter. Comme le dit l'adage du Tao de la Bourse et du Trading « Prends garde à un marché qui ne réagit pas aux bonnes nouvelles. C'est qu'il est bien malade ». Alors rassurons-nous de ce coté. Cependant, il y a aussi l'effet mécanique dû au rachat des positions baissières qui a certainement joué.
Quelques données relevant de la finance comportementale donnaient aussi des signaux faibles de reprise. D'abord le fait que les journaux et les télévisions les moins financiers parlaient de la baisse de la bourse. C'est généralement un signe qui ne trompe pas (enfin pas toujours !). Et ensuite le fait que le marché touchait le seuil psychologique de 4000. Ce seuil étant purement psychologique car aucun élément technique n'indiquait que ce serait un support. Il aurait fallu aller chercher celui-ci plutôt au niveau de 3845 (retracement de Fibonnaci entre Mars 2003 et Juillet 2007). Finalement pour le moment il semble que ce soit la moyenne mensuelle à 40 mois (toujours haussière) qui ait joué le rôle de support. Mais le mois n'est pas fini.
Du point de vue strictement technique on peut constater plusieurs choses :
D'abord l'existence d'un double bottom sur les deux derniers jours avec des divergences sur les indicateurs techniques. Ensuite au niveau horaire des croisements de moyennes (entre la moyenne 20 et la moyenne 40) à la hausse. Et un gap de bonne augure à l'ouverture.
Maintenant tout cela est-il suffisant pour créer les conditions d'un retournement plutôt qu'une simple reprise technique ?
D'abord constatons que la plupart des valeurs du CAC 40 et le CAC 40 lui-même se sont arrêtés contre la moyenne descendante à 18 jours. Cela ne veut pas dire qu'elle ne sera pas franchie et qu'elle ne s'inversera pas. (C'est ce qui s'était passé en Mars 2003 lors du retournement du marché. La moyenne à 18 jours s'inversant brutalement et surgissant du fond de l'abîme.) Cependant une certaine prudence s'impose : à l'heure où j'écris cet article (11 heures du soir Jeudi 17), le dérivé du CAC 40 a déjà perdu 50 points après la fermeture de Wall Street. Retrouvant ainsi le niveau de la clôture à 17h30, après s'être envolé de plus de 50 points après cette même clôture. Ce qui ne veut pas dire qu'il n'y aura pas de rebond. Mais la forte volatilité n'est pas généralement de bonne augure.
D'autre part un premier signe de reprise sera donné par la rupture en clôture du seuil de 2254. C'est le seuil qui est donné par une des méthodes d'analyse technique japonaises : la rupture en trois lignes et que j'affectionne particulièrement. Le deuxième signe de reprise sérieux, sera donné par le croisement des moyennes à 18 et 40 jours et par leur retournement. Un troisième signe, moins fort celui-là, serait que les cours retracent environ 50 % de la hausse de ces deux derniers jours et se mettent ensuite à remonter. Mais n'oublions pas qu'à la bourse, il est impossible de faire des prévisions. On peut juste évaluer une situation et prendre des paris. Avec les stops qui vont avec, bien sûr.