Andréa Brignone Associé Exact
Andréa Brignone, associé Expérience et Action et auteur du Tao de la Bourse et du Trading, est économiste, chargé d’enseignement à Paris II Panthéon Assas. Auteur de l’encyclopédie de l’économie de Larousse, il est également expert auprès de la Commission Européenne. Conférencier …
(BFM Bourse) - Tous les grands penseurs du siècle ont eu leur mot à dire sur la crise, le capitalisme, les bonus, la bourse et ainsi de suite. J'avoue que toutes ces paroles dites ou écrites avec un tel aplomb m'ont laissé dans un état proche de la stupeur. En effet, on dit tout et son contraire et rien d'utilisable ne sort de cette logorrhée. Les causes, les responsabilités, les théories économiques, le laissez-faire, l'étatisme, le protectionnisme, le rôle des emprunts, celui des déficits, l'après-crise, l'avant-crise, celle de 29, celle du début du siècle, le rôle de l'Amérique et de la Chine. Dans tous cela très peu de bons sens et très peu de choses utilisables. J'espère que vous n'aurez pas le mauvais goût de poser la question : et alors que doit on faire ? On vous fournira 25 scenarii tous issus de la réflexion dans le vide. Réflexion guidée par des positions dogmatiques. Peu de monde essaye de voir la réalité, car tout un chacun veut défendre des thèses théoriques ou essayer de se faire mousser en émettant des propos et des idées complexes qui susciteront l'admiration des foules et des médias.
L'économie pourtant est une science d'observation et de bon sens. Observer veut dire regarder ce qui se passe.
Que s'est-il passé ? Quelque chose que vous, traders et investisseurs connaissez très bien : un certain nombre de grandeurs économiques ce sont éloignées de leur moyenne. Que ce soit les actifs immobiliers, les actions, le pétrole, la masse monétaire, les stocks étaient très éloignés de leur moyenne annuelle et surtout la croissance des prix s'était éloignée de la moyenne de taux de croissance. Et comme d'habitude, ces prix sont revenus vers la moyenne qui agit comme la laisse d'un chien et ramène le chien à son maître. Cela donne naissance à un cycle. L'homme, dans son arrogance, croît pouvoir dominer les cycles (n'y avait t-il pas de belles déclarations en France, des fameux « keynésiens » disant que les cycles n'existaient plus ?), mais la Nature c'est-à-dire la Complexité est plus forte que toutes ces rodomontades. Bref, une fois l'extremum atteint (souvent dans l'autre sens) on reprend le chemin lent de la croissance qui est une tendance historique avérée sur notre Terre.
La vraie question est à quel rythme, la croissance reprendra t'elle ? Pour essayer de répondre à cette question, il nous faut réfléchir aux éléments d'innovations ou de progrès qui sont présents ou qui sont susceptibles d'apparaître dans les mois qui viennent. Lors d'un précédent article, je vous avais dit que nous arrivions à la conjonction de la fin de plusieurs cycles de durées différentes. On peut estimer que le cycle des stocks s'est retourné. Mais qu'en est il des cycles plus longs et qui sont en quelque sorte les cycles d'innovation ? La grande innovation des cinquante dernières années, a été en l'occurrence les techniques de traitement de l'information. Si l'on ajoute le fait que les innovations en matière de transport (automobile par exemple) et d'énergie (électricité) ont continué à porter leurs fruits, nous avions ici tous les ingrédients (plus la poussée démographique mondiale) pour obtenir une croissance forte. Ces innovations commencent maintenant à atteindre le stade de la maturité et d'autres relais de croissance sont nécessaires. Les innovations liées à la vague verte et aux traitements des déchets, aux nouvelles énergies, de l'espace et aux techniques du génie biologique peuvent peut être de précieux relais. Par contre des activités dispersives comme par exemple la surconsommation en matière de santé, la sur bureaucratie et la sur régulation, conséquence d'une nouvelle morale puritaine hypocrite à l'anglo-saxonne peuvent être des freins considérables à cette même croissance.
La croissance pourra aussi repartir sous l'impulsion des besoins des pays émergents qui ont aussi un très fort potentiel d'innovation. Cette innovation est souvent une innovation à partir de l'innovation plus fondamentale, qui aboutit à fournir à des prix très concurrentiels des produits de haute technologie (comme les lasers et autres ordinateurs par exemple). Mais de ce fait, les investisseurs auront tendance à investir dans ces pays plutôt que dans les pays développés car les coûts bureaucratiques et l'environnement des affaires est beaucoup plus favorable. Les modèles économiques des pays développés favorisant la solidarité plutôt que la croissance font un pari sur la paix sociale plutôt que sur le développement et renvoient les problèmes aux générations futures. Il vaut mieux aider à la création d'affaires susceptibles de créer de l'emploi que de consacrer les mêmes ressources à l'indemnisation étendue du chômage. Ne serait ce que pour cette raison, le Royaume-Uni se relèvera beaucoup plus vite de la récession que la France.
Ces quelques considérations ne font que renforcer mon opinion que j'ai déjà exprimée sur ce site: pas d'investissement dans les valeurs à revenu fixe (sauf si le taux d'intérêt est très élevé et le risque faible) en particulier dans les emprunts d'Etat. Nous sommes trop loin de la moyenne et ceux-ci remonteront. L'immobilier pourrait être attractif, à raison de la faiblesse des taux d'intérêt, mais les prix sont encore trop élevés, compte tenu de la faible rentabilité de ce placement et du fait des très importantes charges d'entretien. A notre avis dans l'ancien, la prise en compte de ces charges mériterait une baisse de 10 à 15 %. Il ne faut acheter que si les prix sont bas.
Rechercher les valeurs qui sont dans les secteurs à innovation indiqués plus haut et consacrez y 30 % de votre portefeuille. La plupart de ces sociétés innovantes ne sont pas de grosses sociétés. Suivez en cette matière les conseils de Tradingsat. Ces sociétés ont souvent été massacrées lors de la baisse de la Bourse. Consacrez 30 autre pour cent à des trackers. Et surtout ayez une attitude active. Préparez vous à des allers et retour. Nous sommes dans une phase de transition qui demande la recherche de signaux faibles et une forte réactivité aux mouvements des marchés. L'intuition peut être utile. A ce propos, je ferai une conférence au Salon du Trading sur le thème « Comment développer sont intuition en matière de Trading ».