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Andréa Brignone : Qui payera pour les etats-unis ?

Andréa BrignoneAndréa Brignone
Andréa Brignone

Associé Exact Andréa Brignone, associé Expérience et Action et auteur du Tao de la Bourse et du Trading, est économiste, chargé d’enseignement à Paris II Panthéon Assas. Auteur de l’encyclopédie de l’économie de Larousse, il est également expert auprès de la Commission Européenne. Conférencier …Lire la suite

(Tradingsat.com) - La dissonance cognitive apparue ces derniers temps entre ce qui se passe aux Etats-Unis et ce qui se passe dans le reste du monde a de quoi étonner. Jusqu'à présent peu de signes de ralentissement de l'activité dans le monde sauf dans certains secteurs particuliers. Cependant il ne se passe pas de jour sans que des médias ou des gourous annoncent le retour de la crise de 1929 en pire. Le spectre de 1929 est très porteur. Et ce d'autant plus qu'il n'y a pas grand monde qui est encore aux affaires et qui l'ait vécue. Par contre l'agitation de ce spectre a plus qu'un intérêt médiatique.

C'est une manipulation intéressante pour faire participer le reste du monde au sauvetage de l'économie américaine et à ses errements. Nous connaissons tous la position en matière de stratégie qui consiste à dire « Allez dans mon sens sinon nous coulerons tous les deux ». En effet, une déconnexion de l'économie US avec le reste du monde devient tous les jours un peu plus réelle, tout simplement parce que une bonne partie des richesses occidentales sont passées dans les pays émergents y compris les pays pétroliers. Mais il ne faut pas que cela se sache ou plutôt que tout le monde en prenne conscience, sinon fini le système impérialiste reposant sur le dollar.

Pour comprendre ce qui s'est passé depuis plusieurs dizaines d'années, il faut regarder en arrière. Les Etats unis ont assuré leur développement à partir des mécanismes suivants : la guerre, la consommation portée par un mercantilisme agressif, la technologie et le dollar. Le dollar a été la clé de voûte du dispositif. La guerre (2ème guerre mondiale, Corée, VietNam, Irak I et Irak II, Afghanistan, sans compter des opérations ponctuelles comme les Contra, grenade, Somalie etc..) a entraîné des dépenses gigantesques qui ont favorisé le business de l'armement et des industries connexes. Cette expansion a été relayée par un développement de la consommation toujours poussé à l'extrême qui a lui-même favorisé l'industrie automobile et pétrolière, jusqu'au moment où le relais a été trouvé par l'industrie de l'information.

Cependant cela a impliqué à la fois des dépenses importantes pour le budget et des déficits commerciaux tout aussi importants. Pour pouvoir assurer cela, il faut de l'argent. L'argent repose sur la confiance. Si vous avez confiance dans un moyen de paiement vous l'accepterez. Les Etats-Unis ont tout basé sur le fait que le reste du monde acceptait le dollar. D'où une solution simple : quand il y avait besoin de payer, il suffisait d'émettre des dollars.

Les Etats-Unis ont considéré le monde comme une zone dollar. Dans la mesure où tout le monde acceptait le dollar, on allait gérer le monde comme on gère le marché monétaire intérieur. On ferait fluctuer la devise selon les besoins des américains. D'où la mise en place d'une politique d'open market : les Etats-Unis fournirait des dollars au reste du monde quand la liquidité s'asséchera et les retirera quand il y en aura trop. Par le déficit de la balance commerciale, par les guerres, et par des actions humanitaires, et de prêts aux nations endettées, on fournit des dollars. Par l'émission d'obligations de l'Etat américain on retire des dollars mais en les réinjectant aux Etats-Unis.

Tout cela fonctionne comme une horloge, toujours dans la mesure où le monde continue à accepter les dollars. Seulement depuis quelques années, la machine s'est plus ou moins détraquée. En effet, une fois que la bulle technologique, qui avait fait affluer les capitaux vers les Etats-Unis, dégonflée, il a été nécessaire de relancer la machine. Celle-ci a été relancée par la création monétaire (Merci Ô Grand Greenspan !) qui a aboutit à une inflation des actifs à travers le monde. En effet les détenteurs de monnaie américaine n'avaient de cesse que de s'en débarrasser.

Le résultat en a été une baisse du dollar dont l'offre était supérieure à la demande. Parallèlement la politique d'open market enregistrait des ratés. Dans la mesure où l'on relançait la création monétaire et les baisses des taux d'intérêt, la baisse du dollar s'accentuait. Cette création monétaire ne semble pas prête de s'arrêter, compte tenu des menaces de récession de l'économie américaine.

D'où la mise en place d'un scénario catastrophe afin de pousser les autres pays à soutenir le dollar ; c'est-à-dire obliger les autres pays à faire le travail d'open market des américains. Mais cela ne peut aboutir à terme qu'à favoriser la création monétaire d'autres monnaies (par exemple l'euro) pour acheter des dollars et donc à communiquer l'inflation à d'autres pays. Et l'on sera reparti dans un nouveau cycle de prospérité pour les américains et de tensions dans le reste du monde. Les interventions politiques sur les marchés sont souvent néfastes et aboutissent à des distorsions.

La seule politique à mener serait une politique de rigueur aux Etats-Unis, politique qui naturellement ne sera pas d'actualité compte tenu de la proximité des élections américaines. La seule chose que l'on puisse espérer est que la BCE tienne bon dans sa politique qu'elle a menée depuis quelques années.

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