Andréa Brignone Associé Exact
Andréa Brignone, associé Expérience et Action et auteur du Tao de la Bourse et du Trading, est économiste, chargé d’enseignement à Paris II Panthéon Assas. Auteur de l’encyclopédie de l’économie de Larousse, il est également expert auprès de la Commission Européenne. Conférencier …
(BFM Bourse) - Le récent problème de la Société Générale a mis en exergue la gestion de risque bancaire. Je reçois de nombreuses questions sur ce sujet. Je vais essayer en quelques lignes d'en donner un bref aperçu.
Beaucoup de monde a entendu parlé du fameux Ratio Cooke. Ce ratio (Rapport entre les fonds propres réglementaires d'une banque et les risques cumulés de crédit, de marché et risques opérationnels qui ne devait pas être inférieur à 8%). Faute de quoi la banque devait se recapitaliser sinon une dégradation de sa notation s'ensuivrait avec différentes conséquences.
C'est ce qui avait expliqué en particulier le fait que le Crédit Lyonnais à l'époque cache sa situation avec la suite que l'on sait.
Cette normalisation est le fait des banques elle-même dans le cadre de la Banque des Règlements internationaux dont le siège est à Bâle. C'est pour cela que l'on parle des accords de Bâle ou simplement de Bâle1 dans le cas du ratio Cooke.
Pourquoi les banques en sont t-elles arrivées à se réglementer elles-mêmes ?
Parce que le métier de banquier est un métier basé sur la confiance et il est nécessaire de savoir exactement qui on a en face de soi dans la mesure où les sommes en jeu sont souvent importantes et que les banquiers passent leur vie à se prêter de l'argent et à avoir des créances les uns sur les autres.
Seulement on s'est aperçu que, dans un monde de plus en plus accéléré et volatil, les simples accords de Bâle1 n'étaient plus suffisants. Sous l'égide de la BRI la communauté bancaire a donc mis au point un nouvel accord, Bâle2.
Avant d'aller plus loin précisons quelques définitions :
Le risque de marché est le risque de perte ou de dévaluation sur les positions prises suite à des variations des prix sur le marché. Ce risque s'applique aux instruments suivants : produits de taux (obligations, dérivés de taux), actions, change, matières premières.
Le risque opérationnel est le risque lié aux défaillances de l'ensemble des processus de la banque (logiciels, système informatique, personnel etc.).
Le risque de crédit est le risque qu'un débiteur fasse défaut. Il est évalué en fonction du débiteur et de sa probabilité de défaillance.Pour évaluer ces risques il existe deux approches l'approche dite standard (utilisation des notes-ce que l'on appelle le rating- du débiteur données par les agences de rating) et l'approche interne qui utilise différentes méthodes et qui doivent être approuvées par les organismes régulateurs. L'accord dit Bâle 2 va au-delà de cette approche purement comptable et repose dur ce que l'on appelle les trois piliers : L'exigence en fonds propres Ce pilier définit les exigences de fonds propres et indique les méthodes d'évaluation de risques. Ce que nous venons de voir Les processus de surveillance qualitative prudentielle comprend : –Une allocation interne de capital de la part des banques –Un dispositif de contrôle interne –Une possibilité pour les régulateurs nationaux, si besoin, d'imposer aux banques des fonds propres supérieurs au minimum réglementaire du pilier 1 La discipline de marché : Elle consiste à renforcer la communication financière et comprend deux volets : –Un volet qualitatif : description de la stratégie, processus mis en place par les banques,… –Et un volet quantitatif qui est composé de données chiffrées
La communication sur les risques doit être détaillée : –Risque de crédit : ventilation détaillée des expositions de crédit par secteur d'activité, par zone géographique, par type de contrepartie, par notation –Structure et montant des fonds propres –Procédures d'évaluation et processus de gestion des risques.
Les banques françaises sont normalement complètement opérationnelles pour appliquer les directives de Bâle 2 depuis le 1er Janvier 2008.
Ainsi la directive Bâle 2 implique que les banques mettent en place un dispositif de surveillance des risques tant internes qu'externes et soient en mesure d'auditer leur système de gestion de risques. Cela s'est traduit en France par des efforts considérables sous l'égide de la Commission Bancaire pilotée par la Banque de France.
Ceci explique aussi l'incompréhension de la communauté financière sur ce qui a pu arriver à la Société Générale et le scepticisme de cette même communauté en ce qui concerne le fait que le trader de cette banque ait pu agir tout seul. Les enquêtes sont en cours et nous révélerons peut être ce qui a pu réellement se passer. La communauté bancaire internationale est naturellement la première concernée car il y va de sa fiabilité et de son image de marque.