Andréa Brignone Associé Exact
Andréa Brignone, associé Expérience et Action et auteur du Tao de la Bourse et du Trading, est économiste, chargé d’enseignement à Paris II Panthéon Assas. Auteur de l’encyclopédie de l’économie de Larousse, il est également expert auprès de la Commission Européenne. Conférencier …
(BFM Bourse) - Incorrigible optimiste, les sirènes qui se complaisent dans la crise me fatiguent. Elles flattent la propension de l'être humain à ne rien faire et à laisser les choses aller jusqu'au moment où elle se retourneront d'elles mêmes. Comme je l'ai déjà dit précédemment, cette crise arrange beaucoup de gens.
Les hommes politiques d'abord, qui peuvent faire montre d'activisme et redorer un blason bien trop terni. Cela leur permet d'autre part de se débarrasser tout au moins momentanément des contraintes qui les gênaient aux entournures comme les règles de Maastricht par exemple. Cela permettra par la suite de justifier des augmentations d'impôts sous le prétexte que l'on ne pouvait pas laisser les choses en l'Etat. Tous les économistes sérieux savent bien que la politique économique ne sert à rien sauf à mettre les bâtons dans les roues des acteurs économiques et éventuellement envoyer des signaux. Les mesures économiques ne peuvent être qu'à très court terme, et en général on les paye cher à moyen et long terme. Mais l'horizon des politiques est toujours à court terme dans la mesure où il y a des élections.
Cette crise arrange aussi les tenants du rôle de l'Etat dans l'économie car cela permet de prendre en mains les acteurs et les actifs économiques et de répandre la manne là où elle doit aller selon eux, c'est-à-dire chez les copains qui seront reconnaissants d'une façon ou d'une autre. Il y a parmi ceux-ci des politiques de tous les bords bien sûr mais aussi les hommes d'affaires qui ont l'habitude de travailler avec l'Etat et toutes les structures corporatistes, chantre du service public. C'est-à-dire de l'argent contrôlé par une minorité qui feront payer au reste de la population, leur enrichissement ou leur promotion ou simplement leur maintient à des postes, qui auraient du disparaître dans une vraie économie de marché.
Cela arrange aussi un certains nombres de chefs d'entreprises encensés par les medias et qui n'ont de chefs d'entreprise que le nom, car ils ont été incapables de maintenir leurs entreprises dans les normes de compétitivité et d'y faire les transformations nécessaires. La crise leur permet de pleurer pour avoir des subsides publics, de ruiner leurs actionnaires, de licencier leurs salariés et d'être maintenus à leur poste moyennant quelques petits abandons de parachutes dorés.
Cependant tout ceci n'est que momentané, car le marché est le maître de l'économie et que de reculer, c'est pour mieux sauter. La vraie solution consisterait à privatiser une grande partie des fonctions de l'Etat. Ce qui permettrait de renforcer les sociétés privées qui seules sont créatrices d'emplois créant de la richesse, et donc du pouvoir d'achat. Il est à parier que ces sociétés qui deviendraient ainsi fournisseurs de l'Etat, n'auraient pas de grand mal à trouver des financements auprès des banques. Cela donnerait aussi à ces sociétés une dimension qui leur permettrait de trouver plus de clients à l'export.
Ceci pour les gens qui profitent momentanément de la crise. Maintenant examinons ceux qui peuvent profiter de la crise pour prendre un nouvel essor.
La crise permettra de faire passer de façon plus rapide, moins coûteuse et avec moins de problèmes juridiques et d'image les réorganisations nécessaires. D'autre part, les changements dans la structure de la demande des pays dits développés favoriseront certaines activités au détriment d'autres. Ainsi il est probable que l'industrie automobile mettra un certain temps à se remettre du fait qu'il semble que la voiture soit devenu un bien moins désiré. Je précise bien la voiture et non le besoin de transport. Mais le prestige, réel ou supposé, lié à la détention d'un véhicule semble moins exciter les consommateurs. Par contre, il n'est pas exclu que la location de voitures soit à la veille d'un nouveau départ.
Les activités qui dépendront fortement de l'Etat pourront être dans une passe difficile à moyen terme dans la mesure où ce client risque de se trouver surendetté pour longtemps.
Finalement on peut réfléchir à partir des éléments suivants :
Choisir des sociétés qui restent leader dans le domaine industriel comme par exemple l'Air Liquide, Dassault Système etc.
Choisir des sociétés dont les directions sont composées de professionnels connaissant l'entreprise et le secteur, plutôt que de papillons volants plus préoccupés de leur image de marque personnelle que de leur entreprise.
Intéressez vous aux sociétés financières quand celles-ci commenceront à avoir une stratégie claire et auront réglé leurs problèmes de bilans. N'oubliez pas que dans une reprise ce sont les sociétés financières qui démarrent en premier.
Considérez les sociétés moyennes qui ont des potentiels technologiques avérés. Cela demande du travail. Mais cela en vaut la peine dans la mesure où ces sociétés moyennes peuvent être les grandes sociétés de demain ou être rachetées par des grandes sociétés en mal de développement.