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Andréa Brignone : Prévisions, prédictions et autres conjectures...

vendredi 30 mai 2008 à 09h25
Andréa Brignone

Andréa Brignone Associé Exact

Andréa Brignone, associé Expérience et Action et auteur du Tao de la Bourse et du Trading, est économiste, chargé d’enseignement à Paris II Panthéon Assas. Auteur de l’encyclopédie de l’économie de Larousse, il est également expert auprès de la Commission Européenne. Conférencier …

(BFM Bourse) - Je suis sidéré par l'autorité des gens qui font des prévisions en matière économique et encore plus par ceux qui font des prévisions en matière boursière. J'ai d'ailleurs constaté que la plupart du temps une prévision, surtout quand elle concerne la croissance, est plus une incantation qu'une prévision.

En effet, qu'est-ce qu'une prévision économique ? Pour pouvoir avancer, il est nécessaire de se poser la question de savoir ce qu'est la science économique. Comme la science physique la science économique repose essentiellement sur des théories. Les théories permettent de créer un modèle. Ce modèle est essentiellement composé de relations et de corrélations qui par définition même, sont probabilistes. Pourquoi ? Quand on analyse l'évolution de deux données économiques, on est obligé de simplifier. C'est-à-dire que l'on néglige d'autres facteurs dont la pertinence dans l'explication n'est pas suffisante. Par exemple, si nous essayons de comparer l'évolution du prix du pétrole et du cours du Dollar par rapport à l'Euro, nous trouverons une relation causale de l'un par rapport à l'autre. Mais ce faisant, nous allons négliger une série d'autres données, comme par exemple les taux d'intérêt ou l'influence des stocks existants. À partir de ce moment-là, nous disposerons d'une corrélation entre ces deux grandeurs permettant de dire que si l'une varie dans un sens l'autre variera dans l'autre (ou ensemble). Ceci ne nous permet pas de faire des prévisions. On ne peut qu'à partir d'une situation donnée, dire ce qu'il se passera, probablement, si la donnée « explicative » varie dans un sens ou dans l'autre. Le « modèle » permet ainsi d'établir des scénarii probables d'évolution d'une grandeur par rapport à une autre. Ou encore si le modèle est plus complexe, d'une grandeur en fonction de plusieurs autres, mais en aucune manière de faire des prévisions. En effet faire des prévisions relève d'un acte volontariste qui n'a rien à voir avec la science économique. Cet acte volontariste relève de l'homme. C'est-à-dire du joueur. Quand à partir de l'analyse financière ou de l'analyse technique, nous estimons que nous devons prendre position dans tel ou tel sens sur un actif donné, nous faisons un acte de foi dans notre capacité à évaluer les événements.

Malheureusement, le système médiatique, la paresse intellectuelle et les schémas préétablis font que l'on considérera de plus en plus des conjectures (la seule chose que puisse faire un économiste sérieux en disant par exemple que la probabilité que la croissance soit de tel ou tel ordre), comme des vérités d'Évangile. En effet, toute statistique rapportée par les journaux est présentée en dehors de ses hypothèses et de son contexte d'étude. Ceci d'ailleurs souvent dans des intentions orientées et manipulatrices (Voir les conclusions du soi-disant rapport sur le tabagisme passif, à l'origine du décret anti-tabac et qui arrangeait bien les laboratoires vendeurs de patches, ou encore les conclusions sur la non-toxicité des retombées de Tchernobyl en France). Les sondages d'opinion sont du même tonneau.

Un autre élément qui contribue à la diffusion des prévisions est la réalisation de ce qui était une hypothèse. Par exemple, la prévision qui avait été faite l'année dernière sur le cours du baril à 100 $, par un analyste de Goldman Sachs, valide de facto la nouvelle hypothèse à 200 $. En réalité, cela ne relève pas des techniques de prévision, mais de la connaissance de la psychologie des foules. En effet, si vous avez un minimum de crédibilité, et que vous annonciez que le baril atteindra 100 $, si celui-ci l'atteint, on se souviendra de vous. Et, si celui-ci ne l'atteint pas, on aura de toute façon oublié. Ainsi, on peut se bâtir une réputation à bon compte en faisant des prévisions qui choquent sur le moment et qui par hasard se réalisent. On peut dire que c'est d'une opération à fort effet de levier.

Faut-il alors rejeter tout conseil et toute conjecture ? Evidemment non, à condition de pouvoir en évaluer les prémices et la méthode utilisée. De même, lorsque votre journal favori donne des objectifs du cours sur un actif, il faut considérer celui-ci, et l'analyser par soi-même pour accepter ou rejeter cette conjecture. Cependant, si vous retenez cette conjecture comme la plus probable, il faut garder en tête le fait qu'il s'agit d'une probabilité. C'est-à-dire qu'il s'agit d'un scénario et qu'il existe cependant plusieurs scénarii alternatifs. En particulier celui que le cours du titre aille en sens inverse. En conclusion, ne transformez par les conjectures en prévisions. Prenez conscience de leur caractère probable. Prenez aussi conscience du fait que si vous suivez une conjecture, même après l'avoir analysée, vous en faite un engagement personnel. Mais que le fait d'en avoir fait un engagement personnel ne vous oblige pas à continuer dans l'erreur si la réalité est adverse. La théorie psychologique de l'engagement et de l'adhérence nous rappelle que, malheureusement une fois la décision prise, nous continuons dans la même voie. Les grosses pertes à la bourse ne s'expliquent pas autrement. Errare humanum est, persevare diabolicum…

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