Andréa Brignone Associé Exact
Andréa Brignone, associé Expérience et Action et auteur du Tao de la Bourse et du Trading, est économiste, chargé d’enseignement à Paris II Panthéon Assas. Auteur de l’encyclopédie de l’économie de Larousse, il est également expert auprès de la Commission Européenne. Conférencier …
(BFM Bourse) - Les soubresauts névrotiques du marché mettent malgré eux les investisseurs normaux dans des états de transe qui sont préjudiciables à la bonne gestion d'un portefeuille. Bien sûr il y a l'attitude décontractée de celui qui se dit que, de toute façon le CAC 40 est passé de 1000 en 1989 à 5800 après une pointe en 2000 à 6944. Malgré les soubresauts, cet investisseur a multiplié par 6 son capital. Mais attention l'arbre cache la forêt. Pour atteindre cette performance en toute tranquillité il fallait avoir parié sur l'indice et non sur les actions. En effet, d'abord la composition du CAC 40 a changé et d'autre part le parcours des valeurs n'a pas été le même pour toutes. Prenons quelques exemples : Alcatel est passé d'environ 11 € à 3,88€ après un pic à 97, 50€ en 2000. Pendant le même temps, Air liquide passait d'environ 30€ à 90 €. Alsthom de 800 € à 137€ pendant qu'Axa passait d'environ 10€ à 22€, après être revenue à 10 en 2003 et atteint environ 43 en 2000. Inutile de continuer avec les exemples. Le propos est clair : le comportement des actions à l'intérieur du CAC40 est très différend.
Il n'est donc pas possible pour le détenteur d'actions de dormir sur ses deux oreilles. Il ne peut le faire que s' il ne détient que des instruments qui répliquent l'indice ou un portefeuille qui réplique l'indice. L'investisseur courant qui ne détient qu'une partie des actions composant le CAC40, peut avoir du souci à se faire ou à tout le moins accepter le fait de ne pas gérer son portefeuille de façon optimale. Il doit donc régulièrement (au moins une fois par mois) regarder ce que devient celui-ci. Cet investisseur de long terme a donc intérêt à bien définir son temps opérationnel. Pourquoi ? Pour deux raisons : la première est qu'il évitera de rester investi dans des valeurs qui pour une raison ou une autre ont pris le chemin du déclin et la deuxième est que même en restant investi sur les mêmes valeurs, il peut améliorer la rentabilité de son portefeuille.
Prenons un exemple : l'investisseur qui a décidé de mettre en portefeuille de l'Air liquide (je ne l'en blâmerais pas, c'est une valeur que je recommande depuis longtemps) par exemple en 1992, disons au cours de 25€. Il peut bien sûr depuis cette date dormir dessus. Il aura multiplié sa mise par 3,5, ce qui n'est pas si mal. Il pourrait faire plus si il suivait le mouvement du marché. Par exemple la revendre à 55 ou 58 en mai1998 pour la reprendre à 44 en Septembre de la même année, puis la revendre autour de 70 en 2002 pour la reprendre à 52 en Mars 2003. Cela demande bien sûr une bonne surveillance et un sens du marché et surtout d'avoir le courage de prendre au moment où le marché baisse à court terme.
Et c'est ici que je veux en venir : l'investisseur de long terme (disons au moins 5 ans) doit travailler avec une période opérationnelle de un an et une période d'intervention du trimestre). Pour ceux qui sont familier de l'utilisation du triptyque dont j'ai déjà parlé dans cette rubrique et souvent sur mon blog (http://taodutrading.canalblog.com), cela va de soi. Pour les autres, dites vous que votre temps psychologique doit s'adapter à votre temps d'investissement. Je m'explique. Au lieu d'avoir les yeux braqués sur les graphiques journaliers ou même hebdomadaire, regardez l'évolution de votre action sur le long terme (5 ans) à partir des graphiques annuels. Sur ces graphiques regardez l'évolution des moyennes (généralement vous ne pourrez pas calculer une moyenne supérieure à 13), passez ensuite au trimestre. Regardez si les moyennes sont toujours ascendantes (sur ces graphiques vous pourrez déjà disposer de moyennes de 40 périodes). Examinez la tendance des moyennes (40 et 13). Regardez le comportement du titre par rapport à ses moyennes. En est- il éloigné ? Dans ce cas il vaut mieux plutôt vendre. En est-il proche ? Dans ce cas il vaut mieux plutôt acheter. (Toujours si les moyennes sont en hausse).
Finalement, pour décider du moment d'acheter ou de vendre c'est-à-dire du timing en bon français, regardez le graphique mensuel ou à la limite hebdomadaire. Regardez toujours le sens des moyennes. Si les moyennes de 40 sont en hausse et que le cours touche ou est proche de ses moyennes, vous pouvez prendre le risque d'acheter. N'oubliez pas cependant que nous sommes dans le monde de l'aléa et que il vaut mieux mettre ses stops.
En bref pour prendre des décisions raisonnées et qui vous donnent une certaine tranquillité, prenez du champ et ne vous précipitez pas sur une action parce qu'elle vous paraît bon marché après avoir atteint des sommets. Votre analyse doit être sereine si vous vous voulez rester maître de ce que vous faite.
Si vous voulez en savoir plus, rendez vous au Salon de l'analyse technique fin mars (pour voir le programme http://salonat.com ) pendant lequel je ferai une conférence sur la sérénité en matière d'analyse, en utilisant des méthodes bien connues en Extrême orient mais encore peu utilisées dans le monde occidental. Et ceux qui les utilisent en sont généralement plutôt satisfaits.