Andréa Brignone Associé Exact
Andréa Brignone, associé Expérience et Action et auteur du Tao de la Bourse et du Trading, est économiste, chargé d’enseignement à Paris II Panthéon Assas. Auteur de l’encyclopédie de l’économie de Larousse, il est également expert auprès de la Commission Européenne. Conférencier …
(BFM Bourse) - Ainsi que d'habitude, d'un bout à l'autre de la planète les cortèges d'hommes politiques, des banquiers en déshérence, des « j'aboie avec les loups » et d'incapables divers, crient haro sur les spéculateurs. Ces horribles vilains petits canards qui constatant des comportements et des situations aberrantes se disent « cela ne durera pas et je parie que cela ne durera pas ». Ces canards sont les seuls à garder la tête froide, ou à être suffisamment honnêtes pour constater qu'une situation ne doit pas continuer comme cela.
Les gouvernements ont été bien heureux de trouver des spéculateurs pour jouer le pétrole à la baisse quand il a atteint 150 dollars le baril. (C'est vrai que c'était eux qu'ils l'avaient fait monter, mais toujours en constatant qu'il était trop bon marché). Ils étaient aussi heureux de trouver toujours des spéculateurs à la baisse sur l'Euro. Mais de cela je suis moins sûr ! C'était tellement commode d'accuser la hausse de l'Euro pour expliquer les mauvaises performances de l'économie en zone Euro. Maintenant il va falloir se coltiner avec les réalités. C'est vrai aussi que le jour où on aura compris que les gouvernements n'ont aucune prise sur les réalités économiques, sauf à jouer les trublions et taxer.
Toujours taxer ! Jusqu'à mettre à plat toute velléité de reprise. Ou encore, sortir des règlements et lois qui colmatent un trou et en ouvrent de bien plus grands. Mais pour cela il faudrait moins d'ambition politique, plus de vision et plus de sens de service de l'Etat. Et aussi que les journalistes reviennent au journalisme d'investigation et à l'analyse, au lieu d'avoir les yeux pleins d'étoiles pour les agitations de n'importe quel sous-secrétaire d'Etat, qui a une mini bribe de pouvoir. Mais, comme disait Horace : Servum pecus… troupeau servile. Mais revenons à la spéculation.
C'est elle qui a permis de prendre réellement la mesure du délire financier qui s'était emparé des banques américaines, et de quelques autres aussi ! Avant juillet 2007, cela faisait plus de six mois que certains analystes et des journalistes sérieux qui faisaient des analyses au lieu de courir les petits fours avaient soulevé le lièvre. C'est aussi la spéculation, qui faisant baisser le dollar a commencé à désamorcer une bombe qui permet au Gouvernement américain de faire n'importe quoi ; étant donné qu'il y a suffisamment de gens stupides au monde pour accepter une monnaie de singe et des emprunts en monnaie de singe. Remarquez, il faut dire qu'une fois qu'ils ont accepté cette monnaie, il faut bien qu'ils en fassent quelque chose. Les plus malins la convertissent. Mais l'Europe ne peut pas fournir suffisamment de placements à cette marée de dollars qui s'abat sur le monde. Des fatalistes préfèrent acheter de l'or qui ne rapporte rien, mais qui peut monter. En effet, les américains ont de beaux stocks d'or et il restera au moins cela à réévaluer, quand l'immobilier, les banques et les entreprises ne vaudront plus rien. Un simple ukase peut le faire. Il y a quand même quelque chose d'étonnant. Alors que le fameux plan était annoncé et que les bourses s'envolaient, il en était de même pour l'or et l'Euro. Y aurait-il des gens pour ne pas avoir confiance dans le Dollar qui va être généreusement imprimé ?
Bref, les spéculateurs sont les vrais chiens de garde du marché et aucune loi ne pourra les remplacer. Car toute loi en la matière n'est faite que pour faire tourner les cellules grises des ingénieurs financiers, qui inventeront des produits encore plus incompréhensibles et plus fous à gérer que ceux que nous connaissons aujourd'hui. Comme disait l'un de mes anciens professeurs de droit : « Je suis là pour vous apprendre à tourner légalement la loi ». Et d'ailleurs qui sauvera le monde financier du gouffre dans lequel il est tombé ? Une fois de plus ce seront les spéculateurs qui parieront sur une reprise des affaires, bien avant les investisseurs, et qui seront prêt à prendre des risques, alors que tout le monde ne pensera qu'à se protéger. Qui prendra des créances en dollars, en spéculant sur une reprise aux Etats-Unis ? Sans spéculateurs pas d'économie, pas de finance, pas de croissance… Sans spéculateurs pas de garde-fou pour les fabricants de produits « toxiques », comme on les nomme aujourd'hui.
Les spéculateurs sont l'espoir de la reprise et peuvent inverser rapidement le cours des chose : il suffit qu'ils prennent conscience que les prix sont allés trop loin à la baisse pour se porter acheteurs. Qui, croyez vous, a été le moteur de la reprise brutale des marchés après l'annonce du plan Paulson ? Les spéculateurs à la baisse qui se sont rachetés, parbleu ! Et une fois les achats effectués, le marché a rebaissé. Mais il remontera un jour ou l'autre. Grâce aux spéculateurs !
C'est simple ! Quand vous verrez les valeurs financières remonter fortement, vous pourrez penser que l'on n'est pas loin de la reprise des bourses. Et par la suite de l'économie. Ce n'est pas un constat récent ! Cela s'est toujours passé comme cela !