Andréa Brignone Associé Exact
Andréa Brignone, associé Expérience et Action et auteur du Tao de la Bourse et du Trading, est économiste, chargé d’enseignement à Paris II Panthéon Assas. Auteur de l’encyclopédie de l’économie de Larousse, il est également expert auprès de la Commission Européenne. Conférencier …
(BFM Bourse) - Depuis la mi-septembre le marché latéralise (le mot n'existe pas, mais laissez-moi le plaisir du néologisme). Les gérants de portefeuille continuent à montrer un optimisme sans bornes disant que le marché « veut monter ». Ils donnent comme arguments que la masse de liquidités en circulation est extrêmement importante. En cela, ils n'ont pas tort car les plans de relance ont injecté ou injecteront des quantités considérables de monnaie. C'est d'ailleurs la première fois et personne ne semble ne l'avoir noté qu'une crise arrive concomitamment à une expansion de la masse monétaire. Le contraire s'est toujours vérifié. La crise a-t-elle été réelle ou est –elle simplement un mouvement d'ajustement, un peu violent certes, mais qu'un mouvement d'ajustement. Certains pourraient le penser.
Bref, les liquidités sont une explication à la hausse depuis le début de l'année, mais il y a aussi le fait que les taux d'intérêt étant voisins de zéro, il faut bien trouver des activités rentables. Ne vous étonnez donc pas, comme on le fait très hypocritement, que les banques au lieu de faire des crédits aux entreprises, préfèrent faire des opérations de trading.
Cependant un observateur impartial ne peut pas ne pas constater un certain nombre de faits troublants : le marché de l'or, marché de la peur, est au plus haut. Le dollar au plus bas. Le «price-earning» ratio des entreprises a fortement monté alors que d'après les premiers résultats l'horizon ne semble pas encore s'éclaircir. D'où la prudence de certains gestionnaires qui se demandent s'ils ne vont pas attendre encore un peu pour faire leurs emplettes. Par exemple, que le marché baisse un peu.
Ceci étant, l'ensemble des acteurs des marchés attend que quelques belles et bonnes nouvelles viennent les conforter dans leur expectative de la hausse. En effet, les nouvelles économiques annoncées, en particulier les chiffres du chômage, masquent un peu la réalité. Les grandes entreprises ne souffrent pas trop car elles ont profité de la crise pour réorganiser leur production, en particulier en délocalisant. D'où les tentatives des gouvernements et en particulier du notre d'essayer de relancer des activités qui ne sont pas dé-localisables comme par exemple la construction et les infrastructures (cf. le projet du Grand Paris).
Le marché de Paris ne faisant que suivre les marchés américains, on peut essayer techniquement de voir ce qu'il s'y passe. Prenons un peu de hauteur et regardons les graphiques hebdomadaires ; Le Standard and Poor (voir graphique) semble bon an mal an continuer une tendance haussière, visible à partir des moyennes (en particulier de la moyenne à 13 semaines) et de la fourchette d'Andrews (même s'il s'en est un peu écarté). Si nous regardons le graphique hebdomadaire du CAC 40 nous faisons la même constatation.
Conclusion pour le moment, la tendance haussière est encore active. Est-ce que cela veut dire qu'il faut se précipiter pour acheter ? Pas forcement, car un retour du Cac 40 alentour de 3700 n'a rien d'impossible. Quitter ses positions ? Pas encore, alors que la tendance est encore positive. Bien entendu je ne parle pas ici de trading intra-day, mais de positions pour les investisseurs moyen terme (quelques semaines à quelques mois). Nous devons cependant constater que la résistance autour de 3850 de ces derniers jours, semble jouer son rôle et que l'on ne pourra atteindre les 4000 souhaités par bien des gens, que si cette résistance est enfoncée. Les quatre mille devenant ensuite résistance. Non pas simplement par la magie des mots, mais parce que la moyenne trimestrielle de 13 trimestres est toujours en baisse et passe à peu prés vers les 4000.
A partir de quel moment on pourra considérer que la tendance serait réellement en danger ?
Pour cela effectuons un retracement de Fibonacci entre le plus bas ( 9 mars, 2465) et le plus haut de cette année (12 octobre,3859). Un retracement de 23,60 % nous amènerait autour de 3520. Nous casserions alors la moyenne de 50 jours et sortirions de la fourchette d'Andrew. On pourra sérieusement s'inquiéter à ce moment-là.
Un élément important à considérer est l'évolution des marchés des changes et en particulier du dollar. Plus le dollar baissera, plus on assistera à une fuite devant ce même dollar qui se traduira par des achats d'actifs. La hausse de l'or est un exemple de cette fuite.
N'oubliez pas cependant qu'une analyse n'est qu'une analyse. C'est-à-dire qu'elle reflète ce que l'analyste voit et si cela se trouve l'analyste a pu rater quelque chose. Ce qui est dit dans cet article est une opinion. Faites les vérifications par vous-même et complétez les par les éléments qui vous sont propres.
N'oubliez pas que l'on ne peut pas faire de prévisions à la bourse mais seulement évaluer une situation et estimer des scenarii. D'autre part une étude d'indice ne reflète que l'indice et non le comportement des valeurs qui le compose. Cependant quand la tendance devient trop lourde, même les bonnes valeurs ont tendance à suivre la tendance.