Andréa Brignone Associé Exact
Andréa Brignone, associé Expérience et Action et auteur du Tao de la Bourse et du Trading, est économiste, chargé d’enseignement à Paris II Panthéon Assas. Auteur de l’encyclopédie de l’économie de Larousse, il est également expert auprès de la Commission Européenne. Conférencier …
(BFM Bourse) - Il faut bien dire que la situation n'apparaît pas très nettement aux yeux des investisseurs. La forte remontée des indices cette année n'aide pas à donner des idées claires sur la situation. A-t-on atteint la fin de la hausse, ou sommes nous dans un état de consolidation qui sera suivie d'une nouvelle hausse ? Ou encore cette consolidation sera-t-elle suivie d'une nouvelle chute des marchés ?
Les éléments fondamentaux sont devenus trop complexes pour arriver à s'y retrouver. En effet, la consommation américaine et européenne n'est pas vraiment repartie. Les résultats des banques montrent que sans le trading, leur bénéfice d'exploitation se réduirait à une peau de chagrin. Les éléments concernant le chômage ne sont pas folichons non plus. Alors d'où peuvent venir les bonnes nouvelles ? Des mauvaises évidemment !
Pourquoi ? Parce que plus les nouvelles seront mauvaises et plus la croyance que la FED remontera ses taux le plus tard possible sera forte. Des taux d'intérêt bas veulent dire un dollar faible et donc la possibilité de faire le plus possible de carry trade en empruntant du dollar bon marché pour opérer sur d'autres marchés ou activités. Cependant cela ne veut pas dire que les mauvaises nouvelles transformées en bonnes par un coup de baguette magique soient de bonnes nouvelles pour les investisseurs. En effet, des taux d'intérêt bas signifient plusieurs choses : -Si les taux d'intérêt à moyen et à long terme sont bas, cela veut dire que la demande de crédit est faible et donc que l'investissement est faible et cela ne présage rien de bon pour la croissance future. -Si les taux d'intérêt à court terme sont bas, cela veut dire que l'offre de monnaie est abondante (ce qui est le cas, étant donné que les différents plans de soutien et de rachats de créances ont fait tourner la planche à billets) et supérieure à la demande. Cela veut dire que les investisseurs n'investissent pas et que globalement ils ne croient pas qu'il est intéressant d'investir pour un gain à long terme. C'est-à-dire que le futur apparaît moins brillant que le présent. Ce sont des liquidités craintives. Et d'ailleurs la meilleure preuve en est que l'or monte, alors que a priori c'est un investissement qui ne rapporte rien sauf des plus-values quand le marché s'emballe. Des taux d'intérêt bas font généralement monter l'or car le détenteur de liquidités pense que quitte à ne rien gagner, autant disposer de quelque chose qui à un moment ou à un autre vaudra quelque chose. Ce type de raisonnement en a ruiné plus d'un dans le passé, mais un actif monte d'autant plus qu'il monte. Jusqu'au retournement !
Maintenant voyons les conséquences de taux d'intérêt bas.
-Sur le marché immobilier, normalement cela devrait favoriser l'activité immobilière. En effet, une bonne partie du coût d'un logement est représentée par le coût de l'emprunt. Seulement le problème est que les banquiers considèrent qu'à cause de la crise économique un bon nombre d'emprunteurs éventuels sont devenus des emprunteurs à risque et ne sont donc pas éligibles à recevoir un prêt.
-Sur le marché des actions, des taux d'intérêt bas favorisent la prise de risque pour avoir la possibilité d'avoir un rendement supérieur des capitaux engagés. Il y a alors réduction de l'aversion au risque. D'autre part les abondantes liquidités à l'origine de la baisse des taux d'intérêt recherchent plutôt des placements à court terme, pour les raisons que nous avons évoquées précédemment ;
-Sur les marchés des obligations, les entreprises ont pu obtenir des capitaux à faible coût. Le seul problème reste le fait que au moment de la remontée des taux, le prix de ces obligations baissera. Ce qui n'est pas une bonne nouvelle pour les investisseurs. Cela fait presque un an que je dis dans mes chroniques d'éviter les placements à taux fixes.
-Finalement sur le marché des emprunts d'Etats et de la dette souveraine, les bas taux d'intérêt permettent aux Etats d'obtenir de l'argent à bon compte et de rembourser les emprunts précédents qui avaient été réalisés à des taux plus élevés. La hausse des taux aurait les mêmes conséquences pour les investisseurs en emprunts d'Etats que pour les investisseurs en obligations. On peut se demander dans ces conditions pourquoi les investisseurs continuent à prêter. C'est très simple, les investisseurs dans les emprunts d'Etats sont des institutionnels qui ne peuvent faire autrement, souvent à cause de contraintes légales, comme les compagnies d'assurances par exemple.
Et les conséquences d'une hausse des taux.
Les taux finiront par remonter, même si les Etats ne le souhaitent pas. En effet, on ne décrète pas une baisse ou une hausse des taux si les marchés ne le veulent pas. La moindre reprise entraînera les taux à la hausse. Comme nous l'avons dit précédemment les placements à taux fixes baisseront. Quid des placements à taux variables comme les actions ou les contrats d'assurance en Euro ? Pour les contrats d'assurances, leur rentabilité remontera sauf si les compagnies sont plombées par des prêts à taux faible sont elles n'auront pas pu se débarrasser.
Autrement dit les détenteurs de d'emprunts à taux fixes doivent commencer à arbitrer ceux-ci contre des actifs à taux variables. Cela veut dire soit des emprunts à taux variables soit des actions. En ce qui concerne ces dernières, les règles d'investissement que j'ai donné depuis près de deux ans restent valables : choisir des titres industriels dont l'activité est orientée vers les pays émergents en ce qui concerne les grosses valeurs. Par contre il devient intéressant de commencer à s'intéresser à des valeurs plus petites dont l'orientation technologique et novatrice est marquée. Cependant dans ce domaine de très nombreuses précautions sont à prendre. Nous essayerons d'y revenir dans une prochaine chronique. Finalement, il reste pour un investisseur avisé la possibilité de bâtir des stratégies c'est-à-dire de se fabriquer des produits structurés. Nous en reparlerons prochainement.