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Andréa Brignone : Les enseignements de la crise

vendredi 21 novembre 2008 à 18h08
Andréa Brignone

Andréa Brignone Associé Exact

Andréa Brignone, associé Expérience et Action et auteur du Tao de la Bourse et du Trading, est économiste, chargé d’enseignement à Paris II Panthéon Assas. Auteur de l’encyclopédie de l’économie de Larousse, il est également expert auprès de la Commission Européenne. Conférencier …

(BFM Bourse) - Quoi qu'en pensent certains, les marchés sont encore les indicateurs les plus fiables des situations des entreprises. C'est l'objet de ce que j'appelle « la Cognitique Financière Stratégique ». Les marchés renseignent même les directions des entreprises sur des problèmes qu'elles n'ont pas toujours détectés. Un exemple en est donné par la chute des cours de bourse de Citycorp. Il y a encore trois jours, un interlocuteur me disait « Nous sommes tranquilles sur cette opération, elle est réalisée avec Citycorp, c'est la plus grosse banque mondiale ! » Patatras ! Dès le lendemain, la chute brutale commençait. Pourquoi cela ? Des raisons techniques existent. L'échec du plan Paulson va obliger la banque à réintégrer dans son bilan des « actifs toxiques ». D'accord ! Mais il faudrait peut être se poser la question de savoir si finalement il n'y a pas autre chose.

Les entreprises et particulièrement les banques, ont depuis les deux dernières années été poussées au gigantisme. Ce gigantisme, justifié par la possibilité de financer de plus en plus d'investissements, et poussé par l'ego des dirigeants et la pression des grands actionnaires a aboutit à ce que les écologistes connaissent bien : l'appauvrissement des espèces et de la biodiversité. Mais de plus, on assiste à ce que l'on connaît bien dans la nature : le danger du gigantisme. Ces banques universelles, dont la complexité est devenue telle, sont de plus en plus difficiles à gérer. On estime qu'il faudra près de trente ans pour réussir à démêler l'écheveau Lehmann Brothers. Cela ne durera probablement pas si longtemps et les conseils divers qui s'occupent de l'affaire ont intérêt à essayer de faire durer, mais cela donne l'idée de la complexité. Cette complexité fait que les dirigeants ne sont plus en mesure de contrôler et d'être contrôlés. Les conseils d'administration ne pouvant plus apprécier les niveaux de risque, ne sont guidés que par les rapports fournis par des états major spécialisés, souvent loin de l'opérationnel se réfugient dans le copinage pour prendre les décisions. Le résultat n'est pas brillant comme on a pu le constater et l'actionnaire trinque. On parle souvent de transparence, mais il n'existe plus de transparence à ce niveau de complexité. Plutôt que de transparence, il faut surtout du bon sens. Bon sens qui est absent ou qui n'arrange pas les bonus de fin d'année. La crise actuelle aura au moins cela de bon : obliger les mastodontes à vendre une partie de leurs actifs et donc simplifier les structures de façon à les rendre gérables. Une fois de plus l'histoire nous apprend qu'au-delà d'un certain seuil, les empires ne sont plus maîtrisables. Les organismes financiers devront donc d'une façon ou d'une autre, spécialiser chaque structure de façon à pouvoir en assurer le contrôle. La solution la plus simple consisterait à se débarrasser de toute activité qui n'est pas dans le cœur du métier comme l'ont fait les sociétés industrielles au début du millénaire. Une deuxième solution plus complexe à mettre en œuvre serait de regrouper les différentes activités dans des holdings avec pour chaque activité un responsable opérationnel qui serait totalement autonome par rapport à la direction de la holding. Cela ne sera pas simple à mettre en place dans la mesure où il y aura toujours la tentation d'utiliser les moyens d'une unité pour garantir ou financer une autre unité.

Le raisonnement que nous faisons pour les banques peut être aussi appliqué au niveau de certaines industries, comme l'automobile par exemple. Les constructeurs devraient se dégraisser de certaines activités. Mais gageons que ce n'est pas la solution qui sera adoptée, mais l'inverse. On essayera de fusionner plusieurs constructeurs pour obtenir les fameuses économies d'échelles, sans remettre en cause ni le marketing ni le système de fonctionnement. Cela ne résoudra pas le problème, mais cela permettra au contribuable de financer une fois de plus les restructurations industrielles. Ainsi va le monde !

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