Andréa Brignone Associé Exact
Andréa Brignone, associé Expérience et Action et auteur du Tao de la Bourse et du Trading, est économiste, chargé d’enseignement à Paris II Panthéon Assas. Auteur de l’encyclopédie de l’économie de Larousse, il est également expert auprès de la Commission Européenne. Conférencier …
(BFM Bourse) - Pauvre Rutebeuf ! Et pauvres boursiers secoués par les vents des marchés !
Mais le vent de la tempête qui a en même temps secoué la Bretagne où je passais mes vacances m'a secoué l'esprit car un paragraphe a glissé après la conclusion de mon édito de Jeudi dernier. Celui-ci concernant les produits dérivés, n'avait pas tout à fait sa place dans cet édito.
Bref, la conclusion était que la panique n'était pas encore à l'ordre du jour, les fondamentaux n'ayant pas vraiment encore changé et des supports existaient ce qui permettait des investissements mais avec prudence.
Cela veut-il dire que nous sommes sortis de l'auberge et que l'on va recommencer l'ascension de l'Everest dans la joie et la bonne humeur ? Rien n'est sûr. Les éléments psychologiques qui ont provoqué la rupture peuvent encore jouer sur quelques mauvaises nouvelles. Cependant la tendance de moyen terme n'a pas vraiment été cassée. En effet, de nombreuses valeurs du Cac 40 ont rebondi sur leurs moyennes hebdomadaires (en hausse) de 50 ou à 100. Ce n'est peut être pas de l'analyse technique sophistiquée mais si l'on ajoutait quelques divergences sur certains indicateurs, on pouvait raisonnablement prendre des paris. A condition de se fixer des prix de sortie en cas de mauvais sort.
Ceci pour nous rappeler que l'évolution d'un cours à court terme reste du domaine de l'aléatoire. Nous ne pouvons nous baser que sur une mécanique élémentaire : celle de la pierre qui, jetée en l'air, finit par accumuler suffisamment d'énergie cinétique pour revenir à son point de départ mais qui sans effort supplémentaire ne peut descendre plus bas que le sol.
Le support d'un actif est l'équivalent du sol. Si aucune énergie supplémentaire (par exemple une très mauvaise nouvelle en matière de fondamentaux) ne vient enfoncer la pierre dans le sol, le cours d'un actif stagnera ou rebondira. Bien sûr cette physique simplifiée a ses limites.
Mais il est bon dans les moments où tout le monde panique de se raccrocher aux choses simples. Elles marchent dans 80 % des cas.
Pourquoi cela ? Parce que quoique en pensent certains, il faut séparer le psychologique du fondamental en matière de marché. Les deux domaines ont des cycles. Le cycle du fondamental est plus long, celui du psychologique est plus court. L'esprit humain peut être modifié très vite, il n'en est pas de même des phénomènes économiques : regardez le temps que cela prend pour modifier une courbe du chômage.
Celui qui arrive à faire la distinction raisonnée entre les deux domaines peut gagner de l'argent sur les marchés. Cela lui demande bien entendu de pouvoir se dominer et de ne pas crier avec les loups. Ce qui implique qu'il utilise à la fois son cerveau droit et son cerveau gauche. Son cerveau gauche pour distinguer ce qui est important, pour établir ses objectifs et son business plan et surtout pour assurer sa gestion de risque. Le cerveau gauche dans ses conditions lui permet de ne pas se laisser aller à la panique. Il aura aussi besoin de son cerveau droit. Ce dernier, plus imaginatif et plus intuitif, lui permettra de distinguer les opportunités qui se présentent à lui et de « sentir » ce qu'il faut faire. « Sentir » veut dire qu'il estimera les probabilités en sa faveur (n'oublions jamais que nous sommes ici dans le monde de l'aléatoire). Ainsi le boursier efficace devra à la fois former son cerveau gauche par l'apprentissage des techniques et dresser son cerveau droit à devenir intuitif. Il devra ensuite apprendre à faire en sorte de gérer harmonieusement les deux parties de son cerveau de façon à ce que le cerveau gauche n'étouffe pas les signaux du cerveau droit et que le cerveau droit n'affole pas et n'ignore pas les règles du cerveau gauche. C'est là tout le but de la démarche de celui qui désire véritablement opérer sur les marchés.
La maîtrise de son comportement est l'objectif de tout boursier qui se veut aguerri. Lorsqu'il aura appris à se maîtriser, il commencera par ne pas perdre d'argent et ensuite à en gagner. Comme dans les arts martiaux la pratique vise non pas à gagner mais à se perfectionner jusqu'au moment où le geste sera parfait.
Mon optique est peut être erronée ou un peu trop philosophique mais elle permet de résister lorsque la tempête se lève : « Peu importe le marché, tout dépend comment tu le joues» est un des aphorismes de mon livre. Le capitaine d'un bateau doit être prêt à affronter les mauvaises conditions climatiques et d'amener son bateau à bon port. Il doit aussi savoir quand il vaut mieux rester au port : cerveau droit, cerveau gauche…