Andréa Brignone Associé Exact
Andréa Brignone, associé Expérience et Action et auteur du Tao de la Bourse et du Trading, est économiste, chargé d’enseignement à Paris II Panthéon Assas. Auteur de l’encyclopédie de l’économie de Larousse, il est également expert auprès de la Commission Européenne. Conférencier …
(BFM Bourse) - L'oeil sur les cours du Nasdaq, le doigt sur la détente, je voulais dire sur le clavier le trader de futures CAC en particulier mais aussi Dax et autres, danse au rythme des évolutions de cours de New York. Des emprunteurs que l'on avait définis insolvables ne remboursent plus leurs emprunts et la Terre entière tremblent : la croissance mondiale est compromise !
Et pourtant ! Si l'on regarde la part des importations (chiffre de 2005 seuls disponibles auprès de l'OMC (Organisation Mondiale du Commerce) la part des importations des USA dans le monde est passé de 19,6% en 2000 à 16,5 % en 2005. L'union Européenne est restée stable 30,1% à 39,3% en 2005, la Chine est passée de 3,4% à 6,3% (soit un presque le double), l'Inde de 0,8 à 1,3%., la Russie 0,7 à 1,2%.
Parallèlement pour les exportations et pour les mêmes pays et les mêmes années : USA 12,5 passé à 8,9 %, Union Européenne 38,9 à 39,4%, Chine 4 à 7,5% (et bien plus si on avait les chiffres récents) Inde 0,7 à 0,9%, Russie 1,7 à 2,4. Certes les bourses américaines restent les plus importantes du monde avec 40% de la capitalisation mondiale mais ce chiffre est en diminution.
Pour continuer cette litanie de chiffres, la part des USA dans le PIB mondial est passé de 31,1% en 2000 à 29,2% en 2005 tandis que celle de l'Union Européenne à 27 de 26,3 à 30,5% et celle de L'UE à 15 de 25 à 28,8 %, Chine 3,4% à 5,2%, Inde 1,5 à 1,7.
Les chiffres sont beaucoup plus impressionnants si on compare 1960 à 2005 mais pour cela je vous renvoie à l'étude téléchargeable du CEPII (Centre d'Etudes de Prospective Internationale).
Cependant ne nous y trompons pas, il s'agit d'un déclin relatif et non absolu. Cependant ce déclin relatif est riche d'enseignements : cela veut dire qu'il ne faut pas avoir en permanence les yeux tournés vers les Etats Unis sous peine d'avoir une vue distordue de la réalité.
Cette vision biaisée s'est imposée un peu partout dans le monde et en particulier en Europe parce que l'on a découvert avec admiration le modèle de gestion des entreprises américaines. Ce modèle dominant s'est imposé aux dominés qui ont tous crées des programmes de MBA. La gestion moderne était forcement américaine ! Penchons nous un peu sur ce modèle.
D'abord le marketing. Les américains sont les rois du marketing : peu importe le produit, ce qu'il faut c'est bien le vendre. Leur réussite est indéniable dans ce domaine : ils ont réussi à vendre au reste du monde le modèle de management américain, des nourritures qui non seulement font frémir les gourmets mais aussi les diététiciens, des séries de télévisions et de nombreux films bon à divertir un chimpanzé gâteux, des produits financiers dont le moins que l'on puisse est qu'ils sont suspects .Pour finir ils nous ont vendu un modèle de gestion où l'on fabrique des rapports à tout va,pour bien s'assurer que des règles existent par rapport à une norme quelconque, ce qui leur permet de vendre à prix d'or des heures de consultants et des logiciels. Ceci s'étend maintenant aux particuliers, où l'on réussit à leur vendre des produits et des services complètement inutiles mais à grand renfort d'appels téléphoniques, sms et j'en passe.
La concurrence. Ici il faut reconnaître que la possibilités de créer des entreprises rapidement et de trouver les capitaux nécessaires font que la machine tourne bien et qu'un produit ou un service se trouve très vite en concurrence sur le marché. Nous devrions en prendre de la graine.
L'esprit de frontière. Les américains savent que le risque paye, mais ils savent aussi le maîtriser. Et le maîtrisant ils ont moins peur de se lancer dans l'aventure. C'est la même chose en bourse : quand vous maîtrisez votre risque vous n'avez plus peur, vous jouez avec le minimum d'émotions. Mais l'esprit de frontière a aussi un avantage : dans votre esprit c'est vous qui avez raison et les autres tort. Certes cela génère quelques problèmes comme l'Irak par exemple, mais statistiquement dans le monde des affaires cela paye. Et une fois que vous considérez que vous avez tort vous vous êtes mis dans la peau du gibier.
« Think Big » : Quand on crée une société aux Etats Unis on essaye de penser grand marché. C'est vrai le marché intérieur est déjà important, mais c'est la même chose pour nous, européens qui sommes la première puissance économique mondiale. A nous de jouer à condition que arrête de nous seriner avec des champions franco-français. Heureusement c'est plutôt me langage des politiques plutôt que celui des hommes d'affaires mais dans certains secteurs cela nous réserve de joyeuses surprises.
L'argent est toujours disponible. C'est vrai le reste du monde finance les Etats Unis. Mais cela peut changer et d'ailleurs change. Discrètement certains pays orientent une partie de leurs avoirs en Euro. Souvent discrètement, mais de plus en plus souvent. Pourquoi l'Euro monte t'il ?
La technologie à un grand rôle. C'est vrai, mais la plupart des découvertes sont le fait d'émigrés de qualité. A nous de savoir les attirer ! Et cela relève aussi du marketing.
L'hypocrisie. « Faites ce que je dis mais ne faites pas ce que je fais ». Les USA ont réussi à nous faire croire que nous sommes coupables de tout et un ramollissement général des mentalités en a suivi. Dont ils profitent ! Je ne ferai pas un dessin. Renvoyons leur la balle que diable !
Conclusion : Pour évaluer la situation économique et financière, il faut que nous regardions le reste du monde. Peut être que nous sommes dans le cas d'un cycle haussier de Kondratiev ; le fameux cycle intra séculaire bien oublié désormais. Si cela s'avérait juste, il n'y aurait pas trop de soucis à se faire pour la croissance mondiale.
Les Etats Unis ont réussi à nous vendre leur mode de vie. Mais comme disait Paul Valery « Nous autres, civilisations savons maintenant que nous sommes mortelles... » Peut être que nous sommes à la fin du Grand Bluff, mais cela demande beaucoup d'imagination pour substituer un nouveau monde de développement mais la chose est en marche, tout en gardant certaines bonnes choses du modèle américain.
Boursier, homme ou femme d'affaire ou sociologue nous avons intérêt à moins nous focaliser sur ce qui vient d'outre Atlantique et à regarder le reste du monde, il y a bien des choses à y découvrir.