Andréa Brignone Associé Exact
Andréa Brignone, associé Expérience et Action et auteur du Tao de la Bourse et du Trading, est économiste, chargé d’enseignement à Paris II Panthéon Assas. Auteur de l’encyclopédie de l’économie de Larousse, il est également expert auprès de la Commission Européenne. Conférencier …
(BFM Bourse) - Nous allons cette semaine et la semaine prochaine essayer de faire le point sur ce que peut être la situation économique et financière et d'essayer d'en tirer quelques principes d'actions pour les investisseurs. Ce ne sera pas chose facile dans la mesure où il est difficile de faire la distinction entre les effets d'annonces (l'information) et la réalité des faits. En effet, les éléments statistiques ne sont pas d'une grande utilité lorsque la « volatilité » des événements est si grande. Plus que jamais nous sommes dans une réalité de la finance comportementale tout en ne négligeant pas les éléments fondamentaux. J'ai repris le titre de l'un des ouvrages d'Ylia Prigogine, physicien dont l'une des tâches a été d'étudier le hasard et le chaos.
Fondamentalement la crise que nous connaissons est une crise de la certitude. L'excès de réglementation (et non pas son contraire comme l'affirme la plupart des commentateurs) a conduit à cette situation incroyable. Pourquoi ? Pour paraphraser les bouddhistes, la seule certitude c'est l'incertitude. En effet la certitude de l'homme moderne et de l'occidental en particulier est une certitude de la forme. Le fait d'avoir des organismes de certification, d'utiliser des modèles dont la logique est irréprochable mais dont les hypothèses ne sont pas vérifiées, de généraliser le principe de précaution et bien d'autres choses encore, concourent à générer une fausse certitude que le hasard est vaincu et que désormais l'homme maîtrise l'univers. Cette certitude a permis au monde financier moderne, dont le conformisme n'est plus à démontrer, qu'il suffisait de créer un produit abscons et généralement incompréhensible (les 400 pages qui accompagnaient la création de certains produits dérivés auraient dû susciter la méfiance des investisseurs), pour que la communauté des investisseurs l'achète. Miracle de la paresse et de l'incompréhension ! Miracle aussi du marketing qui sait comment obliger les gens à suivre la pente la plus facile ! Miracle aussi de la cupidité qui fait oublier toute raison et toute méfiance ! Miracle enfin des formations à la mode qui réussissent à éliminer tout esprit critique des gens étudiant dans ce que l'on appelle les écoles prestigieuses ! Dans ce monde atone, bien pensant, lisse et uniforme, la certitude est la sève qui en irrigue son fonctionnement c'est-à-dire la stupidité béate. Peu importe qu'un actif soit incompréhensible, bancal et ne s'insère pas dans un environnement financier logique. Il est certifié 3A, l'organisme qui l'émet est certifié 3A, les gens qui dirigent cet organisme sont régulièrement interviewés par la presse. Hourra ! C'est le produit qu'il nous faut ! Il suffit de voir le dernier scandale à la mode :celui de Bernard Madoff, l'ancien président du Nasdaq, l'homme à la fraude de 50 Milliards de Dollars (soit dans l'unité de compte moderne, le Kerviel, 8 Kerviels) . Le Gotha de la finance y a perdu des plumes. Le problème est que la certitude conduit très vite à l'irresponsabilité. Et à l'organisation de l'irresponsabilité : des parachutes dorés sont accordés à des chefs d'entreprises qui ont coulé leurs boîtes, des bonus aux traders qui n'ont pas encore dénoué leurs opérations, des sommes pharamineuses versées à des consultants et auditeurs pour qu'ils certifient que tout se passe bien dans « les règles de l'Art ». Le problème est que les règles sont si nombreuses que seuls les consultants s'y retrouvent. Non il ne s'agit pas de réglementer mais au contraire de réduire la réglementation à quelques règles claires qui peuvent s'appliquer sans auditeurs ni certificateurs mais avec du bon sens. Bon sens, qui ne pourra s'affranchir d'une certaine complexité, mais bon sens tout de même.
La fin de ces certitudes impacte terriblement la finance actuelle. Faute d'avoir des repères tout mâchés et prêts à l'usage, la défiance généralisée a remplacé la confiance aveugle. Il ne faut pas se faire d'illusions, cette race de « financiers » peu habituée à penser par elle-même attendra de nouveaux gourous ou nouvelle « gouvernance » pour recommencer ses petits jeux. En attendant, place aux vrais financiers qui agissent selon des règles éprouvées et qui savent qu'il faut donner du temps au temps pour gagner de l'argent. Ils en existent et pour ceux-là, la période actuelle est une bénédiction car l'inflation des actifs a disparu et que ces derniers sont prêts à être cueillis pour rentrer dans une stratégie globale bien pensée. Nous verrons cela la semaine prochaine.