Andréa Brignone Associé Exact
Andréa Brignone, associé Expérience et Action et auteur du Tao de la Bourse et du Trading, est économiste, chargé d’enseignement à Paris II Panthéon Assas. Auteur de l’encyclopédie de l’économie de Larousse, il est également expert auprès de la Commission Européenne. Conférencier …
(BFM Bourse) - Parler de l'après crise peut paraître courir avant la locomotive mais comme je l'ai dis bien souvent, il faut adopter le vieil adage de la cavalerie quand on est dans le brouillard : « Voir loin quand on est court ». Une fois les flonflons du G20 passés, les congratulations effectuées et les chefs d'Etats rentrés dans leurs pays, il reste à essayer d'établir une projection sur ce qui nous attend, tant en bien qu'en mal pour l'après crise, et essayer d'en retirer des enseignements pour nous guider dans une stratégie d'investissement. Petite anecdote à signaler cependant, et qui peut avoir une certaine importance dans les éléments à considérer pour l'après crise : le même jour que l'OCDE sortait la fameuse liste des paradis fiscaux, Forbes Asia sortait le classement des pays dont la charge de l'Etat et de ses annexes était la plus lourde. Et finalement, après des années d'efforts, nous avons gagné : nous sommes au premier rang des pays « rapaces » devant la Chine. En dehors du pur folklore, cela veut dire que nos marges de manœuvres de sortie de crise vont être extrêmement restreintes. En effet, après avoir injecté ou être en cours d'injecter un certain nombre de milliards dans l'économie, il va falloir les trouver sur le moyen et long terme. Et cela, sans trop dégrader notre fameux AAA+ qui nous permet d'emprunter des capitaux dans le monde sans payer des taux d'intérêt trop élevés.
Les solutions sont au nombre de quatre : -Augmentation des prélèvements fiscaux : cela va être très difficile du fait de la pression déjà existante et du souci de ne pas casser un amorce de croissance. Mais gageons que la créativité fiscale de notre Ministère des Finances saura trouver quelques nouvelles taxes, quelques pépites non encore exploitées ou une tranche d'imposition nouvelle. Mais cela ne sera pas suffisant. -Augmentation du taux d'inflation permettant d'alléger la charge de l'emprunteur, en l'occurrence l'Etat. Ce sera certainement le cas. Et ce d'autant plus que les Etats-Unis auront injecté dans l'économie mondiale une grande quantité de dollars. -Réduction du train de vie de l'Etat. C'est la solution que semble se préparer à prendre les Etats Unis et que par exemple l'Irlande a choisit. Concernant la France, nous avons une grande marge de manœuvre de ce coté là, dans la mesure où nous avons en pourcentage le double de fonctionnaire que la moyenne européenne et que de nombreux fonctionnaires ont atteint l'age de la retraite. Mais c'est sans compter avec les réflexes corporatifs dont l'exemple nous est donné tous les jours. -Augmentation violente du taux de croissance. Cela n'est possible qu'avec l'intrusion de nouvelles technologies, d'allégement important des charges. Il faudra alors faire ce qu nous dénonçons : du dumping fiscal. Bien sûr cela aura aussi l'avantage de résorber relativement rapidement le chômage. Ce que nous n'avons pu faire jusqu'à présent. En ce qui concerne les nouvelles technologies, nous voyons pour le moment que les technologies liées aux productions durables et à l'écologie en général. Domaine dans lequel nous avons pris un certain retard sur nos concurrents. Un appel d'air pourrait être donné par la demande des pays émergents dans nos domaines traditionnels. Mais nous avons là une certaine faiblesse, dans la mesure où le pays a été fortement désindustrialisé.
Alors quelle sera la solution ? Probablement un mélange de tout un peu. Ce qui donnera une croissance molle avec un taux de prélèvements qui se renforcera, (on donnera la priorité à court terme au social sur l'économique, au lieu de faire l'inverse), et un taux d'inflation qui montera.
Pour l'investisseur quelles conséquences ? Premièrement mettre en portefeuille des actifs qui augmenteront avec l'inflation. Donc des actions et de préférence cycliques. Mais aussi les activités liées aux matières premières qui bénéficieront d'une sorte d'effet de levier au moindre redémarrage. Deuxièmement choisir des sociétés dont l'essentiel du chiffre d'affaire se fait à l'étranger et particulièrement dans les pays émergents. Troisièmement, il ne faudra pas négliger les banques qui seront les premières à démarrer. Le choix dans ce domaine est plus difficile dans la mesure où certaines d'entre elles traînent des actifs ex-toxiques que l'on appelle désormais historiques. En réalité gageons aussi que certains actifs toxiques vont se révéler une mine d'or dans les années qui viennent.