Andréa Brignone Associé Exact
Andréa Brignone, associé Expérience et Action et auteur du Tao de la Bourse et du Trading, est économiste, chargé d’enseignement à Paris II Panthéon Assas. Auteur de l’encyclopédie de l’économie de Larousse, il est également expert auprès de la Commission Européenne. Conférencier …
(BFM Bourse) - La FED a donné une leçon de modestie en annonçant des prévisions de croissance avec une large fourchette. Elle envoie le message « je sais que je ne sais rien ». Et cela envoie aussi le message : nous vivons dans un monde incertain et sommes incapables de faire des prévisions. C'est aussi une constatation : on ne peut faire des prévisions que lorsque peu de paramètres bougent : c'est ce que mes collègues économistes nomment « toutes choses étant égales par ailleurs » et qui se dit en latin « mutadis mutandi ». Le temps de la sagesse reviendrait-il ? Et surtout le temps de la modestie, attitude indispensable à toute approche sérieuse du futur. Les rotomondates n'ont jamais permit d'éclairer le chemin, mais seulement de brouiller les pistes et de combler d'aise l'ego de certains et en particulier de certains hommes politiques.
Le problème principal est que tout économiste voit ses bases trembler, comme si un énorme cafouillage produisait un chaos indescriptible. Prenons quelques exemples : le monde regorge de liquidités et les banques n'osent plus se prêter de l'argent redoutant une crise de trésorerie de leurs confrères. Le dollar baisse et le pétrole se met à le suivre (tout en restant très haut), alors que ces deux actifs étaient jusqu'à présent corrélés négativement. Les pays émergents sont en grande forme et les pays développés à la traîne.
En réalité le problème n'est pas économique mais plutôt un problème de société. Le monde est en train de changer du tout au tout mais nos sociétés ne s'en rendent pas compte : banquiers formés dans des écoles dont l'excellence est reconnue par moult et moult classements et qui n'ont été en réalité formés qu'en tant que robots qui suivent le consensus et ne craignent que d'en dévier. Adieu les banquiers génois et toscans, les Pereire, les Fuller et autres Rotschild. L'imagination s'est enfuie !
Des syndicats marginaux qui se croient encore au temps de Zola poussent les autres syndicats à la surenchère s'en se rendre compte qu'ils scient la branche sur lesquels ils sont assis. Des hôtesses de l'air qui reprochent à leur compagnie de les faire voler. Des étudiants qui manifestent pour ne faire que des études qui les enverront sûrement au chômage (non indemnisé de surcroît). Le chaos dans les pauvres têtes….
Et pendant ce temps des pays « pauvres » qui ont brusquement compris comment jouer de leurs atouts, et dont les populations ne demandent qu'à travailler pour s'enrichir et goûter aux joies du marketing et devenir à terme aussi robotisés que nous (mais qui en attendant et cela pendant longtemps vont nous faire comprendre notre douleur) prennent peu à peu leur place dans l'économie. Et des pays « riches » sont en train de bâtir une économie basée sur la technologie et la virtualité. Voyez Google et ses émules.
Et nous là dedans ? Nous nous sommes un pays non seulement à deux vitesses mais à deux aspects. D'un coté le 19ème siècle avec notre Etat omniprésent, des bataillons de gens qui occupent un emploi plutôt qu'un travail et dont le l'horizon se borne à un statut et qui n'ont pas vraiment compris que nous appartenions à un vaste ensemble qui s'appelle l'Europe et à un ensemble plus vaste encore qui est le monde. D'autre part, nous avons des entreprises petites et grandes qui disposent d'un savoir faire et de techniques que d'autres non pas. Et qui pour les grandes, font leurs profits ailleurs que chez nous. Les petites, elles sont obérées par la pesanteur résultant de la mentalité ambiante du 19ème siècle. Du premier aspect nos médias en font leurs choux gras présentant au reste du monde une France rétrograde. Des seconds on n'en parle pas, parce que c'est connu, en France on n'aime pas l'entreprise, le capitalisme et tout ce qui suit. Une grande partie des médias est responsable de l'image de cette France râleuse et inefficace. Et de ce fait responsable du déficit d'adaptation de notre pays au monde moderne. Responsable aussi du fait que la jeunesse ne s'intéresse pas plus à l'aventure économique. Responsable de la lourdeur d'adaptation et du manque d'imagination. Ce n'est pas la « Starac » qui formera la jeunesse sauf dans des rêves abrutissant. Ce n'est pas elle non plus qui la formera à encaisser les coups de la vie. Ce n'est pas en bichonnant les enfants que l'on en forme des aventuriers aux grands rêves.
En attendant ne vous laissez pas démonter par le chaos. Si vous êtes investisseurs, investissez dans des entreprises qui ont un avantage concurrentiel certain. Elles ne manquent pas, une bonne partie du SRD en fait partie. Et il existe aussi des PME qu'il faut savoir trouver qui recèle des potentiels importants. L'un de mes anciens étudiants a créé Seloger.com et autres sites. Il avait commencé dans le garage de ses parents et sans aucune aide! Nous avons des ressources, il faut les employer. Et même si plus de 50 % de mes étudiants partent à l'étranger, certains finissent par revenir et mettre en pratique ce qu'ils ont pu apprendre ailleurs.
Je ne ferai ma prochaine rubrique que dans 15 jours, n'étant pas en France la semaine prochaine.