Andréa Brignone Associé Exact
Andréa Brignone, associé Expérience et Action et auteur du Tao de la Bourse et du Trading, est économiste, chargé d’enseignement à Paris II Panthéon Assas. Auteur de l’encyclopédie de l’économie de Larousse, il est également expert auprès de la Commission Européenne. Conférencier …
(BFM Bourse) - Evaluer son risque est la base du métier de tout opérateur. Si tous les traders prennent petit à petit conscience que l'évaluation du risque est aussi importante sinon plus importante que la fixation d'un objectif, il n'en est pas de même des investisseurs indépendants. La plupart d'entre eux continuent à ne regarder que les performances potentielles des actifs qui les intéressent sans même chercher à prendre en compte le risque. Pourquoi cela ?
Il y a plusieurs raisons à ce comportement : la première raison est psychologique, la deuxième est due à un manque de maîtrise de la technique, la troisième à un optimisme débordant.
Le risque : aversion psychologique.
L'aversion psychologique au risque est bien sûr due au fait que personne n'aime perdre son argent durement acquis. Mais ce n'est pas la raison principale. Sinon l'investisseur ne prendrait jamais un risque . L'aversion psychologique au risque est surtout due au fait que globalement l'investisseur n'aime pas avoir tort. Quand il a fait un choix, il considère qu'il s'est engagé et qu'il a eu forcement raison de faire ce choix. Les psychologues font d'ailleurs appel à la théorie de l'engagement pour expliquer cela. Si un vendeur de voiture d'occasion vous a convaincu d'acheter une voiture, vous aimez à croire que c'est vous qui avez fait ce choix. Et si par la suite vous vous apercevez que vous vous êtes fait avoir, vous allez trouver toutes les raisons pour justifier ce choix, et au lieu de vous débarrasser de ce véhicule (quitte à perdre de l'argent) qui va vous coûter des fortunes en réparations ou d'aller voir le vendeur pour qu'il reprenne votre véhicule sous peine de poursuites, vous allez le conserver.
Il en est de même de l'opérateur boursier. Il ne voudra pas envisager le risque car c'est une atteinte à son ego d'une part et au fait qu'il devra prendre des mesures désagréables d'autre part et qui risquent de se traduire par des pertes.
Le risque conséquence de l'insuffisance de maîtrise technique.
De nombreux opérateurs n'envisagent que des opérations à la hausse. Dans un marché haussier, ils pensent que tout actif ira à la hausse. Et pourtant, tout marché fluctue. Et même si l'avenir est riant, il peut y avoir de mauvaises nouvelles ou supposées comme telle qui feront que un actif peut décrocher de façon importante. L'analyse des supports et des résistances (et bien d'autres analyses techniques) donne une mesure du risque. Peu d'opérateurs regardent ou savent regarder les graphiques pour évaluer leurs risques.
Le risque conséquence de l'optimisme.
Dans les phases haussières on oublie fréquemment que les hausses sont suivies de baisses. L'optimisme est de mise. Et cet optimisme obère tout jugement. Bien peu de gens dans la période actuelle envisagent une baisse. Et au lieu d'attendre un repli du marché pour se positionner, achètent au plus haut. Comme dans l'immobilier on pense que les arbres monteront jusqu'au ciel.
Que faire ?
Toute opération boursière comprend un point d'entrée, un point de fuite, un objectif. Evaluer son risque consiste à déterminer son point de fuite ou de retraite. Ensuite il faut rapprocher le montant de la perte possible évaluée à partir de ce point de fuite avec la perte que l'on peut supporter. Si ce montant est supérieur au montant supportable, il faut rejeter l'opération. S'il est acceptable, il faut se convaincre que l'on sera en mesure de sortir si jamais les cours atteignent ce point de fuite.
Si on n'est plus expérimenté, on peut essayer de réduire le risque en couvrant ce risque à l'aide de produits dérivés. (Voir mes articles parus auparavant).
Dans les deux cas, il vous sera nécessaire d'envisager d'évaluer votre risque et de l'accepter. Accepter son risque de perte est la clef du succès sur les marchés financiers. Mais l'acceptation de la perte ne se fait pas sans une préparation psychologique particulière.
C'est en particulier l'un des éléments que nous traiterons lors du séminaire du 8 Juin (dont vous trouverez les détails sur ce site). Apprendre à envisager son risque et à prendre ses pertes doit être la première démarche de l'opérateur boursier. Aucun logiciel, ni aucune méthode boursière ne pourront remplacer l'attitude de l'opérateur boursier, n'en déplaise aux tenants des systèmes automatiques.