Andréa Brignone Associé Exact
Andréa Brignone, associé Expérience et Action et auteur du Tao de la Bourse et du Trading, est économiste, chargé d’enseignement à Paris II Panthéon Assas. Auteur de l’encyclopédie de l’économie de Larousse, il est également expert auprès de la Commission Européenne. Conférencier …
(BFM Bourse) - Tout chef d'entreprise quand il prend une décision utilise, souvent s'en rendre compte une méthode qui s'appelle l'analyse des conséquences. Le joueur d'échecs procède de même. Et l'investisseur ? Il semblerait que pour une bonne partie d'entre eux, cette approche soit absente du raisonnement. Les yeux rivés sur l'immédiat, ils négligent un outil qui peut les éclairer dans leurs choix présents.
Les hommes politiques de tous les pays sont actuellement obsédés par un problème immédiat : comment éviter une explosion sociale et donc une hausse de chômage si les conditions économiques continuent à se dégrader et éviter une thrombose du système bancaire qui véhicule le sang de l'économie. Cela peut se comprendre quand on annonce la perte pharamineuse de 60 milliards de dollars en un trimestre du groupe d'assurance AIG. Les pompiers doivent éteindre le feu sans se préoccuper des dégâts qu'occasionnent les lances d'incendie : on verra après. De ce fait on injecte de la monnaie à tout va. Mais ceci n'empêche pas le propriétaire de la maison incendiée de réfléchir à ce qu'il va faire après l'incendie.
Quels scenarii sont possibles quand la crise sera résorbée ou tout au moins endiguée ? Les injections massives de capitaux publics devront être résorbés d'une façon ou d'une autre. Mais avant cela se posera le problème de lever ces capitaux. Dans le cas des Etats-Unis, la voie est toute tracée : on emprunte massivement auprès des détenteurs de dollars. Au premier rang de ceux-ci il y a la Chine. Mais aussi d'autres pays. L'injection massive de capitaux se traduira normalement par une inflation, mais cela n'est pas si sûr, dans la mesure ou les Etats-Unis pourront faire des efforts de productivité importants et disposent de marge de manœuvre importante en matière fiscale. Ce qui n'est pas le cas de l'Europe et encore moins de la France. Les Etats Européens vont devoir (et il le font déjà) emprunter massivement. Dans la période actuelle où la demande des agents privés est faible, ils peuvent le faire sans provoquer de hausse de taux d'intérêt. Cependant la dégradation de la notation de certains pays (comme l'Espagne, la Grèce ou l'Irlande) entraîne déjà un spread comparé aux taux auxquels empruntent les Allemands ou les Français. Cependant cette demande de capitaux assèche les disponibilités pour les entreprises. Surtout que l'aversion au risque est encore manifeste. Quand la demande des agents privés viendra en concurrence avec les demandes publiques, il est probable que l'on assistera à une augmentation des taux d'intérêt. Ceci nous donne une première conclusion : pour un investisseur privé : il faut éviter d'investir en ce moment dans des obligations d'Etat ou dans des Sicav obligataires. En effet, plus le taux d'intérêt montera par la suite, plus le prix de l'obligation baissera. Autrement dit on prend un risque élevé en souscrivant en tant que particulier à un emprunt d'Etat. Voyons cela en simplifiant les choses à l'extrême. Supposez que vous souscriviez un emprunt de 100 euros à un taux de 2% (actuellement cela rapporte moins que cela). Grossièrement et sans tenir compte des taux d'actualisation, cet emprunt vous rapporte 2 euros annuels. Supposez que les taux d'intérêt grimpent en 2 ans à 4 %, soit pour une nouvelle émission d'emprunt un rendement de 4 euros. Pour obtenir le même rendement il vous faudra 2 fois plus d'emprunt ancien (à 2 %). Il faudrait être fou pour acheter 2 fois plus d'emprunt pour obtenir le même rendement (soit 200 euros au lieu de 100 pour l'emprunt nouveau). Votre emprunt ancien perdra donc la moitié de sa valeur pour se mettre à l'unisson avec les nouvelles conditions de marché.
Si par hasard les taux d'intérêt restent au même niveau, une fois la crise passée et l'aversion au risque en diminution, les investisseurs se tourneront vers des placements plus lucratifs et c'est alors le marché des actions vers lequel ils se tourneront. La conclusion est la même. Pour un investisseur privé, il faut se tenir à l'écart des emprunts d'état et des fonds et sicav obligataires ou d'emprunts d'Etat et dettes souveraines.
La conclusion s'impose d'elle-même. Pour celui qui veut se constituer un portefeuille, la période actuelle commence à devenir intéressante. Le problème est un problème de choix. C'est à vous de faire les choix. Je vous convie donc à ma conférence (gratuite) au Salon de l'analyse technique, le vendredi 20 Mars à 10 heures dont le thème est le suivant : L'analyste détective ou comment obtenir la « conviction intime » par l'analyse technique. Invitation gratuite sur http://www.salonat.com Nous examinerons d'autres conséquences de la crise actuelle lors d'un prochain article.