Andréa Brignone Associé Exact
Andréa Brignone, associé Expérience et Action et auteur du Tao de la Bourse et du Trading, est économiste, chargé d’enseignement à Paris II Panthéon Assas. Auteur de l’encyclopédie de l’économie de Larousse, il est également expert auprès de la Commission Européenne. Conférencier …
(BFM Bourse) - Nous avons vu dans l’article précèdent quels étaient les éléments qui nous permettaient de faire des choix de portefeuille à long terme (c'est-à-dire entre 7 mois et trois ans). Pour pouvoir rassembler ces éléments et en faire un critère de choix, il est nécessaire de se référer à la notion de risque. En effet, selon le risque que l’on est prêt à faire courir à son portefeuille (et bien sûr en ayant pour contrepartie un espoir de gains plus élevés) on sera amené à privilégier tel ou tel secteur et telle ou telle entreprise.
Un choix plus risqué orientera l’investisseur vers des secteurs de technologie ou des secteurs nouveaux dans lesquels les ventes fluctuent fortement et où les bénéfices peuvent varier de façon importante. Un choix plus prudent amènera l’investisseur à privilégier des secteurs où la demande est établie et constante et où le poids des investissements et le savoir faire entrepreneurial et industriel sera plus marqué. Prenons un exemple.
Dans le cadre de choix à risque modéré on pourra choisir un titre comme l’Air liquide qui est l’un des deux leader mondiaux dans un secteur où le droit d’entrée est élevé et pour lequel il est nécessaire de disposer de compétences techniques, financières et commerciales importantes. L’entreprise ne dépend pas des effets de mode et la demande n’est pas fonction du seul effort marketing. Celle-ci sera naturellement fonction de la croissance mondiale mais dans ce domaine on peut légitimement se dire que elle ne disparaître pas du jour au lendemain. Ceci étant, il est nécessaire de se poser la question de savoir si l’équipe dirigeante est à même de faire en sorte que les flux de valeur ajoutée se transforme en bénéfice et si elle est en mesure de faire le nécessaire pour assurer le développement.
Sans descendre dans le détail de l’analyse fondamentale, on regardera la croissance du chiffre d’affaire. Ensuite le rapport chiffre d’affaire divisé par le nombre de salariés, ce qui nous donnera une mesure de la productivité humaine. Pour nous rassurer ce chiffre doit être en augmentation. Attention il faut tenir compte d’effets particuliers comme les acquisitions, les variations de change etc. Dans certaines activités le coût des matières premières et de l’énergie peuvent considérablement impacter les résultats. Dans une activité comme celle de l’Air Liquide le montant des immobilisations corporelles a une grande importance. Il doit augmenter avec le temps sans compromettre l’équilibre financier. Ce qui veut dire que les dettes ne doivent pas trop augmenter. (Pour cela regarder par exemple le rapport endettement/ chiffre d’affaire, Résultat net / Endettement, Frais financiers/chiffre d’affaire et bien d’autres). Finalement pour avoir une idée sur l’opportunité de rachats externes, regardez si les écarts d’acquisition sont à l’actif ou au passif. N’oublions pas que ce qui a plombé en particulier France Telecom dans le passé sont les dettes et les écarts d’acquisition négatifs.
L’analyse rapide, je dis bien rapide de ces chiffres donneront une solide idée de la façon dont l’équipe dirigeante gère la société. Nous en déduisons que pour mettre à long terme une action en portefeuille, il faut connaître la politique qui est menée par l’équipe dirigeante, ce qui nous fait conclure que ce choix se portera sur des équipes qui sont en place depuis au moins quatre ou cinq ans et qui ont donc fait leur preuves. La biographie des dirigeants nous y aidera.
D’autres éléments peuvent aider à se faire une opinion : l’entreprise communique t’elle ses résultats futurs et ses prévisions de chiffre d’affaire de façon réaliste ? Comment réagit l’équipe dirigeante face à une crise si cela a été le cas ? A quoi correspondent les provisions pour risque ? Il est toujours possible d’affiner la connaissance d’un actif en examinant d’autres éléments.
Ceci étant fait il nous reste à regarder comment le marché perçoit l’actif. L’analyse technique va nous y aider. Ici encore, nous n’avons pas besoin de techniques sophistiquées.
Revenons à l’Air Liquide. L’analyse rapide des chiffres nous donne une opinion plutôt positive mais nous constatons aujourd’hui que les cours sont assez éloignés en mensuel de leur moyenne 40 et même de leur moyenne 13. D’autre part le stochastique a plutôt tendance à être sur acheté. En hebdomadaire nous constatons la même chose sauf que les cours sont au dessous de la moyenne 13. L’analyse technique nous dit que le moment n’est pas venu d’acheter. Nous garderons un œil sur la valeur mais nous considérons que le risque de baisse est important et nous nous abstenons pour le moment en attendant que les cours soient plus prés des moyennes.
Pour investir à long terme, il faut que nous ayons une adéquation entre l’analyse technique (simple) et une analyse fondamentale (élémentaire). Une analyse technique qui ne corrobore pas l’analyse fondamentale prouve que le marché a un doute aux niveaux actuels. Il faut donc s’abstenir pour le moment.
Attention : Il ne s’agit que d’un exemple et en aucun cas une recommandation. Les analyses simples ont un intérêt pédagogique et n’ont pas de valeur en tant que telle.