Andréa Brignone Associé Exact
Andréa Brignone, associé Expérience et Action et auteur du Tao de la Bourse et du Trading, est économiste, chargé d’enseignement à Paris II Panthéon Assas. Auteur de l’encyclopédie de l’économie de Larousse, il est également expert auprès de la Commission Européenne. Conférencier …
(BFM Bourse) - « A long terme nous serons tous mort ». C’est en ces termes que John Maynard Keynes réfutait ses contradicteurs qui lui faisait remarquer que sa théorie n’incluait pas le long terme. Dans une époque où la détention moyenne d’un actif par les fonds est évaluée à 7 mois, il est certain que la notion de long terme s’est particulièrement amenuisée. Ce qui n’empêche pas Warren Buffet de prendre des positions entre 8 et 10 ans et d’être un des hommes le plus riches du monde et son fond l’un des plus performant qui soit.
On peut estimer actuellement que l’expression « long terme » puisse prendre en compte des périodes de 3 à 5 ans voire plus. Sur la place de Paris, les prises de positions de ce type qui se sont avérées fort rentables ne manquent pas : de 2003 à nos jours Air France de 7 euro à 36, Vallourec de 9 à 220, AGF de 20 à 130, Wendel de 20 à 120 Etc. Naturellement sur la même période d’autres ont stagné ou baissé. Qu’est ce qui a fait que ces valorisations ont été possibles de façon continues et en quatre ans (ce que nous définissons comme le long terme dans cet article) ?
D’abord et il ne faut pas se leurrer, cela a été rendu possible grâce à la simple « danse des marchés ». En 2003, les marchés ont touché le fond et se sont redressés par la suite, ne serait ce que par simple effet mécanique.
D’autre part, une politique d’argent bon marché a été mise en place par la FED, ce qui a contribué à fournir au marché des liquidités abondantes. Et enfin, la hausse du pétrole a renforcé le montant des liquidités en circulation ; les Etats-Unis se contentant de produire des dollars pour payer leur énergie. Cet afflux d’argent au lieu de produire des effets inflationnistes sur le marché des biens et services (quoique celui qui fait son marché tous les jours peut constater d’importantes différences de prix depuis 2003 mais cela relève d’un autre mécanisme) a produit des effets inflationnistes sur le marché des actifs, immobiliers et actions. (Les marchés des biens et services se trouvant approvisionnés par de nouveaux offreurs comme la Chine et l’Inde par exemple).
Maintenant qu’est ce qui a fait la différence entre les actions qui ont beaucoup monté et les autres ? Quand on regarde d’un peu plus prés on peut constater que les raisons peuvent être multiples.
D’abord des situations de marché. C’est le cas de Vallourec, qui porté par la vague de forages pétrolier s’est trouvé en position de force. Mais pas seulement. Car même si le marché devient très porteur, faut-il encore pouvoir répondre à la demande et avec les produits qui y correspondent. Ce qui implique des hommes qui connaissent leur travail, des moyens de productions adaptés et la capacité de trouver de l’argent pour faire aboutir les projets.
Cet exemple nous donne quelques premières pistes. Le cas Wendel ou Air France nous donneront aussi des pistes : une volonté de développer un projet sur des marchés porteurs.
Maintenant regardons le domaine du luxe pendant la même période. LVMH est passé de 35 à 81 et PPR de 47 à 114. La valorisation de l’industrie du luxe n’a fait que doubler alors que l’industrie et certains services ont été jusqu’à multiplié 6 fois la mise initiale. Le constat a de quoi surprendre, alors que l’on nous serine à longueur de journée que l’avenir est dans les produits de luxe et dans les services quaternaires. En réalité les marchés valorisent l’industrie et les services complexes parce qu’ils représentent des potentialités importantes dans l’évolution des économies mondiales. Et c’est ici que nous rejoignons Warren Buffet. Les entreprises qui se développent fortement à long terme sont celles qui répondent à des besoins indispensables. Besoins indispensables des individus ou des entreprises.
Ainsi sans regarder les bilans en détails (ce qu’il faut naturellement faire quand on prend une position à long terme, tout en sachant que les bilans ne représentent que le passé) on peut essayer de mettre en place quelques critères pour choisir une action à long terme :
-Les produits de l’entreprise sont ils ou non indispensables à la vie et à l’économie moderne ? -L’équipe dirigeante est-elle à la hauteur d’un vaste projet ? (Nous reviendrons sur ce point lors d’un prochain article, car il fait souvent toute la différence). -Le niveau technique de l’entreprise est ‘il reconnu et considéré ? -L’entreprise dispose t’elle des moyens de productions directs ou indirects permettant de faire face à un afflux de la demande ? -L’entreprise sait-elle lever des capitaux sans réduire sa valorisation ? -L’entreprise sait ‘elle communiquer ? -Les dépenses de marketing de l’entreprise sont elles à un niveau raisonnable ? (Nous reviendrons aussi sur ce sujet).
Ces premiers éléments nous permettent de choisir les secteurs et les entreprises qui ont des chances de se développer sur le long terme. Nous verrons dans un prochain article comment mettre tout ces éléments ensembles pour pouvoir faire des choix concrets.