Andréa Brignone Associé Exact
Andréa Brignone, associé Expérience et Action et auteur du Tao de la Bourse et du Trading, est économiste, chargé d’enseignement à Paris II Panthéon Assas. Auteur de l’encyclopédie de l’économie de Larousse, il est également expert auprès de la Commission Européenne. Conférencier …
(BFM Bourse) - Fidèle à mes ancêtres romains, je prend mes quartiers d'été (les canniculae) près de la mer. Prétexte en réalité à sortir de l'environnement sinistre qui nous a été concocté par des baudruches gonflées qui continuent à sévir : si je sors ma pipe, je vois les yeux se froncer, si je commande du vin au déjeuner, mes voisins gavés d'eau minérale me prennent pour un alcoolique et comme je ne suis pas obsédé par mon « capital santé » comme disent certains crétins du marketing, je vois l'air grave de mes interlocuteurs qui me prennent pour huluberlu. Bref, loin de tous ces fâcheux, je peux laisser mon esprit vagabonder et regarder ce que les gens importants appellent d'un ton pénétré la « grise » pardon, la crise avec des roulades d'yeux. Au lieu de m'user les oreilles à écouter les derniers chiffres (ceux du Michigan Institute, ceux du chômage, l'indice de confiance des Schtroumpfs etc..) et autres nouvelles qui ne sont que des arbres qui cache la forêt, j'ai préféré réécouter Brassens afin de retrouver un peu de fraîcheur et d'imagination. Et sortir de la pensée unique !
D'abord, ne nous étonnons pas qu'il y ait une crise. C'est tout à fait normal. Les cycles économiques existent. Contrairement à ce que nous disent un certain nombre de spécialistes d'économie politique qui croient à l'efficacité des politiques économiques (ah ! les Keynesiens !), alors que les choses vont tout bonnement leur train. Ceux d'entre vous qui ont pu assister aux conférences de la journée de l'Université de l'Afate (Association Française des Analystes Technique), ont pu avoir une piqûre de rappel sur les cycles économiques. Nous arrivons à une conjonction de différends cycles : Kondrattief (environ 40-60 ans ), Kusnets (environ 20 ans), Juglar (environ 10 ans). De plus, le prix des actifs s'était considérablement éloigné de sa valeur moyenne et les rentabilités étaint anormalement élevées. La reprise viendra tout a fait naturellement quand les marchés auront digérés les exagérations. Et quand des hommes d'imagination reprendront la barre. Et c'est ici que nous revenons à Brassens. Grand Dieu ! Que ces « managers » sont ennuyeux et pensent que comme des moutons. Ils auraient bien besoin d'écouter les chansons d'un homme qui pensait en dehors des sentiers battus.
Justement parlons un peu des managers. De par leur formations et leur environnement, la plupart ne sont que des … managers ! C'est-à-dire des gestionnaires, aux mieux, et non des visionnaires. Or, dans une époque comme celle que nous vivons, nous avons besoin de « Capitaines Tempêtes » c'est-à-dire de gens qui soient suffisamment visionnaires pour voir la forêt derrière l'arbre. Faites un essai ! Demandez vous quels patrons du CAC 40 sont des visionnaires. Pour cela, ne vous jetez pas sur les journaux et magazines qui parlent d'eux ou qui les interviewent. Prenez leurs discours aux assemblées générales ! Et rejetez impitoyablement tous ceux qui vous servent des poncifs du style « nous avons pris toutes les mesures pour résister à une baisse de l'activité » ou encore « la société est suffisamment solide pour résister à la tempête » etc. Privilégiez les hommes qui vous disent comment ils profitent de la situation présente pour gagner de nouveaux marchés ou quels techniques nouvelles il vont mettre en œuvre. Le manager d'une grande société qui licencie en période de crise n'est pas un bon manager. Pourquoi ? Parce qu'il profite de la crise générale pour passer inaperçu, alors qu'il devait le faire avant, en se débarrassant de la « graisse inutile ». C'est dur, mais c'est son rôle. Mais il avait peur de l'opinion publique. Vous n'avez pas besoin d'investir dans les sociétés dirigées par de tels hommes. Ne croyez pas que leur conduite était dictée par la responsabilité sociale. Au niveau de grands groupes on pratique ce que l'un de mes amis russo-canadien, spécialiste de relations humaines appelle le micro-management : on ne fait face qu'à l'urgence, sans autre vision que celle de sa carrière. On ordonne et on contrôle, au lieu de créer les conditions d'un développement permanent. L'entreprise est gérée selon un calendrier : faire apparaître des résultats à court terme pour des motivations personnelles (bonus, salaires, autre poste convoité etc. ) au lieu d'agir en permanence sur la transition, c'est à dire sur le devenir. Exactement comme un trader qui ne regarde que l'objectif, sans analyser ce qui se passe réellement sur le marché et les risques qu'il prend (voir sur mon blog : Chercher à éviter les signes noirs).
Quelques nouvelles passées inaperçues: la Banque Centrale Européenne a prêté à 1121 établissements financier un montant de 442,24 milliards d'euros à un an au taux de 1%. De ce fait l'Eonia à 24 heures (taux des prêts interbancaires est passé de 1,386 % à 0,388 %, les banques ont le moyen de se refinancer. A elles de jouer ! Souhaitons que ces banques ne vont pas se contenter de faire du crédit immobilier, mais qu'elles financeront des projets industriels. Faut il encore qu'il y ait en face des projets ! Quoique l'on en pense les conditions d'une reprise sont en place. Mais ce qu'il est important d'observer maintenant ce n'est pas la date de fin de crise, qui n'a aucun intérêt et encore faut-il se mettre d'accord sur ce que signifie la fin de crise, mais la façon dont se fait cette fin de crise c'est-à-dire quels sont les éléments qui se mettent en place lors de la transition. Malgré les hauts cris des gouvernants de la planète, on s'achemine vers une augmentation de l'inflation pour résoudre le problème des Etats.
Réfléchissez à ce constat et tirez en les conséquences pour vos placements : -Privilégiez les placements qui bénéficieront de l'inflation. -Privilégiez les actions des sociétés qui ont un fort potentiel de croissance, c'est-à-dire celles qui font des bénéfices dans les pays à fiscalité moins élevée que la nôtre et qui sont sur des marchés émergents. Les pays qui consacrent une grande partie de leur PIB à la soi-disant solidarité sont les pays qui ont le moins d'argent à investir donc à croissance faible.. -Privilégiez les actions des sociétés qui disposent de technologies innovantes dans les domaines industriels, des technologies de l'information, de l'énergie et dans l'économie des matières premières. -Privilégiez les sociétés qui ont de véritables entrepreneurs à leur tête.
-Méfiez vous des sociétés dont les clients sont les puissances publiques : les Etats n'auront pas les moyens d'investir dans la phase de reprise. -Méfiez vous des sociétés trop grosses dont les délais de réaction sont trop lents. -Méfiez vous des modes : par exemple, les sociétés orientées vers le vert demandent encore à prouver leur rentabilité. Par contre, les sociétés qui sont en mesure de proposer de véritables solutions, par exemple dans le domaine de l'énergie sont à regarder avec soin : pompes à chaleurs, liquéfaction des gaz, cellules solaires etc. a condition de ne pas les surpayées. De même, méfiez vous des sociétés qui sacrifient à la mode : responsabilité sociale, mode verte etc... Les sociétés sont faites pour gagner de l'argent avant toute chose !