Andréa Brignone Associé Exact
Andréa Brignone, associé Expérience et Action et auteur du Tao de la Bourse et du Trading, est économiste, chargé d’enseignement à Paris II Panthéon Assas. Auteur de l’encyclopédie de l’économie de Larousse, il est également expert auprès de la Commission Européenne. Conférencier …
(BFM Bourse) - Nous sommes décidemment complètement dans la pièce de Samuel Beckett dans laquelle deux clochards attendent un dénommé Godot qui est censé les sauver et l'attendent indéfiniment. Toutes les « élites » de nos pays européens et en particulier chez nous, attendent le Président Obama comme un faiseur de miracles : la crise ne sera plus tout à fait la crise quand il aura pris les commandes, semble-t-il. Et si cela ratait, naturellement ce sera la faute de sa politique. Certes les Etats-Unis sont un acteur plus qu'important de la vie économique, et ils l'ont malheureusement prouvés : la crise leur est quand même imputable, non ? Mais cela révèle surtout l'état d'esprit de ce qu'il convient désormais d'appeler les « élites » et que Raymond Barre appelait plutôt le « microcosme ». Cet état d'esprit est celui de l'irresponsabilité. Irresponsabilité dangereuse et butée quand on voit des banquiers ne pas renoncer à leur bonus alors qu'ils ont fichu les actionnaires, les épargnants et leur personnel dans la panade. Certes vous allez me dire que ces gens sont des « managers », c'est-à-dire des gens payés pour exécuter un projet. Justement, le problème est qu'il ne l'exécute pas, le projet ! Ils se comportent comme s'ils étaient à la tête d'une administration. Ce dont ils sont issus pour une grande partie d'entre eux. Dans de nombreux pays, ils ont été obligés d'abandonner non seulement leur bonus mais aussi leur poste. Chez nous rien. Il serait temps de revenir aux vrais règles du capitalisme : qui casse, paye ! Et non à ce capitalisme d'opérette où l'on se préoccupe plus des assurances et des garanties que de résultats réels. Dans un monde où il y a déjà trop de réglementation et de régulation, contrairement à ce que certains disent, il faut revenir à la vraie règle de l'économie libérale : on est responsable de ses actes et l'on est jugé aux résultats de ses actes. Bref, tout cela pour dire, qu'au lieu de profiter de ce moment pour imaginer d'autres solutions, d'autres produits, d'autres services, nos penseurs ne pensent que réglementation, et attendent pour voir ce que le Président Obama va faire.
En Chinois la crise s'écrit avec deux caractères : wei et ji . Le premier veut dire danger, le deuxième opportunité. Une crise est le moment où l'on se repense car de nouvelles opportunités surgissent. Il faut les saisir au lieu d'attendre Godot…
C'est pour cela qu'en guise de vœux pour l'année 2009, je vous souhaite de prendre vos investissements en mains, de ne pas attendre qu'un quelconque Gourou vous indique la voie à suivre et surtout de ne pas sombrer dans l'attentisme. Sauf si vous voulez vous contenter du nouveau produit phare des banques, qui a demandé certainement une grande créativité pour être mis en œuvre, et qui ne rapportera bientôt plus rien : le Livret A. Je ne dis pas qu'il ne faut pas écouter les informations, lire les analyses. Mais il faut les compléter par un travail personnel en se posant la question : est-ce que cet investissement est fait pour moi ? Et pour aller plus loin dans cette voie, il faut se poser les questions sur sa maturité, sa liquidité, son risque, ses performances possibles, et quels sont les hommes qui le gèrent. Confiance implique contrôle. Et c'est à vous de contrôler ce que l'on fait de votre argent. Et encore, vous avez eu l'occasion de voir que l'on ne pouvait pas vraiment faire confiance. Même avec la pierre, investissement chéri de tous les français, vous avez pu constater que l'on ne pouvait pas faire confiance : les agents immobiliers vous assuraient que l'on était parti pour des années de plus-values. Ils vous disent maintenant que cela a moins baissé qu'ailleurs. C'est vrai, étant donné que l'on en est qu'au début. Soyez contrarien, méfiez-vous des consensus. Les consensus sont manipulés par ceux qui ont quelque chose à vendre qu'ils n'ont pas encore vendu. Rappelez vous de l'anecdote du coiffeur : quand celui-ci vous parle d'un investissement, c'est qu'il est temps de s'en débarrasser. De même tout le monde vous parle de crise. C'est qu'il est temps de commencer à s'intéresser aux investissements. De façon sélective ! A ce propos, tout le monde dit que l'économie virtuelle est morte et que ce qui compte c'est la « vraie économie ». Par exemple, les voitures, n'est ce pas ? Elles ont l'avantage d'être une véritable rente pour l'Etat. C'est d'ailleurs la vraie raison pour laquelle on veut aider les constructeurs, en dehors du fait que la faillite de ces derniers mettrait en danger la paix sociale, du fait du nombre de gens qui iraient au chômage. Mais on a tellement pressuré les utilisateurs de l'automobile que ceux-ci ont réagi : en n'achetant plus de véhicules. Pariez sur l'économie virtuelle et sur les supports de l'économie virtuelle, la technologie. Mais attention dans ce domaine plus que dans les autres, il faut soigneusement analyser les projets. Soyez attentif aussi à l'industrie. Lors du redémarrage, il y a des chances que l'on ait fortement besoin d'investir parce que l'on aura tardé à le faire. Il ne faudra pas s'intéresser à ces actifs quand la reprise sera là car ils vaudront nettement plus cher. En un mot, gardez à l'esprit le vieil adage : la bourse c'est simple : il suffit d'acheter quand c'est bas et de revendre quand c'est haut ! J'essayerai de vous y aider dans le futur et vous dirai comment dans mes prochains articles.
Bonne année.