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Andréa Brignone : Deuxième partie

vendredi 12 septembre 2008 à 10h03
Andréa Brignone

Andréa Brignone Associé Exact

Andréa Brignone, associé Expérience et Action et auteur du Tao de la Bourse et du Trading, est économiste, chargé d’enseignement à Paris II Panthéon Assas. Auteur de l’encyclopédie de l’économie de Larousse, il est également expert auprès de la Commission Européenne. Conférencier …

(BFM Bourse) - Dans la partie de poker menteur que jouent les États-Unis et la Russie, l'Europe a une carte à jouer, distincte de celle des Américains. En effet, nos objectifs, nos zones d'influence, et notre modèle économique ne rejoignent pas forcément ceux des Américains. Certes, nous avons intérêt comme d'ailleurs le reste du monde, à ce que l'économie américaine se porte de la meilleure façon possible. En effet, quand cette dernière connaît des problèmes, c'est le reste du monde qui en réalité paye les pots cassés. L'organisme de transmission en est le dollar. Trop de dollars en circulation et mécaniquement les autres devises augmentent. Réduisant ainsi l'avantage compétitif des autres pays. D'autres part, seuls les États-Unis offrent actuellement des possibilités de placement suffisamment importantes pour pouvoir y placer des capitaux excédentaires du reste du monde. De ce fait, toujours mécaniquement lorsque les marchés financiers américains sont en petite forme, c'est l'épargne du reste du monde qui en subit les dégradations.

Ceci étant, l'Europe dans son ensemble dispose de possibilités, qui si elles étaient exploitées, seraient en mesure d'attirer massivement les capitaux étrangers. Mais cela demande une véritable ouverture des marchés qui est loin d'être comprise tant par l'opinion publique que par les hommes politiques. Quelques exemples : la fusion Suez Gaz de France alors que d'autres solutions d'une rationalité industrielle plus grande possible, le ratage de la fusion Alitalia-Air France, le manque de concurrence bancaire en France etc.

Ainsi, bien que la notion d'entreprise, « champion européen» contienne une dose de rodomontade, elle correspond à un réel besoin économique, dû à la fois aux économies d'échelle, au besoin de la recherche, et à la nécessité de trouver des capitaux. Un autre impératif doit guider les entreprises européennes : c'est celui de la recherche de débouchés d'une part et de sources de matières premières d'autre part.

- En ce qui concerne les débouchés, les pays de la CEI offrent un potentiel de marché de grande importance. De fait, dans la situation actuelle, les exportations vers les États-Unis représentent 23 % des exportations de l'Europe unie alors que la CEI n'en représente que 9 % (chiffre de 2006). Cependant les exportations vers la CEI augmentent rapidement et continueront à augmenter pour une raison simple. Les produits européens peuvent s'y vendre sans adaptation particulière. En effet, même si la concurrence est vive, les consommateurs de la CEI ont des modèles culturels très proches des nôtres, ce qui n'est pas toujours le cas des Américains.

- En ce qui concerne les matières premières et en particulier l'énergie, il est évident que l'intérêt de l'Europe est d'avoir de bonnes relations avec les pays de la CEI. Mais cela ne pourra se faire qu'en prenant en compte aussi les besoins de l'autre partie, et en développant de véritables projets de coopération. Cette voie est certes difficile, mais elle aura l'avantage d'ouvrir des horizons dont les Européens ont bien besoin. C'est la stratégie qui a été mise en place par les entreprises allemandes.

- Ce qui vient d'être dit pour la CEI est aussi valable pour l'Afrique dont nous avons une certaine expérience.

- Ainsi du point de vue économique, l'Europe a intérêt à développer sa propre stratégie indépendamment des intérêts américains. En effet le temps des blocs est révolu et ce d'autant plus que l'économie de marché s'impose à tous, Chine y compris. Notre niveau de vie dépendra de notre habilité à développer notre modèle culturel, qui contient une grande dose de diversité, plutôt que d'adopter un modèle qui a été créé pour une société très différente de la nôtre. Si nous adoptons définitivement le modèle américain, nous ne pourrons être que suiveurs, et donc continuer à dépendre et à payer pour un système qui n'est pas le nôtre. La crise des subprime est là pour nous le rappeler.

- Quelles conclusions tirer de cela pour un investisseur à long terme ? Si l'Europe a une politique d'indépendance et une ouverture active vers les pays de la CEI, de l'Afrique et des autres pays émergents , les sociétés européennes qui ont l'expérience de ces marchés seront favorisées, et disposeront d'un atout compétitif par rapport aux sociétés américaines. Il faudra donc rechercher les sociétés qui ont à la fois le savoir-faire en matière d'exportation et d'implantation à l'étranger d'une part, et la maîtrise de leur secteur (par exemple comme Véolia, Air Liquide ou LVMH entre autres). Dans le cas contraire il vaudra mieux carrément acheter des sociétés américaines. On aura les inconvénients quand cela ne marche pas, mais aussi les avantages quand les choses marchent. Alors qu'actuellement nous cumulons les inconvénients. Certes, il faudra plus d'audace, aux sociétés européennes pour jouer les pays émergents plutôt que le marché américain. Mais les résultats peuvent être à la mesure des défis. La seule difficulté pour les sociétés européennes est de faire comprendre à leurs gouvernements où sont leurs véritables intérêts. A l'instar des Etats-Unis, où toute la politique étrangère est dominée par le business.

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