Andréa Brignone Associé Exact
Andréa Brignone, associé Expérience et Action et auteur du Tao de la Bourse et du Trading, est économiste, chargé d’enseignement à Paris II Panthéon Assas. Auteur de l’encyclopédie de l’économie de Larousse, il est également expert auprès de la Commission Européenne. Conférencier …
(BFM Bourse) - La croissance économique est le résultat complexe d'opportunités économiques, de la disponibilité de capitaux, de l'existence d'entrepreneurs et de l'attention des gouvernements à ne pas, par leur intervention, empêcher le fonctionnement des marchés mais au contraire à le faciliter en garantissant la concurrence. La gouvernance économique d'un pays a aussi d'autres rôles comme de faciliter le dialogue entre les partenaires sociaux de façon à permettre la résolution des conflits, et à assurer un minimum en cas de catastrophe économique pour les personnes les plus faibles de la société. Sur le dernier point, on peut dire que la gouvernance économique en France a atteint son objectif, et même au-delà, car en agissant ainsi elle a créé le concept du « toujours plus ». Concept qui a pour résultat de mettre des boulets aux pieds de la croissance, en faisant peser une charge sur l'économie française, qui est la plus lourde du monde. Il suffit de voir le classement publié par Forbes Asia. Classement, qui curieusement est sorti le même jour que la fameuse liste des paradis fiscaux.
Il faut se poser la question du pourquoi cette plongée dans le gouffre, d'un pays qui a su mettre en place de si nombreux atouts et qui ne sait pas en profiter. Nous regarderons aussi quelles en sont les manifestations, en particulier au niveau de la communication et des conséquences que cela conduira sur l'investissement dans notre pays.
Voyons d'abord le plan psychologique. Notre pays a toujours été obsédé par la sécurité. Quoique l'on en pense dans les salons, le choix pour la sécurité entraîne un choix pour la restriction de liberté et pour le goût d'un égalitarisme terne. A contrario, il a poussé une partie de la population à une recherche de l'excellence et du goût du risque. Depuis deux siècles, cette partie de la population a su faire un « marketing » remarquable du Génie français et a donné de la France une image de pays où il fait bon vivre, où la nourriture et les vins sont bons, les femmes élégantes, où l'on s'amuse et ainsi de suite.
Cependant les déchets toxiques s'accumulaient. Issus des jacqueries, de la Révolution Française, de la révolte des canuts, une frange de la population fait le choix politique de l'attitude marxiste et révolutionnaire. Ces déchets toxiques du XIXème et XXème siècles sont toujours présents, particulièrement chez nous, mais aussi en Italie et en Allemagne. Ils revendiquent tout de l'héritage du marxisme comme l'a déclaré le sénateur Mélanchon. Y compris je suppose, les 150 millions de morts. Vous me direz ce sont des extrémistes peu nombreux. Détrompez-vous ! Leur influence sur la société française est très importante (voir la popularité de Monsieur Besancenot) bien que diffuse, et entraîne les autres partis, y compris à droite à faire de la surenchère. Ces extrémistes réussissent à la faveur de la crise à étendre leur influence sur les catégories les plus pauvres et les moins formées de la population. Mais aussi dans les actes des institutions de la société. Atteignant ainsi l'objectif de paupériser le pays (technique trotskyste) dans le but de contrôler le maximum de personnes.
Regardons quelques conséquences :
-Haro généralisé sur les patrons. On prend quelques cas isolés et on en fait une cause nationale : demande des limitations des rémunérations (qui dépendent des actionnaires), limitation des bonus (qui dépendent des directions des banques et qui entraîneront le départ des meilleurs traders). Ceci se traduit par des prises d'otages. En particulier dans des sociétés à capital étranger. Cette situation fait alors réfléchir les investisseurs étrangers qui ne comprennent rien à cela d'autant plus que la protection contre le chômage est en France l'une des meilleures du monde. Le signal est cependant donné : la France est un pays dont on ne peut sortir qu'en payant très cher, si l'on a eu le malheur d'investir et si les affaires ne marchent pas.
Haro sur paradis fiscaux. Certes le fisc aimerait bien récupérer quelques sommes de particuliers qui font de l'évasion fiscale. Mais ce sont des sommes peu importantes. Les paradis fiscaux servent surtout à investir. Pourquoi ? Car ils agissent en réducteurs de risques. Si vous perdez votre investissement, cela ne changera pas grand-chose, mais si vous gagnez, votre fiscalité sera réduite. Ainsi le rapport risque/gain est minoré. C'est pour cette raison que de très nombreux investissements étrangers, largement approuvés par le gouvernement, se font à travers les paradis fiscaux. Voir les investissements des fonds comme Carlyle, Blackstone et autres grands fonds américains. Là aussi le signal est donné : Evitez d'investir en France ! Toujours la technique de la paupérisation. Les minorités trotskystes, relayées par ATTAC et par le journal Alternatives Economiques (dont il faut le signaler que l'abonnement est presque obligatoire si vos enfants préparent un bac économique), sont très agissantes sur les éléments de la technocratie.
Haro sur les actionnaires : l'assemblée générale de PPR a été exemplaire : les actionnaires doivent renoncer à leurs dividendes si on supprime des postes ! Le message est toujours aussi clair : n'investissez pas en France, vos dividendes sont menacés !
Haro sur le fonctionnement des multinationales : désormais toute société faisant plus de 400 millions d'euros de chiffre d'affaires devrait fournir à Bercy la façon dont sont réparties les marges à travers le monde, lors d'échanges entre les sociétés d'un même groupe. Toujours le même signal. La France est un pays où l'on veut vous faire payer le maximum d'impôts !
Haro sur les avoirs de trois Présidents africains. Même si le parquet a fait appel, le signal est très négatif et l'on peut se demander si à travers l'ONG qui a porté plainte, il n'y a pas un soupçon d'initiative américaine qui aimerait bien nous remplacer totalement en Afrique ! Signal : vos avoirs en France sont menacés !
Haro sur les mesures destinées à rendre l'Université plus efficace et la recherche plus opérantes. Il faut surtout que les plus mauvais continuent à sévir. Exactement comme au moment de la révolution soviétique où l'on a exécuté les vrais intellectuels pour que les ratés puissent enfin exister. Et haro sur la sélection de façon à ce que l'on puisse continuer à produire des bataillons de diplômés au chômage dans certaines disciplines qui viendront grossir les bataillons d'aigris, pain béni pour les extrémistes.
Même si toutes ces mesures et opérations diverses n'auront pas de réels impacts et peuvent trouver leur justification selon l'angle sous lesquelles on les regarde, leur existence et leur médiatisation conduisent à des signaux lourds, très négatifs pour l'avenir de l'investissement en France et pour sa croissance.
Il serait temps que le gouvernement abandonne cette course au populisme et se consacre à réduire au maximum les charges qui pèsent sur les entreprises et les contribuables afin de favoriser la reprise de la croissance. Et ce d'autant plus que l'endettement de la Nation va atteindre des sommets. Au lieu d'aller dans ce sens, il faut au contraire alléger au maximum le rôle de l'Etat et plutôt privatiser toute une série de fonctions et supprimer le maximum de contraintes administratives. On ne s'en sortira pas en alourdissant les prélèvements mais en faisant en sorte que les rentrées fiscales augmentent du fait d'une reprise vigoureuse. Et il faut surtout faire ce que l'on fait avec les déchets toxiques: les isoler ! Et ceci avec de la pédagogie et de la formation. L'image économique et sociale que donne un pays a une grande importance pour les investisseurs et sans investisseurs, il n'y a pas d'emploi. A force de faire croire que l'on doit maintenir des emplois même quand il n'y a pas de travail on aboutit à une économie asphyxiée comme l'a connue l'Union Soviétique et qui s'écroule d'un seul coup. Et l'on empêche tout investissement créateur d'emplois.