Andréa Brignone Associé Exact
Andréa Brignone, associé Expérience et Action et auteur du Tao de la Bourse et du Trading, est économiste, chargé d’enseignement à Paris II Panthéon Assas. Auteur de l’encyclopédie de l’économie de Larousse, il est également expert auprès de la Commission Européenne. Conférencier …
(BFM Bourse) - Rien n'a changé ! Bien au contraire ! Les chiffres américains sont plutôt mauvais. Mais rien n'y fait: les marchés sont portés par le nouvel espoir que plus les choses iront mal et plus la Fed aura tendance à baisser ses taux. Les fabricants d'acier prévoient d'ouvrir des usines à tout va et les investisseurs à long terme achètent de l'Arcelor Mittal sans se demander ce qui va arriver quand toutes ces usines (et pas seulement celles d'Arcelor mais celles de Silverstal et d'autres) se mettront à produire à pleine capacité. On a oublié la crise de la sidérurgie des années 70-80. Certes la situation n'est plus la même, mais les surcapacité cela existe. Mais foin de tout cela, Mittal est à la mode ! Et Dieu sait si les cabinets d'analyse sont des fashion victims ! Mais que l'on ne me fasse pas dire que l'économie mondiale est au bord de la récession ! J'ai largement dit le contraire en particulier pendant le mois d'Août !
Tout cela pour dire qu'à court terme les fondamentaux sont en général oubliés et les opérateurs se concentrent sur des nouvelles souvent sans importance réelle et emballent le marché.
L'efficience des marchés est donc souvent mise en cause par un certain nombre de spécialistes dont le prix Nobel Daniel Kanheman. Qu'est ce à dire ?
La première distinction à faire est entre le court, moyen et long terme. Sur le long terme on peut constater qu'un actif qui a de bons fondamentaux, a une très forte probabilité d'avoir une évolution de cours conforme à ces fondamentaux.
Sur le moyen terme la chose est plus difficile à déterminer. En effet, non seulement il faut que l'actif ait de bons fondamentaux mais en plus le niveau de la communication financière, l'attitude des dirigeants et cette chose un peu mystérieuse que l'on appelle la cote d'amour joue d'une façon importante. J'ai d'ailleurs développé une méthode d'analyse pour détecter les anomalies qu'il peut y avoir entre ce que l'action devrait coter et ce qu'elle cote réellement. Cette méthode permet aussi de rechercher les raisons pour lesquelles le marché ne lui donne pas son prix. C'est ce que j'appelle la «Cognitique Financière Stratégique». Cette méthode permet de déterminer les actifs sous-évalués mais a contrario, permet aux directions des entreprises de détecter que quelque chose ne va pas dans le fonctionnement de la firme et de le corriger
Maintenant venons en au court terme. Les variations à court terme ont une influence considérable sur les opérateurs boursiers. Pas seulement chez les traders mais aussi chez les investisseurs : il n'est jamais agréable de voir que l'actif que l'on a mit en portefeuille commence sa carrière dans vos avoirs, par une baisse marquée.
Dans les périodes d'inquiétude et lorsque l'horizon est moins clair, les phénomènes psychologiques prennent le pas sur les arguments rationnels.
A l'instar de l'inquiétude chez l'être humain qui voit sa capacité de raisonnement obérée par la peur (le cerveau primitif prend le pas sur le néocortex pour mobiliser l'ensemble du corps au vieux réflexe devant le danger : fuir ou combattre et rien d'autre), l'inquiétude semble transformer aussi la communauté des opérateurs en un gigantesque cerveau qui n'obéit plus qu'à d'étranges neuraux transmetteurs générés par la peur ou l'impression de rater quelque chose.
Parallèlement un autre réflexe psychologique bien connu du corps humain apparaît : les opérateurs ne veulent pas voir ce qui pourrait être désagréable. Les marchés recherchent le confort, même si par la suite ils doivent en payer un prix plus important. Ils préfèrent se raccrocher à toute bonne nouvelle même sans importance. Mais cet état ne dure pas si des problèmes fondamentaux subsistent. On rencontre la plupart du temps cette situation dans les périodes de consolidation ou d'évolution latérale. Après, soit les fondamentaux sont restés sains et l'on repart à la hausse ou alors si ce n'est pas le cas, on part à la baisse. Dans le premier cas les mauvaises nouvelles n'ont pas d'influence sur la hausse des cours (sauf les nouvelles ciblées sur un actif ou une action déterminé) .Dans le dernier cas les bonnes nouvelles n'ont plus d'influence sur les cours et n'arrêtent pas leur chute.
La situation actuelle est plutôt malsaine. Car les mauvaises nouvelles américaines font monter les cours sous prétexte que cela motivera la Fed à baisser les taux. Mais la question qui se pose est : est ce que la Fed s'occupe vraiment des marchés financiers ou simplement des besoins de liquidités des organismes bancaires ? S' il y a contraction de l'activité, les besoins de liquidité diminueront et si un équilibre est obtenu, la Fed ne baissera plus les taux. D'autant plus que la baisse des taux a une influence sur le cours du dollar et donc sur l'attractivité du placement en dollars. Par contre, elle peut favoriser les exportations américaines mais cela est moins sûr compte tenu de la structure de ces exportations. Elles renchérira d'autre part le coût des importations et réduira de ce fait le pouvoir d'achat de l'américain moyen.
Que sera le futur proche ? Je ne peux répondre qu'en utilisant la réponse du vieux sage Taoïste à qui l'on demandait si un quidam de son village était mort ou vivant : «Mort je ne sais pas, vivant je ne puis le dire !».
Mais plus que jamais ayez l'oeil sur vos graphiques : ce sont les chandeliers (japonais bien sûr !) qui éclairent l'avenir.