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Andréa Brignone : Comprendre la gestion du risque bancaire

jeudi 21 février 2008 à 17h05
Andréa Brignone

Andréa Brignone Associé Exact

Andréa Brignone, associé Expérience et Action et auteur du Tao de la Bourse et du Trading, est économiste, chargé d’enseignement à Paris II Panthéon Assas. Auteur de l’encyclopédie de l’économie de Larousse, il est également expert auprès de la Commission Européenne. Conférencier …

(BFM Bourse) - Les résultats des banques tombent au fur et à mesure et de nombreux actionnaires de ces banques n'y comprennent plus goutte.

Quand on interroge les banquiers sur l'exposition au risque, ceux qui sont de bonne foi vous répondent « on en sait rien » et malheureusement ils ont raison. En effet depuis la directive Bâle 2 on a conscience que l'exposition au risque d'une banque, surtout si elle est active sur les marchés financiers, varie d'une journée à l'autre pour ne pas dire d'une minute à l'autre. Et la volatilité accrue des marchés n'arrange rien.

Essayons d'y voir un peu clair.

L'accord Bâle 2 est destiné à permettre aux banques de répondre aux exigences de liquidité et de solvabilité indispensables à une profession qui repose sur la confiance. Ainsi l'accord de Bâle 2 met en lumière le fait que ces exigences reposent sur trois piliers : -Un premier pilier qui établit les conditions des exigences minimales de fonds propres -Un deuxième pilier qui établit le processus de surveillance prudentielle -Un troisième pilier qui définit les règles de discipline des marchés.

Pour comprendre l'utilité de ces piliers il faut d'abord identifier les risques auxquels les banques sont soumises.

Les risques de crédit comprennent bien sûr tous les risques qui sont liés au défaut de paiement du débiteur qui a emprunté l'argent auprès des banques. La connaissance de la capacité de remboursement de l'emprunteur est donc fondamentale.

Si l'on se penche vers le problème des subprimes, on peut dire que ce risque a été occulté dans la mesure où le débiteur final disparaissait car sa dette était « titrisée » c'est-à-dire amalgamée et cédée sous forme de titre à un autre établissement financier qui lui-même cédait cette créance à un autre et ainsi de suite. En quelque sorte le risque de crédit finissait par se transformer en risque de marché sans que l'on sache vraiment qu'elle était la qualité de l'emprunteur final. On peut dire qu'il y a eu contournement du risque de crédit et des règles de Bâle 2, étant donné que le prêteur est censé avoir une connaissance de la capacité de remboursement de l'emprunteur ; En substituant un organisme financier à l'emprunteur final, il suffisait d'analyser la qualité de l'organisme financier cédant. Qualité qui pouvait apparaître bonne dans un contexte normal avec des emprunteurs à risque statistique normal. Le seul problème est que de nombreux emprunteurs étaient à risque de non remboursement élevé.

Le risque opérationnel comprend « les risques de pertes dues à une inadéquation ou à une défaillance des procédures, personnels, systèmes internes ou à des évènements extérieurs » autrement dit, il s'agit des risques liés à un mauvais fonctionnement de l'institution bancaire. Si ce que laisse supposer l'audit de la Société Générale est réel, nous sommes en plein dans ce type de risque. Quoique que l'on puisse y ajouter aussi un risque de marché.

Les risques de marché sont compris par tous les intervenants boursiers et c'est le risque de dépréciation de l'ensemble des actifs et des positions de la banque. En principe, pour surveiller ce type de risque, il existe de nombreuses méthodes dont la Value at Risk et dont vous pourrez avoir une explication simplifiée sur mon blog (http://taodurading.canalblog.com).

L'ensemble de ces risques va avoir une influence sur les exigences minimales de fonds propres. Supposez qu'une banque détienne des actifs qui baissent de 50 %. Les exigences minimales de fonds propres sont exprimées par un ratio dit ratio Mc Donough (anciennement elle l'était par le fameux ratio Cook qui avait posé tant de problèmes au Crédit Lyonnais par le passé).

Ce ratio dit de solvabilité bancaire stipule que les engagements des banques ne doivent pas dépasser 8% de leurs fonds propres.

Mais avec le ratio Mc Donough il faut prendre en compte le risque encouru. De ce fait la notion d'exposition au risque prend tout son sens, et si les actifs baissent du point de vue comptable de 50 % ou que ces actifs sont grevés par un risque équivalent, la banque va être considérée dans une situation de solvabilité délicate et verra sa note (le rating) se dégrader et le niveau de confiance des autres banquiers diminuer. Ce qui fait qu'elle sera pour le moins obligée de payer un surcoût, pour chaque emprunt.

Ce qui pourra la mettre en difficulté pour son activité courante.

Ainsi chaque dépréciation comptable ou chaque augmentation d'exposition au risque d'une banque affaiblit sa position (ce qui explique la crise de liquidité bancaire de cet été, où les banques ne voulaient plus se prêter entre elles par crainte d'un abaissement du rating dû à une dépréciation des actifs). Si une banque reste dans cet état, la crise de confiance survient. C'est ce qui explique que bien que la Société Générale ait fait des bénéfices, elle est obligée de demander au marché de lui fournir un supplément de fonds.

Mais le problème actuel est que il est presque impossible de se faire une idée précise de la dépréciation des actifs des banques.

Donc en un mot, si vous êtes un investisseur prudent tenez vous en à l'écart, tant que la situation ne sera pas clarifiée. Si vous êtes au contraire un investisseur qui accepte un risque élevé, il peut être intéressant de faire le pari que l'exposition au risque des banques restera au niveau que le marché lui prête actuellement, et qu'elles ne peuvent que remonter. L'analyse technique pourra utilement vous aider dans ce cas là, beaucoup plus que tous les raisonnements ou les informations plus ou moins partielles et partiales que vous pourrez glaner.

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