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Andréa Brignone : Bulle ou pas bulle ?

jeudi 12 avril 2007 à 19h37
Andréa Brignone

Andréa Brignone Associé Exact

Andréa Brignone, associé Expérience et Action et auteur du Tao de la Bourse et du Trading, est économiste, chargé d’enseignement à Paris II Panthéon Assas. Auteur de l’encyclopédie de l’économie de Larousse, il est également expert auprès de la Commission Européenne. Conférencier …

(BFM Bourse) - La notion de bulle est le cauchemar qui hante les boursiers depuis bien longtemps, mais l’expression a réellement pris droit de cité depuis la chute des marchés en 2001 à la suite de la ruée vers l’Internet.

Une simple hausse des marchés un peu brutale est-elle une bulle ? Qu’est ce qui caractérise une bulle ?

Si l’on regarde strictement les prix on peut dire qu’une bulle est caractérisée par une hausse brutale sur une période courte. Les enveloppes de Bollinger montrent d’ailleurs assez bien le phénomène (A) tandis que une hausse régulière et plus durable donne des parallèles. (B) .

Mais cela suffit t’il à caractériser une bulle telle qu’on l’entend? Cet à dire plutôt une bulle de savon qui éclaterait à un moment donné. A l’évidence non. Il faut aller chercher ailleurs que dans la simple hausse brutale des prix, qui peut être le symptôme de la bulle mais non son explication.

Pour qu’il y ait une bulle sur un actif, il faut pouvoir identifier les éléments suivants :

-la hausse rapide des prix, nous l’avons vu. -un stock d’actif qui ne croît pas à la même vitesse que la demande qui est elle même alimentée par une croissance des moyens monétaires. -l’espoir de la part des acheteurs d’une augmentation rapide de la valeur monétaire de ces actifs à brève échéance. Ce dernier point est souvent fondamental car comme on le verra plus tard sa disparition entraîne souvent le début du dégonflement de la bulle. En effet, souvent point de départ de la spéculation, cet espoir diminue au fur et à mesure que les prix atteignent des niveaux sans commune mesure avec l’actif et avec le niveau général des prix. -Un fait déclencheur momentané. Par exemple depuis le début de l’année, la vague des fusions acquisitions sur les marchés financiers.

Rechercher ce qui peut mettre fin à une bulle participe aussi de la définition de la bulle :

-La disparition de l’espoir de gains rapides de la part des acheteurs. -L’inquiétude concernant la revente de l’actif aux prix auxquels on les a acquis. -Le fait que la bulle elle même crée les conditions de son propre dégonflement. Par exemple, la hausse du coût du pétrole favorise les solutions alternatives (comme le nucléaire, l’éolien, la géothermie et autres) qui à terme sont des facteurs de baisse possibles du coût du pétrole. Le succès des émissions des dotcom en l’an 2000 a fait mettre en bourse des actifs sans valeur qui se sont rapidement dégonflés dans la mesure où désormais les acheteurs, faute de moyens financiers (du fait de la politique de restriction du Federal Reserve Board) n’étaient plus présents sur le marché. -Pour certains actifs, le fait que les causes espérées ne se sont pas produites ou simplement la prise de conscience du fait que l’actif est nettement surévalué par rapport aux besoins. Il n’y a plus de demande solvable.

Il faut noter qu’une bulle peut éclater mais elle peut aussi se dégonfler petit à petit. Comme cela a été le cas du Cac 40 du milieu de l’an 2000 jusqu’à la mi-mars 2003. Ce qui fait dégonfler la bulle est la volonté des gros opérateurs de ne pas procéder par à coup mais en essayant de sortir progressivement du marché ou en masquant la réalité.

Dans ces conditions peut on dire qu’il y a actuellement une bulle ?

En réalité il faudrait parler de plusieurs bulles.

Considérons le fait que l’expansion des moyens monétaires depuis 2003 a été la cause principale de la bulle. Cette expansion des moyens monétaires mondiaux a été voulues par la Banque Centrale Américaine pour soutenir l’économie américaine par le biais des prêts à l’acquisition immobilière et par la guerre en Irak. L’effet de ces moyens monétaire a été surmultiplié par les investissements effectués à travers les hedge funds qui utilisent le plus possible les effets de levier permis par les produits dérivés.

On aurait pu craindre une inflation au niveau des biens et des services. Mais les pays développés voient désormais leur consommation croître relativement lentement et surtout l’activité économique de certains pays comme la Chine ont permis de faire face à la demande sans que les coûts explosent. L’inflation s’est donc portée sur les actifs qui ne peuvent croître à la même vitesse.

Où en sommes nous ? Nous nous limiterons au marché français tout en regardant ce qui se passe aux Etats Unis.

En matière immobilière. Les prix ont stoppé leur ascension et en réalité les gros opérateurs vendent à particulier à Paris à des prix cassés (contrairement à ce qu’essayent de faire croire les agents immobiliers). Par exemple (Le monde du 8 avril), le groupe Westbrook s’apprête à vendre 200 logements à Paris à l’UFG avec un prix de 30 % au dessous du marché. Pourquoi ? Parce que aux prix actuels, il n’y a plus preneur. La bulle se dégonfle.

D’autre part les mises en chantiers et la demande de permis de construire sont en nettes diminutions. Les promoteurs assurent la régulation du marché.

En matière d’actifs financiers. Ici nous sommes dans un domaine beaucoup plus complexe. En effet la hausse des cours des sociétés du CAC40 correspond à une réalité. Les entreprises ont gagné beaucoup d'argent en 2006. La plupart sont en excellente santé financière et elles ont su diversifier suffisamment leurs marchés et se restructurer. Cependant leur diversification fait qu’elles dépendent désormais de l’ensemble de l’activité mondiale. Il est donc nécessaire d’étudier cas par cas pour évaluer les risques d’un dégonflement de prix. Il faut considérer que ce qui peut atteindre les Etats Unis aura une forte répercussion sur la bourse française. Il est donc important de regarder l’évolution de l’économie américaine, du dollar et de la dette américaine dont le financement est assuré massivement par la Chine et le Japon. Une baisse de l’activité de la Chine est aussi à suivre attentivement pour cette raison.

Conclusion :

Bulles il y a. Ce qu’il faut savoir c’est comment on sort de la bulle. Pour l’investisseur, il a bien sûr la solution de sortir du marché au cours actuels et de se mettre en Sicav monétaire (dont les encours d’ailleurs augmentent du fait de leur rentabilité améliorée). Mais il peut aussi adopter une stratégie de couverture en utilisant les techniques dont nous avons parlé précédemment.

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