Andréa Brignone Associé Exact
Andréa Brignone, associé Expérience et Action et auteur du Tao de la Bourse et du Trading, est économiste, chargé d’enseignement à Paris II Panthéon Assas. Auteur de l’encyclopédie de l’économie de Larousse, il est également expert auprès de la Commission Européenne. Conférencier …
(BFM Bourse) - Hausse, baisse, baisse puis hausse. Les subprimes ou ce que l'on en pense rythment les journées des boursiers. La situation est ‘elle réellement différente d'il y a deux mois ? Non !
L'activité économique est t'elle en régression ? Non ! Peut être que les Etats-Unis vont ralentir un peu, mais le reste du monde est avide de productions et les moyens financiers existent. Les fonds d'investissements américains réduiront peut être leur activité mais il est probable que des fonds chinois ou autres prendront le relais. Les opérations de carry trade seront peut être un peu moins facile mais l'argent tourne. Est-on dans une bulle ? Pas vraiment. La hausse des cours s'est faite sur des anticipations de développement fondées, contrairement à l'an 2000. Certes, certains secteurs comme l'immobilier ont vu les prix des actifs augmenter de façon anormale et probablement un ajustement se fera dans ce domaine.
Pour le moment-je dis bien pour le moment-il n'y a pas de grands changements depuis le mois de juin, sauf une vision psychologique différente. Les marchés ont besoin de croire à des chimères : OPA gigantesques, fusions, résultats mirobolants etc. Mais les fondamentaux dirigent quand même les tendances.
En réalité que se passe t'il ? Il est toujours très difficile quand on est immergé dans le bruit de fond du marché et de l'économie en général de distinguer ce qui est important de ce qui ne l'est pas. En particulier l'esprit humain a tendance à raisonner en continuité alors que l'évolution se fait par sauts. On a trop tendance à penser comme Leibniz et à se dire « naturae non facit saltus ». La nature ne procède pas par sauts. En réalité depuis la physique des quanta, on sait que la nature semble procéder par bond. Les pratiquants des marchés le savent aussi : pendant un certain temps la volatilité d'un actif se réduit, reste stable et brusquement explose. Il en est de même de l'économie. Les choses se préparent dans une sorte de magma où il est très difficile de reconnaître quoi que ce soit et brusquement quelque chose apparaît à nos yeux. Je me souviens encore d'une proposition de communication à un congrès qui avait été refusée en 1996 et que j'avais faite avec un ami mathématicien sur la comparaison de la future révolution de l'Internet comparée à la révolution opérée par l'électricité et sur les conséquences que cela entraînerait. Par charité je tairai le nom du congrès et de son comité scientifique. Tout cela pour dire que nous sommes probablement à un moment de l'histoire où des « sauts quantiques » vont s'opérer dans nos systèmes économiques.
Essayons de voir quelques exemples de ces sauts :
Dans le secteur de l'énergie, la hausse des coûts favorise les solutions alternatives. Certaines de ces solutions sont au vu et au su de tout le monde et bien d'autres sont certainement à venir.
Le secteur de l'information qui a entraîné dans son sillage l'industrie électronique recèle déjà toute une série d'applications et de procédés qui entraîneront des évolutions importantes. Prenons un exemple simple et qui semble mineur. Vous qui êtes comme moi emberlificotés dans toute une série de câbles autour et alentour de vos ordinateurs, vous avez pu goûter aux joies du WIFI (quand cela marche). Imaginez quand toutes vos connexions seront immatérielles. Et pensez aux économies de matières premières (cuivre, connecteurs, plastiques) qui en seront les conséquences et au développement des sociétés qui fournissent les interfaces. Pensez à la quantité de matières premières qu'il aurait fallu si les ordinateurs avaient la taille ce ceux d'il y a vingt ans ! Certaines sociétés fournissent même des micromoteurs biologiques ! Sommes nous dans la continuité ou la rupture ? Quelles conséquences sur le marché de certaines matières premières ?
Dans les domaines des services une véritable révolution silencieuse s'est opérée. Cette révolution n'est pas toujours le fait des fournisseurs de services mais des industriels qui ont entouré leur produit de services. Par exemple, les cartonniers ne fournissent pas seulement du carton mais un véritable service intégré de conception d'un emballage en fonction des besoins réels du client et de ses problèmes de logistique. Les fournisseurs de produits chimiques, de produits ferreux et non ferreux, de composants électroniques ne vendent plus seulement des produits mais des solutions complètes à leurs clients, leur mettant à disposition de véritables bureaux d'études. De cela l'investisseur n'en a pas connaissance et voit apparaître brusquement des profits dans des secteurs qui étaient considérés comme dormants. Saut ou continuité ? Saut pour l'investisseur mais continuité pour l'industriel.
Ainsi souvent là où l'investisseur va voir un saut, il s'agit en réalité d'une difficulté à saisir l'information.
Quelle conclusion tirer de tout cela ? Recherchez des secteurs traditionnels, apprenez à les connaître et regardez si une évolution se dessine chez certains industriels. Vous risquez alors de devenir des investisseurs heureux.