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Andréa Brignone : Apologie de la spéculation

jeudi 22 février 2007 à 12h10
Andréa Brignone

Andréa Brignone Associé Exact

Andréa Brignone, associé Expérience et Action et auteur du Tao de la Bourse et du Trading, est économiste, chargé d’enseignement à Paris II Panthéon Assas. Auteur de l’encyclopédie de l’économie de Larousse, il est également expert auprès de la Commission Européenne. Conférencier …

(BFM Bourse) - Dans l’atmosphère de la campagne électorale, le spéculateur n’est pas à la fête. Il est comme de bien entendu responsable de tous les maux. Immobilier, taux de change et bien entendu des « licenciements boursiers » et j’en passe et des meilleures. Même dans les milieux patronaux on n’hésite pas à qualifier les hedge funds de prédateurs sans foi ni loi responsable de la hausse des matières premières et de la chute des cours de bourse d’une société donnée.

On oppose aussi souvent l’investisseur au spéculateur. Le premier est un épargnant qui contribue avec le fruit de son épargne au développement des sociétés et à la création d’emplois. Cette création d’emplois qui aux yeux de certains serait la finalité de toute économie. Même dans les milieux boursiers on regarde parfois avec suspicion le day-trader ou le swing trader considérés comme de purs joueurs quand on les oppose aux gestionnaires.

Bref, le spéculateur est un vampire qui se nourrit du malheur des autres pendant que l’ « investisseur » est paré de toutes les vertus.

Essayons de remettre les choses à leur place. Il y a une différence de raisonnement fondamental entre le spéculateur et l’investisseur. Le second va tabler sur la croissance de la valeur d’un actif sur une période plus ou moins longue. Le premier va rechercher les situations anormales et essayer d’en profiter. Les deux populations ont en commun le désir de faire de l’argent.

Ces constatations vont nous entraîner à nous poser la question de savoir ce qui motive cette différence de comportement et d’essayer de nous affranchir de tout jugement moral que les politiques n’hésitent pas à émettre dès lors qu’ils recherchent des voix pour les élire.

L’investisseur table sur la continuité. Il estime qu’il dispose des éléments lui permettant de supposer que un actif donné a de sérieuses chances de s’apprécier avec le temps compte tenu d’un ensemble d’informations et de la croissance de l’économie. L’investisseur est de par sa nature même un optimiste.

Le spéculateur, lui, pense qu’à un moment donné, la situation d’un actif est sous-évaluée ou sur évaluée et qu’il peut donc intervenir contre la folie des foules. Il est aussi dans son genre un optimiste. Il parie sur le fait que la nature humaine retrouvera la raison. Ou encore que la mécanique des choses fait en sorte que les phénomènes auront tendance à revenir vers leurs moyennes. Mais il peut aussi parier sur la folie des foules qui aura tendance à exagérer tout mouvement pour le porter à son paroxysme avant de le voir retomber. Ceci sera surtout vrai si une situation aura été créée par des manœuvres peu réfléchies ou pour satisfaire une partie de la population ou un lobby.

Pour expliciter cette dernière phrase, prenons quelques exemples. Quand Soros a joué massivement contre la devise malaise, c’est parce qu’il avait constaté qu’ à la suite d’erreurs économiques cette devise avait atteint un cours trop élevé. L’intervention de l’Etat avait créé les conditions d’une opération spéculative. Quand des fonds américains se sont mis à acheter massivement des immeubles parisiens, c’est parce que un ensemble de lois et de règlements avaient fait en sorte que ces immeubles étaient devenus ingérables par leurs propriétaires (en l’occurrence essentiellement les compagnies d’assurances). Afin de ne pas être accusée de ne rien faire pour limiter la hausse des loyers, la puissance publique avait créée les conditions d’une spéculation dont elle s’est lavée les mains par la suite, sans rien faire d’efficace pour que les « découpeurs » ne donnent pas des congés massifs aux locataires, provoquant ainsi nouveau problème social dont nous ne sommes pas encore sortis. En réalité, la spéculation vient souvent d’un comportement aberrant et souvent irresponsable des hommes politiques et de l’Etat. D’ailleurs comme par hasard, les pays qui connaissent le plus la spéculation sont les pays où l’Etat intervient massivement pour effectuer une régulation qu’il devrait laisser au marché. Lao Tse disait que « l’on dirige un pays comme on fait frire un petit poisson ». Il ne faut pas trop remuer la poêle.

Finalement, on reproche aussi au spéculateur de jouer aussi bien à la hausse qu’à la baisse, contrairement à l’investisseur qui ne prend des positions qu’à la hausse. Quoique l’on en pense le spéculateur joue aussi son rôle de régulateur et corrige les excès de la hausse.

Et c’est ici que l’on peut souligner le fait que le rôle de la spéculation est de réguler, et de réguler en particulier les aberrations des Etats. Quoique que l’on en pense, ce rôle est indispensable car sinon il n’y aurait aucune limitation aux bêtises commises par des dirigeants politiques et les dirigeants des sociétés. La spéculation est le garde fou de l’économie. Certes cela peut déplaire à certains mais ce rôle est indispensable. Quand le spéculateur disparaît, la dictature apparaît et pour la détruire c’est encore aux spéculateurs que revient ce rôle. L’union Soviétique a été mise à bas par des erreurs économiques et la baisse du marché du pétrole qui ne pouvait plus nourrir les phantasmes guerriers de ses dirigeants. D’une certaine façon, on peut dire que c’est la spéculation (surtout intérieure) qui l’a détruite : seul le marché noir fonctionnait encore et certains de ses dirigeants ont compris que pour juguler ce marché noir, il fallait qu’il devienne officiel et donc que le marché devait reprendre ses droits.

Alors Messieurs et Mesdames les politiques, chérissez les spéculateurs, ils sont votre sauvegarde !

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