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Andréa Brignone : Ajustements…

vendredi 14 novembre 2008 à 18h04
Andréa Brignone

Andréa Brignone Associé Exact

Andréa Brignone, associé Expérience et Action et auteur du Tao de la Bourse et du Trading, est économiste, chargé d’enseignement à Paris II Panthéon Assas. Auteur de l’encyclopédie de l’économie de Larousse, il est également expert auprès de la Commission Européenne. Conférencier …

(BFM Bourse) - Il est bien difficile de se faire réellement une idée de la situation économique actuelle. Les dernières statistiques nationales donnent une récession technique en Italie et en Allemagne et pas de récession en France. En réalité, nous sommes en panne de croissance et le 0,14% de croissance que l'on nous annonce entre largement dans la marge d'erreur. Il est certain qu'il ne faut pas faire de triomphalisme et que nous sommes à l'unisson des autres pays. Mais en réalité cette question n'a aucun intérêt sauf pour entretenir les conversations. La vraie question est quand reprendra la croissance ? Et quelles conditions doivent être remplies pour qu'elle reprenne ? La mode du temps attribue à l'Etat un rôle moteur pour la reprise. Cela serait peut être vrai s'il s'agissait d'une crise conjoncturelle. Et les états ont un rôle à jouer : celui d'enlever le maximum de blocages à la croissance. Autrement réduire leur interventionnisme au minimum. Car l'Etat n'a jamais été un gestionnaire du développement économique sauf dans les dictatures et dans les pays sous développés .Et encore, quand la dictature tombe, il ne reste pas grand-chose. Il n'y a qu'à voir l'Union Soviétique. Pourquoi l'Etat ne peut jouer ce rôle ? Car tout Etat démocratique est l'expression des lobbys. Et en particulier des lobbys industriels. Et ces lobbys industriels, quand il s'agit d'une crise de structure, représentent le passé. Ils essayent d'obtenir de l'Etat et donc du contribuable, de l'aide pour continuer à faire ce qu'ils faisaient mal. Prenons l'exemple de General Motors. Ce gigantesque pachyderme a été totalement incapable de s'adapter à la nouvelle donne. Cette nouvelle donne est celle d'un mode de vie différend où les consommateurs veulent des voitures qui consomment moins d'essence et qui soient bon marché. Le regretté Agnelli, qui en dehors d'avoir été un remarquable industriel, était un homme qui avait une vision, disait déjà il y a plus de 25 ans que le danger de la voiture est qu'elle était une « monoculture » de l'Occident. Et l'on sait ce que donne les pays qui ne vivent que d'une monoculture, comme certains pays en voie de développement. Cela conduit à la ruine pour tout le monde quand le marché s'effondre.

En réalité les Etats ne devraient absolument pas s'occuper de la chute des entreprises pachydermiques. Elles devraient les laisser tomber (et surtout laisser tomber leurs dirigeants) et concentrer l'allocation des ressources vers de nouvelles activités avec des sociétés moins grosses (c'est-à-dire globalement plus efficaces) afin que ces dernières remplacent très rapidement les monstres qui s'écroulent. En effet consacrer des ressources aux sauvetages de cette société ne fait que prolonger leur agonie au détriment des forces vives qui pourraient se créer. Il n'est pas nécessairement obligatoire de consacrer des ressources aux nouvelles entreprises, mais surtout à leur faciliter le travail c'est-à-dire d'éviter de taxer les nouvelles activités, comme on a trop tendance à le faire dés qu'une activité commence à marcher .Et aussi, à alléger les circuits administratifs qui coûtent horriblement cher aux entreprises. Cette lourdeur administrative est l'une des raisons qui poussent les entreprises à délocaliser. En effet, on nous dit que nous avons la productivité humaine la meilleure du monde. Mais quand on passe à la productivité moyenne c'est tout autre chose. Car la productivité de la production est obérée par les charges administratives. Ce qui fait qu'en valeur le résultat n'est pas enthousiasmant.

On peut gager que les pays qui sortiront les premiers de la crise sont justement ceux qui ne consacreront pas leurs ressources à sauver des entreprises, mais ceux qui aideront à créer des activités nouvelles. Des secteurs prometteurs apparaissent comme par exemple les activités vertes. Faut ‘il encore que les états ne commencent pas à créer des distorsions, tant au niveau fiscal qu'au niveau de la concurrence. Les fonctionnaires adorent les politiques de filières et la création de mastodontes. Ce n'est pas de cela qu'à besoin l'économie nouvelle ; c'est de concurrence et d'états les moins interventionnistes possibles. Car l'interventionnisme ne profite qu'aux grandes sociétés en place et aux monopoles divers et variés. Regardez la situation de la téléphonie mobile en France : monopole, coût élevé pour l'usager, qualité relative pour le client. Il nous reste à espérer que le « keynésianisme » nouveau des « experts » qui n'ont d'ailleurs pas lu Keynes, ne nous conduisent pas à un colbertisme qui a déjà fait tant de mal à notre croissance .

Et pour finir laissons la parole à J.M. Keynes «  la difficulté n'est pas de comprendre les idées nouvelles, elle est d'échapper aux idées anciennes qui ont poussé leurs ramifications dans tous les recoins de l'esprit des personnes ayant reçu la même formation que la plupart d'entre nous. (Théorie Générale, préface à la première édition anglaise)

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