Andréa Brignone Associé Exact
Andréa Brignone, associé Expérience et Action et auteur du Tao de la Bourse et du Trading, est économiste, chargé d’enseignement à Paris II Panthéon Assas. Auteur de l’encyclopédie de l’économie de Larousse, il est également expert auprès de la Commission Européenne. Conférencier …
(BFM Bourse) - A la veille de la réunion du G20, les nuages de fumée se sont accumulés sur cette réunion. A l'origine destinée à trouver des solutions pour faire en sorte que la crise dure le moins longtemps, cette réunion est devenue un faire-valoir d'opinions locales destinées à l'opinion publiques. Comme d'habitude essayons d'y voir un peu plus clair. La crise finira quand elle devra finir, c'est-à-dire quand les conditions économiques seront telles que les affaires repartiront toutes seules. Et quand les actifs (en particulier immobiliers) auront retrouvé des valeurs normales. Car l'inflation de ces dernières années s'est portée essentiellement sur les actifs. Et que cela était aussi à l'origine de la crise, sans que grand monde veuille le reconnaître. On assiste d'ailleurs déjà à un certain nombre de frémissements… dans les pays émergents. Les politiques dites de relance ne sont mises en action que pour diminuer la pression sociale et pour permettre de restructurer des secteurs à bout de souffle (i.e. automobile et immobilier) et de permettre de résoudre une crise bancaire sans pareil due essentiellement à des banquiers (?) plus compétents dans le domaine du marketing que dans celui de la finance.
Par contre ces politiques pourraient être utiles dans la préparation de l'après-crise.
A condition qu'elles ne se trompent pas d'objectif. Le premier objectif réel est de préparer l'économie mondiale et particulièrement occidentale à une reconversion de l'activité. Cette activité ne pourra se tourner que vers la haute technologie. Par exemple, les Etats-Unis et la Russie par exemple n'ont pas réduit les investissements dans l'espace, mais les ont quand même augmenté. Le deuxième objectif consistera à voir comment on pourra endiguer l'inflation ou même l'hyperinflation qui sera la conséquence des politiques de relance et en particulier de la politique monétaire américaine.
Tout autre objectif ne participe qu'au nuage de fumée. Pourquoi ?
La production des biens classiques (ceux qui sont achetés par les consommateurs finaux) peuvent de moins en moins être fabriqués dans nos pays à cause du coût du travail. Et cela n'ira pas en s'améliorant, tout au moins pour les prochaines années, où les citoyens des pays occidentaux devront payer le prix des plans de relance. La production des biens de consommation classique ira de plus en plus vers les pays émergents.
Une grande partie des investissements directs dans le monde se fait à partir de ce qu'il convient d'appeler « les paradis fiscaux ». Il y a une raison technique à cela, que très peu de grands penseurs voient : la fiscalité des pays dits développés est telle que un investissement n'arrive pas à compenser le risque. Pour pouvoir prendre des risques, il faut que la rentabilité soit forte. Or si même avant de gagner de l'argent vous nourrissez le fisc votre investissement ne vous rapportera jamais rien. Dans notre pays où le risque fait peur, la fiscalité obère définitivement le goût d'entreprise. C'est comme faire un marathon avec un boulet à chaque pied. Mais les contempteurs des paradis fiscaux ne peuvent comprendre cela, eux qui ont choisi la voie de la sécurité c'est-à-dire l'Administration. Quoique on en pense nous vivons dans une économie très socialiste. Ne nous étonnons pas que notre croissance soit généralement plus faible que celle des autres. Nos éléments dynamiques vont créer des entreprises ailleurs. Plus il y aura des règles et moins il y aura de croissance. Les agités anticapitalistes qui rêvent d'égalité jusque dans l'esclavage (ce n'est pas de moi, mais de Dostoïevski et de Tocqueville), rêvent d'un monde sinistre et composé que de ratés. L'ennui est qu'ils font illusion pour quelques désespérés. L'ennui aussi est que leurs revendications égalitaires déteignent sur une classe politique à l'écoute du moindre sondage.
La grande quantité de monnaie déversée sur le monde entier ne laisse comme issue qu'une inflation. Pourquoi ? Parce que les Etats auront deux choix possibles. Ou après la crise ils prennent des mesures sérieuses d'austérité des dépenses de l'Etat permettant ainsi au secteur privé de vivre et de générer les impôts qui petit à petit résorberont les immenses déficits. Ou alors le choix de l'inflation, qui devra absorber les emprunts nécessaires. Gageons que c'est la deuxième solution qui sera adoptée. Elle a déjà été au XX siècle, où les épargnants français du début du siècle ont été soigneusement ruinés par l'Etat ; Il existe une troisième solution qui consiste à se faire aider par les pays émergents mais adieu à notre indépendance. Qui vivra verra. Mais je vous déconseille d'investir dans les emprunts d'Etats quelque soit l'Etat. Investissez dans les actions de bonne société, c'est moins risqué. Si vous avez le temps regardez mon interview du 2 Avril.