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Dexia : Pierre mariani, le pari manqué du redressement de dexia

Pierre mariani, le pari manqué du redressement de dexiaPierre mariani, le pari manqué du redressement de dexia

par Matthieu Protard et Philip Blenkinsop

PARIS/BRUXELLES (Reuters) - Propulsé à la tête de Dexia en 2008 après un premier sauvetage de la banque franco-belge, Pierre Mariani ne sera finalement pas parvenu à redresser l'ancien numéro un mondial du financement des collectivités locales pris au piège du bourbier de la crise de la dette souveraine au sein de la zone euro.

Ancien directeur de cabinet de Nicolas Sarkozy lors de son passage au ministère du Budget de 1993 à 1995, Pierre Mariani n'a pourtant pas ménagé ses efforts au cours des trois dernières années en endossant l'uniforme de pompier pour éteindre l'incendie Dexia et mener une restructuration à marche forcée.

"Mariani est quelqu'un de très rapide", explique un banquier parisien proche de Dexia sous couvert d'anonymat.

"Professionnellement c'est quelqu'un d'assez efficace et qui connaît très bien ses sujets", se souvient une ancienne collaboratrice qui n'a pas souhaité être nommée. "Humainement par contre, ce n'est pas toujours évident. Il est assez dur avec ses équipes."

Pourtant certains se demandent aujourd'hui s'il n'a pas justement trop tardé à restructurer Dexia en restant trop longtemps dans une posture de gestion de crise, même s'il n'est pas forcément tenu pour responsable de la situation actuelle.

"Monsieur Mariani est un sapeur pompier", souligne ainsi Michel de Herde, chargé du budget de Schaerbeek, une commune de Bruxelles et actionnaire de Dexia. "Il a bataillé dur mais il n'est pas parvenu à sortir des flammes."

D'autres lui reprochent un style autoritaire ayant conduit au départ de plusieurs hauts responsables de la banque, comme celui de Stefaan Decraene, le président du comité de direction de Dexia Banque Belgique, le mois dernier.

ÂPRES NÉGOCIATIONS AVEC BRUXELLES

En 2010, après des mois d'âpres négociations avec la Commission européenne, il n'échappe pas, avec son bras droit Alexandre Joly, à la cure d'amaigrissement à l'international imposée par Bruxelles en contrepartie des aides reçues pendant la crise financière. Mais les deux hommes parviennent à sauver quelques meubles.

Si Dexia s'engage à céder certaines filiales de la banque à l'étranger, notamment en Espagne, en Italie ou en Slovaquie, la banque sauve néanmoins sa filiale turque Denizbank considérée comme la "pépite" de la banque.

Pierre Mariani reconnaîtra un peu plus tard que la partie était pourtant loin d'être gagnée.

Fort du redressement des comptes dès 2009, l'administrateur délégué de Dexia s'oppose par la suite à toute scission de la banque franco-belge même si on lui attribue en coulisse l'origine de rumeurs de rapprochement avec d'autres établissements bancaires, comme fin 2008 avec la Banque postale avec qui Dexia a passé un accord de financement.

Toutefois la crise de la dette dans la zone euro ne cesse de s'aggraver. La direction de Dexia n'a d'autre choix que d'accélérer au printemps dernier les cessions dans son portefeuille d'actifs toxiques.

Finalement la banque signera au deuxième trimestre 2011 la plus lourde perte de son histoire avec une perte nette de quatre milliards d'euros.

Mais rien n'y fait. Avec la crise et les tensions sur le marché interbancaire, Dexia voit sa situation de liquidité se détériorer, conduisant la banque dans une impasse.

RUMEURS DE DÉPART

Pierre Mariani, qui s'était attelé à réduire la taille du bilan de Dexia, avait pourtant essayé l'an dernier de convaincre les marchés de la capacité de la banque à rester indépendante et à mener une vie autonome au prix d'un recentrage radical de ses activités dans la banque de détail en s'appuyant sur les marchés belge et turc.

Mais les analystes ont eu aussi à plusieurs reprises l'occasion de s'interroger sur sa volonté réelle de rester aux commandes de Dexia.

En 2010, la presse s'est ainsi fait l'écho de rumeurs selon lesquelles il aurait pu remplacer Claude Guéant au poste de secrétaire général de l'Elysée.

La rumeur le donnait aussi comme possible successeur de Baudouin Prot comme directeur général de BNP Paribas à la place du dauphin tout désigné Jean-Laurent Bonnafé.

Né en 1957 à Rabat au Maroc, l'homme connaît bien la maison dont il dirigea la banque de détail à l'étranger avant de passer chez Dexia.

Diplômé de HEC, énarque et inspecteur des finances, il avait rejoint les rangs de la banque de la rue d'Antin en 1996 après un début de carrière dans la haute administration.

Il avait alors joué un rôle de premier plan dans le rachat de l'italienne BNL, le premier grand réseau étranger acquis par BNP Paribas en 2006.

Mais il a dû s'effacer ensuite devant Jean-Laurent Bonnafé, alors patron du réseau France qui, après avoir assuré avec succès l'intégration de la BNL, a été promu directeur général délégué du groupe.

Avec Julien Ponthus, édité par Jean-Michel Bélot

Copyright © 2011 Thomson Reuters


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