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Pandémie : Quand la grippe asiatique plombait les marchés financiers en 1957

samedi 21 mars 2020 à 07h30
Les conséquences de la grippe asiatique avaient été très lourdes pour l'économie mondiale

(BFM Bourse) - Apparue en 1956 en Chine, la grippe asiatique -A(H2N2)- s'était répandue dans le monde au cours des deux années suivantes, entraînant un bilan humain extrêmement lourd. Touchés à partir de 1957, les Etats-Unis avaient vu leur économie fléchir significativement, mais brièvement. Et la correction sur le S&P 500 s'était limitée à -20%, alors que le mouvement actuel a approché cette semaine les -30%.

Depuis le 12 mars, la flambée de Covid-19 constitue une pandémie au sens où l'entend l'Organisation mondiale pour la santé (OMS). Les personnels de santé se mobilisent sans compter face à la propagation du virus, qui entraîne une forme de pneumonie qui peut être fatale. Cette crise entre dans les annales mondiales puisque l'état de pandémie est très rarement invoqué. Hormis le Sida (1981), l'OMS ne l'a déclaré que pour différentes épidémies de grippe, la dernière fois en 2009 pour le H1N1.

Beaucoup d'observateurs rapprochent la situation actuelle de la fameuse grippe espagnole de 1918, la plus meurtrière de toutes les épidémies de grippe modernes. Mais à plus d'un siècle de distance, les comparaisons ont peu de sens étant donné l'évolution des structures économiques et sociales.

Pour tenter d'éclairer un peu la situation présente -en partant du principe selon lequel "ceux qui ne peuvent se souvenir du passé sont condamnés à le répéter"- Philippe Steufken -trader, analyste et blogueur- suggère de s'intéresser à une autre pandémie venue d’Asie, la grippe dite asiatique appelée A(H2N2). Vraisemblablement d'origine aviaire (canards), elle se serait déclarée en Chine, dans la province de Guizhou, au début de l’année 1956, et répandue rapidement (pour l'époque) dans le monde, de 1957 à 1958. Si les estimations diffèrent, le bilan de l'OMS fait état de 2 millions de décès. Soit le bilan le plus lourd après celui de la grippe espagnole à la fin de la Première guerre mondiale. Hormis les personnes suffisamment âgées pour avoir connu cette précédente grippe, la population mondiale n'avait aucune immunité contre le virus.

De lourds dégâts économiques

La pandémie de grippe asiatique a aussi été la première à faire l'objet d'un suivi en temps réel par des laboratoires de virologie et à mobiliser des ressources mondiales, bien que peu coordonnées.

Cette pandémie de grippe semble donc avoir été nettement plus sévère que celle du nouveau coronavirus, observe Philippe Steufken, alors que le rythme de nouveaux cas, dans les deux premiers pays les plus touchés (Chine et Corée du Sud), semble chuter drastiquement après l'adoption de mesures rigoureuses. À l'échelle mondiale, au vendredi 20 mars, le nombre de décès à déplorer s'élevait à 10.000, pour près 250.000 cas confirmés recensés au total, bilan évidemment dramatique, mais loin du triste record de la grippe asiatique. "La mondialisation aura eu le malheur d’accélérer la vitesse de propagation, mais également la vitesse de communication des informations et de réaction des autorités" souligne l'analyste.

De part sa gravité, la pandémie de 1957-58 a en outre entraîné de lourds dégâts économiques (alors même que les économies occidentales connaissaient une phase structurelle de croissance importante, surnommée les Trente glorieuses en France). Pour prendre l'exemple des Etats-Unis, les premiers cas d'infection avaient été détectés en juin 1957 et plus de 100.000 citoyens auraient été emportés. De quoi effrayer les ménages et ralentir fortement l’activité économique souligne Philippe Steufken. De fait, le PIB des Etats-Unis a connu une forte récession entre le quatrième trimestre 1957 (-4,1%) et le premier trimestre 1958 (-10%).

Plongeon de 20% du S&P

La réaction de la Bourse américaine sur la même période a aussi marqué le coup. L'arrivée du virus de la grippe aviaire asiatique a perturbé les investisseurs qui se sont mis à se délester de leurs titres, d'autant plus que le S&P 500, indice de référence des gérants américains, avait plus que doublé depuis 1953 jusqu'à l’été 1957. Mais, observe l'analyste, sa correction n'avait atteint qu'à peine plus de -20% à la fin de 1957.

La chute récente (proche de -30% pour l'indice US) dépasse donc déjà nettement celle intervenue pendant la grippe asiatique. C'est l'une des trois pires chutes (mesurée par le rapport entre son amplitude et sa vitesse) des dernières décennies, avec le krach de 1987 et la panique bancaire de 2008.

"À croire que le coronavirus serait capable de provoquer une chute des bénéfices des entreprises tellement persistante que ces dernières se verraient privées de 30 à 40% de leur valeur boursière". Irrationnel ? "L’homo oeconomicus passe donc de peur en peur et les Bourses de krach en krach. Mais, le premier oublie (trop) vite, car il a la mémoire courte, que la Terre continue de tourner et que l’économie n’est qu’un ensemble de flux ininterruptibles", estime Philippe Steufken. "Après un krach boursier d’une telle ampleur, la Bourse repart de plus belle, même si la reprise met, dans la plupart des cas, deux fois plus de temps pour faire retourner les prix à leur sommet précédent que pour la chute qui a précédé", mentionne son étude.

Guillaume Bayre - ©2020 BFM Bourse
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