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L'Europe, nouveau terrain de chasse des fonds activistes

dimanche 27 janvier 2019 à 12h00
Paul Singer est le patron d'Elliott, fonds activiste le plus redouté des entreprises

(BFM Bourse) - Les fonds activistes sont passés d'un particularisme américain à un phénomène mondialisé, remarque Deloitte. Le cabinet de conseil détaille également les solutions pour permettre aux entreprises de se protéger des offensives de ces acteurs controversés de la finance.

Phénomène relativement nouveau, un fonds activiste a beaucoup fait parler de lui dernièrement en France, en s'attaquant à l'un des fleurons du CAC 40, Pernod Ricard.

Elliott Management est l'un des plus célèbres de ces fonds, n'hésitant pas à s'en prendre à des États (au Pérou en 1996, puis au Congo ou plus récemment à l'Argentine). Dirigé par le milliardaire Paul Singer, ses pratiques sont souvent jugées trop agressives et court-termistes par les sociétés. Sa motivation est simple: maximiser le rendement, en faisant publiquement campagne pour peser sur la stratégie des entreprises.

Si Elliott - deuxième prénom de Paul Singer - est probablement le plus redouté, d'autres fonds de ce type se sont montrés actifs dans l'Hexagone en 2018, à l'image du britannique Amber Capital qui s'en est pris à Suez, Charity Investment Asset Management à Scor ou encore Sterling Strategic Value à Latecoère. Si le phénomène n'est pas nouveau (Peugeot avait été ciblé par Odey Management en 2014 par exemple), il a clairement accéléré depuis le début de l'année dernière. Avec plus de 200 milliards de dollars sous gestion et des taux de rentabilité insolents, ces fonds activistes s'invitent de plus en plus sur le Vieux Continent, avec des pratiques qui influent sur la stratégie et la gouvernance des groupes européens, les obligeant à mieux verrouiller leur capital et éviter de faire des mécontents parmi leurs actionnaires.

Comme le constate Deloitte, les fonds activistes sont passés, au cours des dernières années, d'un "particularisme américain à un phénomène mondialisé". "Mieux préparés que jamais, ces nouveaux acteurs exploitent la moindre faiblesse dans la structure de la société ciblée" ajoute Deloitte, qui précise que ces fonds activistes vont jusqu'à courtiser et influencer en amont les actionnaires institutionnels dits "passifs", afin que ces derniers votent les décisions-clés en faveur de leur projet le moment venu.

Le renforcement des règles de gouvernance attire les fonds

En Europe, ces fonds "devraient croître de manière significative dans les prochaines années", prédit Deloitte. Outre le niveau de valorisation moins tendu des bourses européennes, ces fonds sont paradoxalement attirés par le renforcement, par l'Union européenne, des règles de gouvernance permettant de rendre les entreprises plus transparentes.

Par ailleurs, comme l'abondance de liquidités sur les marchés mondiaux a réduit le rendement de la dette et du capital, "les investisseurs institutionnels plus passifs soutiennent plus fréquemment les campagnes de fonds activistes pour augmenter le rendement de leurs propres placements en actions" note le cabinet américain.

Les grands groupes, cible désormais prioritaire

Ces fonds activistes développent une approche pratique. Ils s'intéressent en priorité à des grands groupes (capitalisation boursière supérieure à 10 milliards de dollars) car "plus la cible est importante et plus le potentiel d'obtenir un retour sur investissement est grand, compte tenu notamment du coût élevé des campagnes" indique Deloitte. Les secteurs particulièrement ciblés sont la grande consommation, les services financiers ainsi que l'énergie et les matières premières.

Pour Deloitte, leur principale force est d'avoir "un regard extérieur sur l'entreprise cible". Dénués de préjugés et sans affect, ils adoptent une démarche purement analytique et calculatoire et pointent les opportunités d'amélioration restées inexploitées de l'entrepris, estime le cabinet d'études.

"Devenir son propre activiste pour s'en protéger"

Sachant cela, quelle est la solution pour s'en protéger ? "Devenir son propre activiste", répond Deloitte. "Pour résister à la pression que font peser ces fonds, il peut être pertinent pour la direction de l'entreprise d'adopter leurs techniques et d'identifier les enjeux d'amélioration qui pourraient mener à des polémiques publiques coûteuses si rien n'est fait", explique ainsi Jean-Philippe Grosmaitre, associé au département des opérations de fusions et acquisitions chez Deloitte. Une stratégie qui peut permettre à l'entreprise d'"anticiper certaines exigences légitimes de création de valeur pour l'actionnaire tout en intégrant aussi les autres parties prenantes" ajoute l'associé.

"C'est en démontrant leur capacité à mettre en œuvre un plan de création de valeur convaincant pour l'actionnaire et les autres parties prenantes, que le conseil d'administration et le management seront en mesure de devancer les fonds activistes", conclut le directeur général de Deloitte en France, Vincent Batlle.

Quentin Soubranne - ©2021 BFM Bourse
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